Abderrazak Hamadallah ne s’arrête plus. L’attaquant marocain a claqué ce jeudi un hat-trick, offrant ainsi…
«Marxistes selon la Sunna»: l’échange explosif qui a enflammé la Chambre des représentants (vidéo)
Publié le
À neuf mois des élections législatives de 2026, l’électricité politique semble déjà crépiter sous la Coupole. Lundi, la Chambre des représentants a vécu l’une de ses séances les plus explosives de la législature, révélant un climat de nervosité précoce… et un renversement inattendu des étiquettes idéologiques.
Ce qui devait être un débat technique sur le projet de loi encadrant la profession des adouls s’est rapidement mué en confrontation idéologique. La détonation est venue de Hind Bennani Rtel, députée du Parti de la justice et du développement (PJD), qui a accusé le texte de saper les acquis du dialogue sectoriel, d’affaiblir les garanties professionnelles et de marginaliser les femmes adouls. Elle est allée jusqu’à présenter le projet comme un instrument au service de calculs politiques.
Cette intervention n’a pas été au goût du ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi. L’ancien militant de gauche, qui a fait ses premières armes en tant qu’avocat depuis 1989 dans le cabinet de l’ancien secrétaire général du Parti de l’Avant-garde Démocratique et Socialiste (PADS) Ahmed Benjelloun –frère cadet d’Omar Benjelloun, martyr du mouvement Ittihadi et un des fondateurs de l’Union nationale des forces populaires (UNFP) en 1959, devenue Union socialiste des forces populaires (USFP) en 1975– a répliqué avec une pique qui a provoqué les conservateurs du PJD.
Le ministre a considéré que le discours de la députée ressemblait davantage à un « communiqué de direction révolutionnaire » qu’à un commentaire ou une contribution législative. Ce qui a immédiatement suscité l’indignation des députés islamistes.
Dans une objection calme, mais pas du tout sereine, Abdessamad Haiker a demandé au président de retirer cette expression du procès-verbal de la séance, estimant que la Constitution a bien précisé le déroulé d’une séance et le rôle du Parlement ainsi que du représentant de l’exécutif: répondre aux interrogations des représentants de la Nation sans fioriture.
Mais Ouahbi a persisté, affirmant qu’il répondrait « avec la même force » à quiconque voudrait transformer le débat juridique en tribune politique. Le ton est alors monté d’un cran. Plusieurs députés islamistes ont tenté d’enchaîner les points d’ordre (objections).
Présidant la séance, Driss Chtibi, figure de l’USFP, a accordé une deuxième objection à Abdessamad Haiker. Le quatrième vice-président de la Chambre des représentants a même nié avoir entendu le ministre dire « centre de commandement de la révolution » ou « direction de la révolution ».
Lire aussi. Le gouvernement révise les conditions d’accès et d’exercice de la profession d’Adoul
Après une troisième objection accordée au député, il est intervenu avec une fermeté mélangée à de la colère pour mettre un terme aux échanges directs entre le ministre du PAM et les élus du PJD. Abdessamad Haiker a refusé d’obtempérer, malgré trois avertissements, poussant le président de séance à activer les procédures disciplinaires — un fait rarissime dans l’actuelle législature.
Mais l’incident le plus surprenant est venu du même président, qui, agacé par les protestations du PJD, a lancé une phrase devenue instantanément virale: « Vous êtes des marxistes selon la Sunna du Prophète et d’Allah ! ».
Une formule inattendue qui a sidéré l’hémicycle, renversant les codes politiques au point de voir des députés de gauche se défendre de « marxisme »… tout en l’attribuant aux islamistes ennemis jurés du communisme !
Intervention du ministre de l’Intérieur
Après une suspension de séance et l’arrêt du direct pour calmer la tempête, les tensions ont continué dans les couloirs, où un échange vif a opposé Ouahbi à des élus du PJD. Il aura fallu l’intervention du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, pour séparer les protagonistes et ramener un semblant d’apaisement.
Voir cette publication sur Instagram
Cette scène inédite laisse entrevoir un climat préélectoral incandescent, où chaque mot devient un projectile politique et où les frontières idéologiques semblent se redessiner… ou se brouiller. Une certitude : la route vers 2026 s’annonce longue, et particulièrement mouvementée.
