Espagne: la désinformation, catalyseur des discours anti-immigration

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contrôle de police Torre Pacheco
La police espagnole et les agents de la Garde civile contrôlent les voitures entrant à Torre Pacheco, dans le sud-est de l'Espagne, le 15 juillet 2025, après quatre jours de troubles anti-migrants. ©AFP

Les violences racistes de Torre Pacheco, dans le sud-est de l’Espagne, illustrent comment la désinformation en ligne alimente les discours xénophobes et le rejet de l’immigration, un thème qui polarise de plus en plus l’opinion espagnole.

Les incidents qui ont secoué cette ville proche de Murcie – où environ 30% des 40.000 habitants sont d’origine étrangère – ont été déclenchés par l’agression le 9 juillet d’un retraité de 68 ans, qui a affirmé avoir été attaqué sans motif apparent par trois jeunes d’origine maghrébine.

Deux jours plus tard, la municipalité de la ville, dirigée par le Parti Populaire (PP, droite), appelait une manifestation « contre l’insécurité » qui aurait dû être pacifique, mais a vite dégénéré en raison de la participation de groupes d’extrême droite brandissant des slogans hostiles aux immigrés.

Des échauffourées ont suivi pendant plusieurs nuits, faisant quelques blessés légers, malgré le déploiement d’imposants renforts policiers. Au total, 14 personnes ont été arrêtées, dont trois soupçonnées d’avoir été impliquées dans l’agression du retraité.

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Parmi les 11 autres personnes interpellées, figure également le leader du groupuscule d’ultradroite « Deport Them Now ! » (« Expulsez-les tout de suite ! »), de nationalité espagnole, qui avait appelé sur Telegram à une « chasse » aux immigrés. Identifié dans la presse espagnole comme Christian L., il a été écroué jeudi à Barcelone, où il vit, pour incitation à la haine.

« Combustible » et « étincelle »

Cette flambée de violence a été nourrie par des messages haineux et un flot de fausses informations sur les réseaux sociaux qui ont servi de caisse de résonance aux discours anti-migrants.

Après le passage à tabac du retraité, une prétendue vidéo de l’agression, ainsi qu’un message avec les noms et photos de cinq hommes présentés comme les agresseurs présumés, ont circulé sur les réseaux. Dans les deux cas, il s’agissait de publications mensongères, comme l’ont démontré plusieurs médias.

Par le passé, l’équipe de vérification de l’AFP avait déjà démontré le caractère erroné ou mensonger de nombreuses affirmations sur les immigrés jetés en pâture sur les réseaux sociaux, comme les aides présumées reçues par des personnes en situation irrégulière ou de prétendues attaques de migrants contre les traditions espagnoles.

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A Torre Pacheco, la désinformation a été « à la fois un combustible et une étincelle », souligne auprès de l’AFP Alexandre López Borrull, professeur de Sciences de l’information et de la Communication à l’Universitat Oberta de Catalunya.

Le narratif anti-immigrés se développe peu à peu sur la durée, puis « peut aussi faire office de déclencheur » quand survient « un événement concret », dans ce cas précis l’agression d’un retraité, insiste ce spécialiste de la désinformation en ligne.

Une analyse partagée par Elisa Brey, professeure de Sociologie à l’Université Complutense de Madrid, qui établit une analogie avec les feux de forêts lors des vagues de chaleur: « Il fait chaud, il y a une alerte aux hautes températures et un pyromane arrive et lance une allumette. Eh bien c’est ce qu’il se passe avec la désinformation ».

Volonté de « déstabiliser » ?

Les experts insistent aussi sur le rôle joué dans cet embrasement par certains politiciens, en particulier les responsables de Vox (extrême droite), qui prône la « remigration » (le retour des étrangers dans leurs pays d’origine).

Selon Elisa Brey, dans ce type d’événements, les messages se propagent à différents niveaux: d’abord sur les réseaux dits « sous-jacents », qui font « du bruit de manière moins notable », à l’image de Telegram, puis sur les réseaux grand public, comme X et TikTok, et enfin à travers les déclarations publiques des responsables politiques.

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Dans ce processus, l’internet a été « un outil de plus », utilisé de telle manière qu’il « a finalement conduit à ces événements », relève Marcelino Madrigal, expert en réseaux et cybersécurité.

Il souligne aussi que cette affaire de Torre Pacheco est survenue dans un contexte d’instabilité politique marqué par des spéculations croissantes sur des élections anticipées et par le durcissement de la position de certains partis sur l’immigration.

A travers la désinformation sur ce thème, certains cherchent « autant à déstabiliser » le gouvernement ou le pays « qu’à se présenter comme une alternative pour nous sauver d’un problème qui n’existe pas », au lieu d’avancer des solutions à des difficultés réelles, estime-t-il.

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