Poulet: au bord du gouffre, les producteurs comptent sur la CAN pour sauver la mise

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Poulet APV Ramadan
Un élevage de poulet. ©DR

Le marché du poulet traverse une période de vaches maigres. Depuis mi-octobre, les prix se sont effondrés à la ferme, tombant autour de 10 DH/kg, bien en deçà du prix de revient. Les producteurs, fragilisés par cette chute, placent désormais leurs espoirs dans la Coupe d’Afrique des nations, qui pourrait relancer la demande et atténuer leurs pertes.

Le suivi du marché de la volaille confirme les prévisions annoncées par l’Association nationale des producteurs de viandes de volailles. Depuis mi-octobre, les prix du poulet ont connu un reflux marqué. «Les prix, maintenant, sont très bas depuis déjà plus d’un mois. Les éleveurs perdent de l’argent, ils perdent même beaucoup», décrit Abderrahmane Ryadi, secrétaire général de l’Association des producteurs de volailles (APV).

À la ferme, le poulet se négocie désormais autour de 10 et 11 DH/kg, contre 16 à 17 DH auparavant. Dans certaines régions du sud, le prix tombe même sous la barre des 10 DH. Au détail, les prix se maintiennent autour de 16 et 17 DH/kg.

Même si cette baisse drastique des prix à la ferme ne se répercute pas systématiquement chez les consommateurs finaux, Abderrahmane Ryadi pointe du doigt les détaillants qui essaient tant bien que mal de maintenir des marges exorbitantes. Mais l’impact sur le panier de la ménagère ne saurait tarder, assure-t-il.

Il faut dire que cette situation n’est pas une nouveauté en soi, elle se répète depuis un certain nombre d’années à partir du mois d’octobre. «Il y a toujours un repli à partir de ce mois-là, tiré par une baisse de la demande», rappelle le SG de l’APV.

Le professionel explique que les fêtes et mariages, souvent décalés vers septembre pour des raisons de coûts, ainsi que les vacances estivales, contribuent à la hausse des prix observée entre l’été et le début de l’automne. Mais une fois que sonnent la rentrée des classes et le départ des vacanciers, la consommation se contracte. Par conséquent, la demande baisse, et les prix avec.

Poulet en crise, producteurs en difficulté

Et comme pour rajouter au supplice des producteurs, le prix du poussin, quoique réduit de moitié (à 5 DH), n’est pas pas suffisamment bas. «Le prix du poussin est passé de 10 à 5 DH, mais cela reste un prix alarmant pour les vendeurs de poulet, vu le niveau actuel du marché», souligne Ryadi.

Et même avec la baisse du prix des aliments dans la foulée, les pertes sont loin d’être compensées. Si bien que «le prix de revient est encore supérieur au prix de vente actuel».

Lire aussi. Maroc: pourquoi le prix du poulet s’envole et jusqu’à quand? La filière répond

Les producteurs se retrouvent donc dans une période de vaches maigres, sans soutien public. « Ils subissent la perte et reviennent à la charge pour de nouvelles mises en place de poulets en espérant que les prix vont se redresser. Normalement, le gouvernement n’intervient pas sur le marché», ajoute Ryadi.

Cette situation fragilise les éleveurs, contraints d’assumer seuls les fluctuations du marché. «Il y a des pertes, c’est à l’éleveur de les assumer», résume notre interlocuteur, rappelant que le secteur fonctionne ainsi depuis longtemps.

L’espoir placé dans la CAN

Les producteurs espèrent une légère remontée vers la fin de décembre, portée par les fêtes de fin d’année. Mais ils comptent surtout sur l’effet de la Coupe d’Afrique des nations (CAN 2025). « On s’attend à ce qu’il y ait un peu plus de survie, qui va peut-être booster la demande et engendrer quelques dirhams de plus au niveau des prix de vente », estime Ryadi.

À trois semaines du coup d’envoi de la grand-messe continentale du ballon rond, lui et ses pairs espèrent un regain de consommation. Certes, ce ne sera pas l’euphorie côté prix, mais les producteurs parient sur l’affluence que la CAN 2025 va drainer.

Pour le professionnel, la demande devrait connaître un sursaut, même si l’ampleur reste incertaine. Sur la disponibilité, il se veut rassurant : « Il n’y a jamais eu pénurie, c’est sûr. Surtout pas dans le contexte actuel, parce que la production de poussins a beaucoup augmenté, comparée à 2024. Nous avons enregistré une hausse de 15 % ».

En clair, les producteurs de volailles espèrent que la CAN viendra amortir le choc des prix. «On gagnera doublement au niveau du prix du poulet et au niveau de la Coupe aussi», confie Ryadi avec un brin d’humour.

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