Céréales : la CNUCED alerte sur la vulnérabilité du Maroc face à la financiarisation

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Echanges extérieurs Maroc
Déficit commercial, mais balance des services positifs

Le nouveau rapport 2025 sur le Commerce et le Développement des Nations Unies met en lumière une transformation profonde et risquée de l’architecture financière du commerce alimentaire mondial. Comme de nombreux pays, le Maroc se trouve directement concerné par cette vulnérabilité systémique.

La publication Trade and Development Report 2025 de la CNUCED révèle une transformation profonde et préoccupante du commerce alimentaire mondial. Les grandes firmes de négoce, autrefois simples intermédiaires logistiques et logisticiens, sont devenues des acteurs financiers à part entière, façonnant les prix, les flux et, surtout, les risques du marché alimentaire global. Pour un pays comme le Maroc, structurellement dépendant des importations de céréales, ces mutations ne sont pas sans conséquences.

Selon ce rapport, la nature de l’activité a basculé : plus de 75 % des revenus des principaux négociants alimentaires proviennent désormais d’activités financières complexes, et non plus du commerce physique des marchandises.

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Ces entreprises, qui contrôlent des pans entiers des chaînes d’approvisionnement mondiales, utilisent massivement des dérivés, des produits structurés et des mécanismes de titrisation pour maximiser leurs gains, au risque d’amplifier considérablement les chocs sur les marchés.

Le danger systémique est quantifié : en 2024, au moins six des onze plus grands négociants mondiaux ont eu recours à la titrisation. Ce mécanisme financier, s’il augmente leur liquidité, décuple aussi leur effet de levier, créant ainsi des risques de contrepartie majeurs et une instabilité internationale ressentie dans plus de 80 pays, alerte la CNUCED.

Pour le Maroc, qui importe chaque année entre 50 et 70 % de ses besoins en blé selon les récoltes, cette financiarisation n’est pas un phénomène abstrait. Elle influence directement la volatilité des prix du blé et du maïs, essentiels pour la stabilité des prix à la consommation et la sécurité alimentaire nationale. L’impact se fait sentir également sur le coût du financement de ses importations, d’autant plus que les traders s’imposent désormais comme des institutions financières incontournables.

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Le pays se trouve ainsi de plus en plus exposé et dépendant aux marchés internationaux, rendus plus opaques et imprévisibles par la domination de quelques firmes capables de manipuler à la fois les flux physiques et les flux financiers. Cette concentration, combinée à l’opacité des produits dérivés, menace de provoquer de nouvelles flambées de prix, semblables à celles qui ont secoué l’économie mondiale en 2008, 2020 ou 2022.

Un appel à renforcer la résilience nationale

Les épisodes récents l’ont d’ailleurs démontré. La guerre en Ukraine a fait bondir les prix du blé tendre, dont le Maroc est l’un des plus grands importateurs mondiaux, tandis que les épisodes de sécheresse successifs ont accru cette dépendance. Dans ce contexte, les fluctuations agressives des prix sur les marchés à terme renchérissent directement les coûts d’approvisionnement de l’ONICL et des importateurs privés.

La CNUCED recommande donc aux pays importateurs comme le Maroc de prendre des mesures décisives. Il est impératif de renforcer la transparence des marchés et la surveillance des pratiques financières des traders.

L’agence onusienne conseille aussi de diversifier les sources d’approvisionnement pour réduire la dépendance aux grands négociants, de développer des capacités nationales de stockage stratégique afin d’amortir les chocs de prix, et de moderniser les outils de gestion des risques via des mécanismes publics de couverture.

Enfin, l’accélération des investissements dans la production céréalière locale, en particulier dans les zones irriguées, reste une stratégie fondamentale pour réduire structurellement la vulnérabilité aux chocs externes.

La CNUCED tire une sonnette d’alarme : la financiarisation du commerce alimentaire est une transformation structurelle qui affecte la stabilité des marchés mondiaux.

Pour le Maroc, qui place la sécurité alimentaire au cœur de sa stratégie de développement, comprendre et anticiper ces risques exigent une vigilance et des réformes accrues, au-delà de la seule modernisation de l’ONICL.

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