Séisme d’Al Haouz: la reconstruction avance (91%), mais les délais font débat

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Reconstruction post-séisme Al Haouz
Opération de reconstruction dans la province d'Al Haouz. © DR.

Deux ans jours pour jours après le séisme d’Al Haouz du 8 septembre 2023, 91 % des maisons sont reconstruites. Un chiffre encourageant mais qui interroge sur les retards et les réalités du terrain.

Deux ans après le séisme meurtrier qui a frappé la province d’Al Haouz en septembre 2023, le programme national de reconstruction affiche un taux d’avancement de 91,33 %, soit environ 24.000 maisons terminées. Un résultat présenté comme un succès par les autorités, mais qui soulève des questions quant aux retards accumulés et aux réalités complexes du terrain.

Selon la préfecture d’Al Haouz, toutes les tentes provisoires ont été retirées et les familles concernées ont reçu leurs nouveaux logements. Les travaux devraient atteindre 93 % d’ici fin septembre, et 96 % dans deux mois, alors que les 3 % restants ont démarré récemment. Mais cette annonce intervient dans un contexte où certaines familles ont passé deux hivers dans des conditions précaires, malgré les promesses initiales d’une reconstruction rapide.

Les autorités mettent en avant la difficulté du relief, l’isolement des villages et la nécessité de réaliser des études géotechniques approfondies pour expliquer ces délais. Des solutions techniques spécifiques ont été mises en place pour les zones à risque, conformément aux recommandations du Laboratoire public d’essais et d’études (LPEE). Ces mesures ont ralenti le processus mais étaient indispensables pour garantir la sécurité des constructions.

Cependant, 4 % des bénéficiaires n’ont toujours pas entamé la reconstruction de leurs maisons, invoquant soit des conflits d’héritage, soit des blocages volontaires malgré la réception de la première tranche d’aide. Les autorités affirment avoir engagé des procédures légales après plusieurs avertissements.

Détresse réduite mais vulnérabilité prolongée

Sur le plan social, le dispositif d’accompagnement – 2.500 dirhams mensuels pour le loyer et une aide à la reconstruction allant de 80.000 à 140.000 dirhams – a permis de réduire la détresse immédiate, mais reste insuffisant pour éviter des situations de vulnérabilité prolongée dans certaines zones reculées.

Autre facteur de retard : les opérations préalables au chantier. Le sauvetage des victimes, le recensement, le déblaiement de 23.500 habitations détruites, puis la délivrance des permis de construire ont nécessité une logistique colossale dans un environnement montagneux difficile d’accès.

Quelle gestion post-catastrophe ?

Malgré ces explications, la comparaison avec d’autres contextes reste instructive. Alors que des pays comme la Turquie ou le Népal ont mis entre 2 et 3 ans pour reconstruire après des séismes d’ampleur similaire, le Maroc a atteint 91 % en 18 mois. Un rythme supérieur à la moyenne, mais loin de l’objectif affiché initialement d’une reconstruction totale en un an.

En définitive, si le programme d’Al Haouz peut être salué pour son ampleur et son niveau technique, il met aussi en lumière les défis structurels de la gestion post-catastrophe : lenteurs administratives, coordination des intervenants, et surtout l’absence d’un plan d’urgence réactif pour les premiers mois.

Un sit-in devant le Parlement pour l’accélération de la reconstruction

La Coalition civile pour la montagne (CCM) en partenariat avec la Coordination nationale des victimes du séisme et les différentes coordinations locales, organise une conférence de presse ce lundi 8 septembre afin de mettre en évidence la souffrance persistante des victimes du séisme. Cette rencontre vise à révéler la réalité sur le terrain, loin des « informations imprécises » relayées jusqu’à présent, en apportant des données concrètes et des témoignages directs, selon un communiqué de la CCM.

Lire aussi: Séisme d’Al Haouz: peine alourdie en appel pour le président de la coalition des sinistrés, Saïd Ait Mehdi

Lors de cette conférence, des chiffres précis et des témoignages édifiants seront présentés pour illustrer la situation dramatique dans les zones montagneuses sinistrées et semi-isolées, ainsi que l’échec des approches actuelles de gestion post-séisme. Il sera également question des contradictions constatées, des cas d’exclusion et des privations subies par les habitants, avec des données officielles issues du terrain.

La conférence débutera à 11h30, suivie d’un sit-in devant le Parlement pour exiger :

  • l’accélération du processus de reconstruction,
  • le règlement des dossiers des villages isolés,
  • l’indemnisation équitable de toutes les victimes,
  • la garantie du droit au logement et à une vie digne.

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