Boualem Sansal: Paris garde l’espoir d’un geste humanitaire d’Alger

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L'écrivain Boualem Sansal. AFP

Le sort de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, exclu d’une grâce à l’occasion du 63e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, continue d’empoisonner les relations franco-algériennes mais Paris nourrit encore l’espoir d’un geste humanitaire de la part du président Abdelmadjid Tebboune.

A l’Elysée comme au ministère des Affaires étrangères, on espérait que l’essayiste bénéficie cette semaine d’une grâce présidentielle, ce qui aurait permis d’apaiser les tensions diplomatiques.

Mais la présidence algérienne a annoncé vendredi que les personnes « définitivement condamnées », notamment pour atteinte à l’unité territoriale, ce pourquoi Boualem Sansal a été condamné, en seraient exclues. Sa peine de 5 ans de prison ferme avait été confirmée mardi en appel.

Ni le président Emmanuel Macron, ni son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, n’avaient réagi samedi. Pas plus que le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, qui avait défendu une ligne plus dure à l’égard de l’Algérie mais qui avait affirmé cette semaine qu’il ne voulait « gâcher aucune chance, d’ici notamment la fin de la semaine, pour que Boualem Sansal puisse être libéré ».

« Boualem Sansal n’est pas condamné pour ce qu’il aurait fait mais pour des opinions exprimées », a souligné pour sa part le Premier ministre François Bayrou devant les membres de son parti (MoDem), selon des propos rapportés par Le Parisien. « Et qu’un de nos compatriotes, âgé de 80 ans et malade, soit ainsi emprisonné est insupportable », a-t-il dit.

Une grâce individuelle pour raison humanitaire est encore possible, le président Tebboune disposant d’un pouvoir discrétionnaire en dehors de la fête nationale ou des fêtes religieuses, soulignent des sources diplomatiques.

« Il était difficile de le gracier à l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, alors que la justice lui reproche d’avoir porté atteinte à l’intégrité du territoire », décrypte de son côté Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen.

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« Mais cela ne veut pas dire que la porte est complètement fermée », estime-t-il. « On sait qu’il y a des médiateurs solides comme l’Italie et l’Allemagne qui travaillent en coulisses », selon lui.

« Une grâce et une libération pour des raisons humanitaires restent la voie la plus appropriée », estime-t-il également, évoquant l’option d’une remise en liberté pour que l’écrivain puisse recevoir des soins médicaux en Algérie.

« Nous ne croyons plus dans le geste humanitaire eu égard à la diabolisation dont fait l’objet Boualem Sansal dans la presse algérienne et auprès de l’opinion publique algérienne », a déclaré de son côté à l’AFP Noëlle Lenoir, présidente du comité de soutien du franco-algérien.

« Nous n’y croyons plus, parce qu’un geste humanitaire est considéré comme paradoxal et contradictoire par l’opinion publique. On leur a présenté un traître à la nation, et puis on ferait un geste humanitaire. Ca ne marchera pas », poursuit-elle.

Pour l’ancienne ministre française des Affaires européennes, l’heure de l’apaisement est révolu, il faut « des gestes fermes », en d’autres termes que la France actionne ses leviers.

Leviers

« On a 900 accords avec l’Algérie », souligne-t-elle. « L’Algérie n’a aucun levier, la France a tous les leviers, et elle a notamment un levier de première grandeur qui permettrait d’éviter une confrontation directe entre les deux États, c’est l’Europe », dit-elle.

Elle soutient l’idée de suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Algérie dont l’article 2 stipule l’obligation du respect des droits fondamentaux.

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« L’Europe doit bouger et montrer qu’elle sert à quelque chose », a insisté Noëlle Lenoir, soulignant l’urgence d’une libération en cette période d’été. « Les conditions de détention sont abominables, et la canicule pour un monsieur qui a un cancer et qui a 80 ans, peuvent-être totalement fatales », prévient-elle.

Jeudi, après la confirmation de la peine de 5 ans de prison ferme, la presse algérienne s’interrogeait, elle, sur les raisons de « la fixation » du gouvernement français sur Boualem Sansal, à l’instar du journal Le Soir d’Algérie, qui reflète la ligne officielle.

« Selon les chiffres du ministère français des Affaires étrangères, il y a près de 1.700 Français détenus à l’étranger en 2024. Pourtant, il n’y a qu’un seul qui semble intéresser le gouvernement et une partie de la classe politique : Boualem Sansal », soulignait ainsi le journal.

Le cas Sansal reste « un fardeau pour les autorités algériennes qui réfléchissent » à une sortie de crise, estime Hasni Abidi, tout en mettant en garde sur la tentation de durcir le ton en France. « Ce serait une erreur d’appréciation, qui serait fatale pour Paris comme pour Alger ».

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