Escobar du Sahara: après un réquisitoire accablant, le procureur demande la condamnation des accusés

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“Escobar du Sahara” : dans un réquisitoire accablant, le procureur dévoile les rouages d’un vaste réseau de trafic international de drogue
© Collage H24Info

Le vice-procureur général du Roi près la cour d’appel de Casablanca a levé le voile, jeudi, sur de nouveaux éléments accablants dans l’affaire du trafiquant international Haj Ahmed Ben Brahim, alias “Escobar du Sahara”, dans laquelle sont également poursuivis Saïd Naciri, ancien président du Wydad de Casablanca, et Abdenbi Bioui, ancien président de la région de l’Oriental.

Dans un réquisitoire qui a tenu en haleine l’auditoire présent dans la salle d’audience, le représentant du ministère public a déroulé un récit à la fois précis et troublant, retraçant les multiples ramifications de cette affaire tentaculaire.

Le point de départ : 40 tonnes de drogue à El Jadida

Tout commence en apparence par une simple saisie: 40 tonnes de résine de cannabis interceptées à El Jadida, selon le vice-procureur général de Casablanca. Mais derrière cette opération se cachait une mécanique bien plus complexe.

Les enquêteurs vont rapidement comprendre qu’ils ne sont pas face à un réseau local, mais une véritable machine transnationale, hiérarchisée, dirigée depuis Casablanca et le sud du Royaume.

Un réseau tentaculaire et organisé

Le représentant du parquet a indiqué que les investigations ont mis au jour une organisation criminelle structurée, se partageant les rôles entre transport, stockage et exportation de stupéfiants vers plusieurs destinations, notamment l’Algérie et d’autres pays de la région.

L’enquête a véritablement démarré après l’arrestation d’un premier suspect impliqué dans l’affaire des 40 tonnes de résine de cannabis. Les investigations qui ont suivi ont révélé d’autres ramifications, impliquant plusieurs accusés interconnectés dans diverses opérations criminelles menées simultanément.

Des aveux et des preuves matérielles

Les arrestations se succèdent, les aveux s’enchaînent, et les noms tombent un à un. Lors de l’audience, le représentant du ministère public a présenté des éléments précis issus des déclarations de plusieurs accusés. Parmi eux, Abdelkader Allaoui a été arrêté en flagrant délit de détention de 70 kg de résine de cannabis et d’un drone utilisé pour repérer les cargaisons.

Un autre mis en cause, Soulaiman Hajji, a reconnu avoir transporté à trois reprises des quantités de drogue à travers la frontière maroco-algérienne, sur instruction de son proche Allal Hajji.

Les déclarations d’Allal Hajji et d’Abdelkader Allaoui, deux exécutants présumés, révèlent un système hiérarchisé où chacun avait un rôle bien défini: certains transportaient, d’autres finançaient, et d’autres encore assuraient la protection du réseau.

Allal Hajji aurait lui-même entretenu des liens avec Abdenbi Bioui et Belkacem Mir, son beau-frère et ancien député du Parti authenticité et modernité (PAM).

Selon ses déclarations consignées dans le procès-verbal d’audition, plusieurs réunions avec Haj Ahmed Ben Brahim, alias “Escobar du Sahara”, se seraient tenues à Casablanca, en présence d’intermédiaires, afin de coordonner les opérations de contrebande.

Le parquet requiert la condamnation des accusés

Dans son réquisitoire, le procureur général adjoint a affirmé que les preuves rassemblées « démontrent l’existence d’un réseau parfaitement organisé, aux rôles clairement définis », soulignant que l’ensemble des éléments — témoignages, saisies et aveux — justifient la condamnation des prévenus.

Il a précisé que même les accusés niant leur implication « ont vu leurs déclarations contredites par les faits, les témoignages et les preuves matérielles accumulées ».

Selon le parquet, les liens étroits entre Ahmed Ben Brahim, Allal Hajji, Abdenbi Bioui et Belkacem Mir confirment « l’existence d’un réseau coordonné » impliqué dans le transport et l’exportation de stupéfiants à grande échelle.

Le ministère public a ainsi requis la condamnation de l’ensemble des accusés, estimant que les éléments du dossier « attestent sans ambiguïté de leur participation à un trafic international de drogue » mené depuis le sud du Royaume.

Le témoignage controversé dans le dossier Naciri

Lors de la dernière audience, le 30 octobre, la défense de Saïd Naciri, principal et dernier accusé à avoir comparu devant la cour, a demandé le placement en garde à vue d’un témoin — l’ancien chauffeur de Haj Ahmed Ben Brahim — et son déferrement devant le parquet pour faux témoignage.

Selon les avocats de Naciri, ce témoin aurait livré une version mensongère des faits visant à incriminer leur client. Leur argumentation s’appuie sur une décision du juge d’instruction mauritanien datée du 22 septembre 2016, prouvant, selon eux, que le témoin avait été renvoyé devant la justice mauritanienne pour trafic de stupéfiants et corruption de fonctionnaires publics.

La défense a souligné que le témoin avait affirmé devant la cour marocaine avoir résidé dans la villa du “Malien” (l’Escobar du Sahara, ndlr) dans le quartier Californie à Casablanca durant le mois d’août 2016. Or, selon les documents produits, il était alors détenu en Mauritanie, ce qui, selon les avocats, discrédite totalement son témoignage.

Une demande rejetée par le parquet

Le ministère public a rejeté la demande de la défense, estimant que les décisions rendues par des juridictions étrangères ne sont recevables au Maroc que si elles sont exécutoires — ce qui n’est pas le cas du document produit par la défense.

Lire aussi: Escobar du Sahara: la défense de Naciri accuse un témoin de “faux témoignage” et demande son arrestation

Le représentant du parquet a précisé que la décision mauritanienne en question ne mentionne que la date de renvoi du témoin devant la justice, sans apporter la preuve formelle qu’il était encore détenu à ce moment-là. Il a également relevé que le document présenté n’est pas authentifié, ne possède aucun caractère exécutoire, et ne peut donc être considéré comme un jugement officiel.

Il a rappelé que ni le procès-verbal de renvoi ni le jugement final du 30 janvier 2017 ne mentionnent l’absence du témoin, laissant supposer qu’il aurait pu être libéré entre-temps.

Un témoin ancien co-détenu de Ben Brahim

Pour leur part, les avocats de Naciri ont maintenu leur position, assurant que le témoin lui-même avait reconnu avoir été incarcéré aux côtés de Haj Ahmed Ben Brahim, ce qui prouverait qu’il se trouvait en détention préventive durant la période où il prétendait séjourner à Casablanca. Ils en ont conclu que son témoignage est « nul et entaché de faux ».

Haj Ahmed Ben Brahim, faut-il le rappeler, est incarcéré depuis 2019 à la suite de sa condamnation à dix ans de prison. Surnommé “Escobar du Sahara”, ses confessions devant la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) sont à l’origine de l’éclatement de cette affaire tentaculaire portant son nom. Celle-ci concerne un vaste réseau international de trafic de stupéfiants qu’il aurait dirigé, avec l’implication présumée de plusieurs personnalités influentes, dont Saïd Naciri, Abdenbi Bioui et la chanteuse Latifa Raafat. Les volumes de drogue, les flux de devises et les ramifications internationales de ce dossier en font l’un des plus grands scandales de narcotrafic jamais jugés au Maroc.

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