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« L’Invité Éco ». Frédéric Philibert (Ailancy): «Au Maroc, 95% des emprunts échappent aux banques»
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Dans cet épisode de L’Invité Éco, Frédéric Philibert, associé chez Ailancy Maroc, analyse la transformation du secteur financier marocain, les dynamiques actuelles et les opportunités émergentes.
L’invité du jour affirme d’emblée que «le secteur financier marocain est l’un des plus dynamiques du continent africain». Il en tient pour preuve l’évolution majeure que connait la place financière du pays, marquée par l’émergence de nouveaux acteurs.
Pour conforter ses dires, Frédéric Philibert relève l’apparition d’une nouvelle génération de dirigeants marocains, aux côtés de leaders traditionnels comme Attijariwafa Bank, Banque Populaire ou encore Bank of Africa (BOA). «Avec le rachat du Crédit Agricole du Maroc et de Société Générale Maroc, nous assistons à une montée en puissance des banques dirigées par des entrepreneurs locaux», explique-t-il.
Selon son analyse, cette reconfiguration du paysage bancaire annonce une concurrence accrue et une volonté de différenciation, portée notamment par l’innovation et une agressivité commerciale renforcée.
Un taux de bancarisation qui stagne malgré la croissance du secteur
Malgré ces avancées, le taux de bancarisation peine à dépasser les 55% au Maroc, selon une étude de la Banque mondiale. «Ce chiffre reste préoccupant, d’autant plus que 95% des Marocains continuent de recourir aux réseaux informels pour leurs besoins en crédit». Précision faite que le taux de bancarisation, qui évalue le nombre de personnes detenant un compte bancaire, diffère du taux d’emprunt bancaire qui lui renseigne sur le pourcentage de personne se tournant vers les établissements financiers formels pour leur besoins de crédits.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation: une accessibilité restreinte aux prêts bancaires, une défiance persistante envers les institutions financières, et l’importance des systèmes informels de financement, comme les tontines ou les crédits familiaux. Il ne fait aucun doute pour l’expert que «l’informel fait partie de la culture marocaine et joue un rôle économique essentiel». Une réalité qui freine l’essor du crédit institutionnel, malgré la structuration croissante du marché.
En comparaison, des pays comme «l’Égypte et l’Algérie connaissent aussi une faible marge d’emprunt formel, avec un accès au crédit inférieur à 10%», fait savoir notre expert. Par contre des marchés plus matures comme la Turquie atteignent 25%, et des pays européens comme l’Espagne dépassent 55%. «Nous devons nous inspirer de ces modèles tout en tenant compte des spécificités locales.»
Les Fintechs, un levier pour l’inclusion financière
Pour pallier ces défis, le développement des fintechs pourrait jouer un rôle central. «Dans plusieurs pays africains, elles ont révolutionné les paiements grâce au mobile banking et pourraient demain faciliter l’accès au crédit au Maroc», soutient l’Associé du cabinet Ailancy Maroc.
Cependant, le défi majeur reste la gestion du risque. Les banques ne prêtent pas sans garanties solides, et les fintechs devront affiner leurs modèles prédictifs pour mieux identifier les profils solvables. «L’intelligence artificielle peut être un outil précieux dans cette évolution», ajoute-t-il. En analysant des volumes massifs de données, elle permettrait d’affiner le scoring des emprunteurs et de sécuriser davantage les transactions.
Poursuivre les efforts
Frédéric Philibert souligne que pour accélérer cette transition, le Maroc devra poursuivre des efforts en matière de réglementation et d’encouragement des fintechs. «Le statut d’auto-entrepreneur, lancé en 2015, est un exemple réussi de formalisation, avec plus de 450.000 inscrits en 2024», note-t-il.
À terme, une meilleure structuration du marché, alliée à l’essor des fintechs, pourrait tripler ou quadrupler les revenus générés par le crédit bancaire, contribuant ainsi à une modernisation en profondeur du secteur. «Si nous parvenons à combiner innovation et régulation, le marché financier marocain connaîtra une transformation durable», conclut-il.
En somme, malgré la stagnation du taux de bancarisation, le Maroc dispose d’un potentiel énorme pour structurer son marché du crédit. Si les institutions financières, les fintechs et le régulateur coordonnent leurs efforts, le taux d’intégration bancaire pourrait être multiplié par trois ou quatre, selon notre interlocuteur. Ce changement ne se fera pas du jour au lendemain, certes, mais il représente une étape cruciale pour l’avenir de la finance au Maroc.
