Conjoncture: le Maroc entre vulnérabilités et atouts stratégiques (rapport)

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Port de Tanger Med. © DR.

Le Maroc, dans un contexte mondial marqué par la fragmentation des chaînes de valeur, la montée des risques géopolitiques et la relocalisation industrielle, apparaît dans le rapport Sector Atlas 2025 d’Allianz Trade comme un acteur régional en repositionnement. Entre vulnérabilités sectorielles et opportunités stratégiques, le Royaume est sommé d’ajuster ses leviers économiques pour rester compétitif.

Dans son édition 2025 publiée le 3 septembre, le rapport Sector Atlas d’Allianz Trade cartographie les risques sectoriels à l’échelle mondiale, dans un contexte de guerre commerciale prolongée, de fragmentation géopolitique et de relocalisation industrielle. Le Maroc y apparaît comme un acteur intermédiaire, exposé à des tensions systémiques mais doté de marges de manœuvre sectorielles, notamment dans l’agroalimentaire, le textile, l’automobile et les télécoms.

Le document, qui évalue les risques sur 21 secteurs dans 70 pays, ne propose pas de notation spécifique par État, mais croise les dynamiques régionales et les vulnérabilités sectorielles. Le Maroc est intégré dans la zone Afrique & Moyen-Orient, où les risques sont jugés «modérés à sensibles» selon les filières.

Les secteurs à surveiller

Dans l’agroalimentaire, le Royaume bénéficie d’une demande soutenue et d’une résilience des marges, mais reste exposé aux chocs climatiques et à la volatilité des intrants. Le rapport souligne que «la contribution du secteur à la croissance dépendra de la capacité à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et à investir dans l’agritech».

Le textile, en recomposition mondiale, offre au Maroc une fenêtre stratégique. Le rapport identifie le Royaume comme l’un des pays susceptibles de capter les flux de production délocalisés hors de Chine, à condition d’investir dans la traçabilité et la durabilité. Le secteur reste toutefois classé «sensible», en raison de la pression sur les marges et de la concurrence asiatique.

Dans l’automobile, le Maroc est indirectement exposé aux tensions tarifaires entre les États-Unis et la Chine, via ses partenaires européens. Les auteurs du rapport notent que «les plateformes exportatrices comme le Maroc devront adapter leur mix produit et renforcer leur intégration régionale pour rester compétitives».

Sur le plan des télécoms, le Maroc est cité comme un marché émergent à fort potentiel, notamment dans le déploiement de la 5G. «La monétisation des infrastructures reste lente, mais les perspectives sont favorables grâce à la digitalisation croissante des services», assure Allianz Trade, qui classe le secteur «à risque moyen», avec des opportunités conditionnées à l’évolution du cadre réglementaire et à la capacité d’investissement.

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Le rapport évoque également les effets indirects des politiques tarifaires américaines sur les économies intermédiaires. Le Maroc, bien que non ciblé, subit des répercussions via ses partenaires européens, notamment dans les secteurs industriels à forte valeur ajoutée.

La relocalisation industrielle, analysée comme tendance lourde, pourrait bénéficier au Royaume, notamment dans les filières textile, électronique et pharmaceutique.

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Nadia Fettah, ministre de l’Economie et des Finances. ©DR

Le rapport estime que «les pays capables d’offrir une stabilité politique, une main-d’œuvre qualifiée et une connectivité logistique seront les premiers bénéficiaires des stratégies de nearshoring».

Dans le pharmaceutique, secteur classé «à faible risque», le Maroc n’est pas un acteur majeur mais pourrait capter une partie des chaînes de production relocalisées, notamment dans les génériques. «Les pays émergents disposant d’un cadre réglementaire clair et d’une capacité industrielle peuvent devenir des relais de production pour les groupes mondiaux», souligne-t-on.

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Enfin, sur le plan énergétique, le Maroc est mentionné dans les dynamiques de transition, avec un potentiel dans les renouvelables. Mais le rapport alerte sur l’exposition aux fluctuations des prix du gaz et du pétrole, qui affectent la compétitivité des secteurs industriels.

Dans un contexte de fragmentation des chaînes de valeur, le Maroc devra consolider ses infrastructures, sécuriser ses approvisionnements et renforcer ses alliances régionales pour rester dans la course.

Le rapport d’Allianz Trade rappelle que la compétitivité ne repose plus uniquement sur les volumes, mais sur la capacité à anticiper les mutations et à s’inscrire dans des chaînes de valeur résilientes.

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