Réforme des prix des médicaments: pourquoi les pharmaciens s’y opposent

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Médicaments.
Dans une pharmacie. ©DR

Le gouvernement s’apprête à finaliser l’adoption d’un décret visant à réduire les prix des médicaments. Selon le ministre de la Santé, Amine Tahraoui, cette initiative vise à établir un équilibre entre la protection du consommateur et la stimulation de la production locale. Mais les pharmaciens ne sont pas de cet avis.

Le ministre de la Santé Amine Tahraoui a expliqué, lundi 21 juillet à la Chambre des représentants, que ce projet de décret, fruit d’un long processus de négociation, est arrivé à sa phase finale et sera bientôt soumis à l’approbation lors d’un prochain Conseil de gouvernement.

Evoquant une une réforme « sans précédent » de la politique pharmaceutique, le responsable a indiqué que ce chantier a été mené dans le cadre d’une « large approche participative » avec les parties concernées, assurant qu’un consensus a été trouvé autour d’un décret permettant une baisse importante des prix, tout en préservant un équilibre entre la protection du consommateur et la promotion de la production locale.

Qu’en disent les pharmaciens? «Les pharmaciens ne sont pas opposés à la baisse des prix des médicaments, contrairement à ce que prétendent certaines associations de protection des consommateurs. Nous l’avons d’ailleurs expliqué lors de la réunion avec le ministère de la Santé», précise Mohamed Lahbabi, président de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc, dans un entretien avec H24Info.

Lire aussi: Réforme des prix des médicaments: les pharmaciens menacent d’une grève générale

Selon ce dernier, c’est la manière dont le ministère élabore ce décret que les pharmaciens dénoncent. «Nous avons bien été convoqués pour donner notre avis, mais jusqu’à présent, aucune mouture du projet de texte ne nous a été présentée comme promis. Nous avons expressément demandé à consulter la version du décret, mais à notre grande surprise, celui-ci a été validé par le ministère et est désormais en attente d’adoption en Conseil de gouvernement, sans que nous n’en ayons eu connaissance», détaille-t-il.

Et d’ajouter: «Le ministère parle d’une approche participative, mais en réalité, elle ne l’est pas. Les trois réunions tenues se sont limitées à une présentation générale de l’étude et à une séance d’écoute, sans réel échange en vue d’un consensus

Prix des médicaments: « des promesses sans fondement »

Il convient également de rappeler qu’une étude menée par le ministère auprès d’un cabinet spécialisé a conclu à la fragilité du secteur de la pharmacie d’officine au Maroc. Il y est notamment recommandé que tout décret de révision des prix s’accompagne, en parallèle, de mesures concrètes pour éviter l’effondrement du secteur officinal. Pourtant, observe Lahbabi, le ministère a choisi de faire passer prioritairement le décret, en reléguant les mesures compensatoires à plus tard, sans en préciser le calendrier. «Nous considérons cela comme de simples promesses sans fondement.»

Lire aussi. Réforme des prix des médicaments: les associations de consommateurs se prononcent

La même étude révèle que 157 médicaments représentent à eux seuls 57 % du total des remboursements des caisses de prévoyance. Selon Lahbabi, il s’agit de médicaments coûteux, dont les prix méritent effectivement d’être revus pour rétablir l’équilibre financier de ces caisses. «Nous appelons à une baisse des prix ciblée, pour rendre les médicaments véritablement accessibles aux citoyens, tout en allégeant les charges supportées par les caisses de prévoyance.»

Mais ce que propose actuellement le ministère, c’est une baisse généralisée des prix de l’ensemble des médicaments, y compris ceux dont les tarifs sont déjà très bas. Une mesure qui risque, selon les pharmaciens, d’entraîner des ruptures de stock et le retrait de ces produits du marché, et mettre en péril la sécurité sanitaire. «En interrompant son traitement par manque de disponibilité, le patient risque une hospitalisation, ce qui augmentera les dépenses de la CNSS», avertit le professionnel.

Le président de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc explique, par ailleurs, que «ces médicaments à bas prix ne représentent que 5 % des remboursements, leur impact budgétaire est donc négligeable». Il réitère donc l’appel de la profession pour «une baisse des prix intelligente et efficace, qui préserve à la fois l’intérêt du citoyen, la viabilité des caisses de prévoyance, et l’équilibre économique des pharmacies d’officine

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