Armement: après les Caracal, des sous-marins français pour le Maroc?

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Sous-marin Maroc

Le Maroc serait dans des négociations pour acquérir des sous-marins français. Un deal supposé renforcer son arsenal militaire, et renforcer la surveillance des côtes maritimes longue de 3.500 km. Abderrahmane Mekkaoui, expert des questions stratégiques et militaires, apporte un éclairage.

Interrogé sur les rumeurs persistantes autour de l’acquisition de sous-marins français par le Maroc, Abderrahmane Mekkaoui, spécialiste des questions stratégiques et militaires, apporte une lecture nuancée mais argumentée. «Je ne confirme pas et je n’infirme pas non plus, mais il n’y a jamais de fumée sans feu», glisse-t-il, en réponse à une demande de clarification formulée par notre rédaction.

Selon l’expert, plusieurs éléments donnent du crédit à cette hypothèse. D’abord, la doctrine militaire marocaine repose de plus en plus sur la mer comme profondeur stratégique. «Le Maroc doit sécuriser son territoire maritime, son patrimoine côtier, sa souveraineté sur 3.500 kilomètres de façade atlantique et méditerranéenne», rappelle-t-il. Ensuite, les menaces régionales, notamment en Méditerranée et dans l’Atlantique, imposent une vigilance accrue.

Qui plus est, «notre voisin (l’Algérie, Ndlr) possède huit sous-marins russes de 1.360 tonnes, dont quatre sont opérationnels, basés à seulement 150 kilomètres du territoire national». Mekkaoui indique également que le Maroc a exploré, par le passé, plusieurs pistes internationales, notamment auprès de la Russie, de la Grèce et du Brésil, pour l’acquisition de sous-marins. «Des démarches ont été engagées officiellement. Le Royaume a fait le tour des grandes puissances qui commercialisent ce type d’armement.»

Les sous-marins, une suite logique 

Notre interlocuteur indique que l’intégration de sous-marins dans l’arsenal marocain serait une suite logique à la montée en puissance déjà amorcée dans les airs. «Le Maroc est devenu une puissance aérienne, avec des acquisitions modernes, des satellites, et un complexe militaro-industriel en cours de structuration. Il ne manque plus que le volet sous-marin pour boucler le dispositif naval, aux côtés des frégates déjà en service.»

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Toujours sur ce sujet des sous-marins, Mekkaoui évoque un projet de construction, en cours, de drones maritimes, qui viendrait compléter cette logique de surveillance et de sécurisation des espaces marins. «La mer est devenue la base de la doctrine militaire marocaine. Pour assurer sa sécurité nationale, le Maroc doit penser en profondeur, et cette profondeur, c’est l’océan.»

Maroc : sous-marins, hélicoptères… rajeunir la flotte

Revenant sur la récente commande des hélicoptères Caracal d’Airbus par les Forces royales air (FRA), il explique que cela marque une nouvelle étape dans la montée en gamme de l’arsenal aérien marocain. Les H225M, dédiés aux missions d’assaut, de sauvetage et d’opérations spéciales derrière les lignes ennemies, viennent compléter un dispositif en pleine recomposition, ajoute-t-il.

Cette opération s’inscrit dans une logique de rajeunissement des capacités militaires des FAR. «Les FAR visent à rajeunir leur flotte, dont la moyenne d’âge dépasse les 47 ans. Les Puma, les Chinook et autres appareils vieillissants doivent être remplacés par des vecteurs modernes, capables d’opérer dans des environnements complexes.»

L’expert souligne également que le H225M, déjà en service dans plusieurs armées de l’OTAN, offrira au Maroc une capacité de projection tactique renforcée, étant conçu pour le transport de troupes, les missions de recherche et de sauvetage, mais aussi les opérations spéciales en profondeur. «Ces hélicoptères sont utilisés par les commandos derrière les lignes ennemies. Ils assurent une mobilité stratégique dans les théâtres d’opérations sensibles», précise-t-il.

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Outre les H225M,  le Maroc a récemment acquis des hélicoptères d’attaque Apache, des avions de combat F-16, des Chinook, des Embraer brésiliens et des C-130 rénovés par Lockheed Martin. Ce qui inscrit le pays dans une dynamique plus large de diversification de ses équipements.

Quant aux ambitions qui sous-tendent cette montée en puissance militaire, Mekkaoui se veut rassurant: «Le Royaume ne cherche pas la guerre, mais à défendre sa sécurité nationale. Il dispose de 3.500 kilomètres de côtes et d’un territoire vaste, partagé avec des zones instables. Il s’agit d’assurer une couverture aérienne efficace et de répondre à toute éventualité.»

FAR : le temps d’une réflexion doctrinale

C’est d’ailleurs dans cette optique que l’expert pose les jalons d’une réflexion doctrinale. Il évoque la nécessité d’une étude sur l’évolution de l’armée marocaine, dans ses fonctions nouvelles : protection des flux, lutte contre les menaces hybrides, participation aux coalitions régionales. «Il ne s’agit plus seulement d’acquérir du matériel, mais de penser l’armée comme un système intégré : terrestre, aérien, maritime et cybernétique.»

Dans ce contexte, l’émergence d’une industrie militaire souveraine n’est pas un sujet tabou. Mekkaoui estime que l’industrie militaire nationale, encore embryonnaire, montre des signes d’accélération. Le Maroc produit déjà ses munitions, ses armes légères et ses pièces de rechange pour chars et navires.

«L’unité de chars construite à Berrechid, près de Casablanca, témoigne de la rapidité avec laquelle l’industrie de défense avance. Le Maroc assure son autonomie sur plusieurs segments, notamment dans la construction de drones et l’armement spatial», insiste-t-il.

À l’heure où les menaces asymétriques se multiplient et où les équilibres régionaux se recomposent, le Maroc semble engagé dans une trajectoire de consolidation stratégique. La commande des H225M, la rumeur sur les sous-marins, la montée en compétences des FAR et l’émergence d’une industrie militaire nationale convergent vers une armée pensée pour la dissuasion, la projection et la souveraineté. Le Royaume ne cherche pas l’affrontement, mais la capacité à répondre, à tout moment, à toute menace.

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