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Ouahbi: « Le chef du gouvernement est plus conservateur que le parti de l’Istiqlal » (vidéo)
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Le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a laissé transparaître un profond sentiment de lassitude et de frustration face aux blocages qu’il dit subir au sein du gouvernement. Lors d’une réunion parlementaire consacrée à l’examen du budget de son département pour 2026, il a reconnu avoir, à plusieurs reprises, songé à démissionner.
S’exprimant mercredi devant la Commission de la justice et de la législation à la Chambre des représentants, le ministre de la Justice n’a pas mâché ses mots en parlant de l’action gouvernementale et ce qu’il considère comme « conservatisme » ambiant empêchant l’introduction de lois progressistes.
« Parfois, j’atteins un degré de désespoir que je pense à partir »
Le gardien des sceaux marocain a dénoncé la lenteur administrative et la bureaucratie paralysante qui freinent, selon lui, la mise en œuvre des réformes promises.
Avec une sorte d’amertume, Ouahbi a confié : « Parfois, j’en arrive à un tel point de désespoir que je pense à partir. »
« Le ministre est un orphelin à la table des puissants. Au début, on arrive avec enthousiasme pour changer les choses, puis un simple fonctionnaire vous dit non. Que puis-je faire ? Me suicider ? », a-t-il lancé, visiblement amer.
Des réformes bloquées et des compromis douloureux
Abdellatif Ouahbi est revenu sur les retards répétés du projet de loi sur les peines alternatives, évoquant trois passages en Conseil du gouvernement avant son adoption :
« Après un combat acharné, le texte a fini par sortir, mais sa mise en œuvre a été confiée à l’administration pénitentiaire. »
Autre exemple de ses frustrations : la gestion du bracelet électronique, qu’il souhaitait rattacher au ministère public.
« Ce n’est pas logique qu’on doive emmener une personne au tribunal puis en prison juste pour lui mettre le bracelet avant de la relâcher », a-t-il critiqué.
« Le chef du gouvernement est plus conservateur que l’Istiqlal »
Sur un ton à la fois ironique et critique, Ouahbi a estimé que le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch adopte une posture plus conservatrice que celle du parti de l’Istiqlal, pourtant connu pour être le parti conservateur par excellence du Royaume.
« Même s’il est riche, cela ne fait pas de lui un moderniste. Sa culture, ses convictions et son éducation le rendent profondément conservateur. Il faut de longues discussions pour le convaincre », a-t-il lâché.
Débat sur l’indépendance du parquet
Le ministre a également ravivé le débat sur l’indépendance du ministère public, sujet qu’il avait déjà combattu lorsqu’il était parlementaire.
« Quand nous avons discuté de cette réforme, seuls Hassan Tarek et moi avons voté contre, y compris mon propre parti. En tant que ministre, j’ai demandé au chef du gouvernement s’il serait possible de revoir cette question. Il a refusé », a-t-il dit.
« J’ai deux choix : soit tout arrêter, soit me conformer au choix de l’État », a-t-il conclu, laissant entendre une forme d’isolement politique au sein de l’exécutif.
Malgré ses frustrations, Abdellatif Ouahbi affirme vouloir poursuivre ses réformes tant que les conditions le permettront. Son intervention, marquée par une rare franchise politique, met en lumière les tensions internes au gouvernement Akhannouch et les limites du processus décisionnel dans les grandes réformes judiciaires.
