Le paradoxe des travailleuses domestiques au Maroc, essentielles mais toujours précaires

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Malgré l’obligation d’immatriculation des travailleurs domestiques à la CNSS depuis 2020, la situation des employées de maison demeure alarmante au Maroc.

Seuls 7 219 travailleurs sont officiellement enregistrés à travers le Royaume, un chiffre dérisoire qui illustre le risque d’un «Maroc à deux vitesses», déjà soulevé par le Roi Mohammed VI.

​Dans une société qui peine à réduire les inégalités sociales et territoriales, le faible taux de déclaration à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) met en lumière la persistance de la précarité pour ces femmes, qui occupent pourtant une place centrale dans de nombreux foyers marocains et participent à l’éducation de générations entières.

Un quotidien précaire et sans protection

​Derrière leur contribution essentielle, le quotidien des employées de maison reste marqué par l’informalité et l’absence totale de protection sociale.

« Je travaille ici depuis près de trois ans, avec deux autres femmes. Je fais uniquement le ménage et je viens trois fois par semaine, pour 700 dirhams la semaine. Le reste du temps, je travaille chez d’autres familles, selon les besoins », confie Ilham, jeune aide ménagère à Casablanca.

Non déclarée à la CNSS, elle admet n’avoir jamais réclamé ses droits. Comme beaucoup d’autres, elle considère sa situation “tolérable” parce qu’elle est jeune, célibataire et sans enfants. Mais elle reconnaît que la majorité des femmes exercent ce métier pour subvenir aux besoins de leur famille, souvent dans des conditions difficiles. « Même avec de petits revenus, elles doivent épargner pour se nourrir si un jour elles tombent malades ou deviennent trop âgées pour travailler », ajoute-t-elle.

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Interrogée par H24info, Bouchra Abdou, présidente de l’Association Tahadi pour l’Égalité et la Citoyenneté (ATEC), déplore les “manquements graves” dans l’application de la loi 19-12, censée encadrer les conditions de travail des employés domestiques.

Une loi en vigueur, mais peu appliquée

« Quelles dispositions concrètes ont été prises pour accompagner cette loi ? Est-ce que des inspecteurs du travail contrôlent réellement les foyers ? Vérifient-ils la présence de mineures, les salaires, les contrats, les horaires, le repos, les congés et les indemnités? », s’interroge-t-elle.

Pour elle, l’État doit instaurer une véritable culture de l’inspection pour lutter contre l’informalité et protéger ces travailleuses. Elle plaide pour une redéfinition claire des règles du métier : barème horaire, nature des tâches, temps de repos… Car dans certains foyers, dénonce-t-elle, «les employées cumulent les rôles de gardienne, jardinière, nounou, infirmière, cuisinière, voire promeneuse de chiens, le tout pour un salaire inférieur au SMIG».

L’association ATEC reçoit régulièrement des témoignages de travailleuses victimes d’abus. Bouchra Abdou cite le cas d’une sexagénaire originaire d’un village, employée dès son plus jeune âge par une famille casablancaise. Après avoir élevé les enfants, aujourd’hui installés à l’étranger, elle a été remerciée avec une somme dérisoire, remplacée par une employée plus jeune.

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La militante insiste sur l’urgence d’élaborer une charte nationale du travail domestique, définissant clairement les droits et obligations : congés, week-ends, temps de travail, nature des tâches, conditions d’hébergement, tenue professionnelle, etc.

Au-delà des employées fixes, un grand nombre de femmes travaillent au jour le jour, sans employeur attitré. Un phénomène massif, totalement en dehors du cadre légal. « En cas d’accident de travail dans un foyer, aucune assurance ne les couvre. Il faut penser à un mécanisme spécifique pour ce type d’emploi », suggère-t-elle.

Des conditions d’hébergement indignes

Bouchra Abdou tire également la sonnette d’alarme sur les conditions d’hébergement de certaines aides ménagères, parfois logées dans des cuisines, des terrasses insalubres ou des baraques improvisées.

Pour elle, la réforme du secteur passe par un encadrement strict, des lois applicables et un suivi rigoureux. L’association appelle à mettre fin à l’exploitation silencieuse des travailleuses domestiques et à leur garantir dignité, protection sociale et reconnaissance.

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