PIB, pouvoir d’achat, dette: les indicateurs au vert en 2024, mais des paradoxes à surveiller

Publié le
HCP Economie
En 2024 le pouvoir d'achat des ménage a augmenté, mais leur consommation s'est réduite

En 2024, l’économie marocaine a affiché une croissance solide, mais marquée par des paradoxes : des ménages plus riches mais consommant moins, des banques collectant des dépôts record tout en prêtant moins, et un État davantage tourné vers l’endettement intérieur.

Le Haut-Commissariat au plan (HCP) vient de publier les comptes nationaux des secteurs institutionnels au titre de l’année 2024. La lecture de ce document révèle, à première vue, que l’économie marocaine a affiché une progression notable au cours de l’année dernière, comme en témoignent les indicateurs macros des plus positifs.

L’on y note un produit intérieur brut (PIB) de 1.596,8 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de 7,9% par rapport à 2023, l’épargne qui a bondi de 11,6% pour se situer à 461,7 MMDH, le pouvoir d’achat des ménages qui gagne 5 points de base, et l’investissement qui a été dopé de 13,9%.

Cette dynamique traduit une reprise vigoureuse, portée par les sociétés financières et non financières qui ont généré près de 46% de la richesse nationale. Les administrations publiques y ont contribué à hauteur de 14,8%, tandis que les ménages et institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM) ont produit 28,4% du PIB.

HCP: ménages et banques réduisent la voilure

Mais derrière ces chiffres flatteurs, la note du HCP révèle des paradoxes qui interrogent la soutenabilité de cette croissance. A commencer par les ménages, premiers bénéficiaires du revenu national brut disponible (63,1%), qui ont vu leur pouvoir d’achat progresser de 5,1 points, une amélioration significative par rapport au 1,8 point enregistré en 2023.

Passé à la loupe, l’on observe que le revenu disponible brut des ménages a atteint 1.059,7 MMDH, en hausse de 6,7%. Par habitant, il s’élève à 28.808 DH, soit une progression de 6% sur un an. Cette amélioration s’explique par la hausse des revenus de la propriété (+10,6%) et des prestations sociales (+9,5%), ainsi que par une progression de la rémunération des salariés (+6,7%). Cependant, la dépense de consommation finale effective des ménages a quelque peu baissé, s’établissant à 1.080 MMDH l’an dernier, contre 1.014,9 MMDH un an auparavant.

Lire aussi. Conjoncture : le HCP confirme la résilience de l’économie nationale aux 3e et 4e trimestres

Autre paradoxe, les sociétés financières, notamment les banques et institutions de micro-finance, ont réduit leurs flux de crédits en 2024. Les prêts accordés sont ainsi passés de 65,5 MMDH en 2023 à 41,9 MMDH en 2024. En revanche, les dépôts ont atteint un niveau record: 152,3 MMDH contre 88 MMDH un an plus tôt. Cette hausse spectaculaire traduit, certes, une confiance accrue des agents économiques dans le système bancaire, mais aussi une accumulation de liquidités qui ne se transforment pas en crédits productifs.

Dette: recours accru au marché intérieur

Le secteur des administrations publiques a, lui aussi, ajusté sa stratégie de financement. En 2024, le Trésor a mobilisé 48,8 milliards de dirhams sur le marché intérieur, contre 40 MMDH en 2023. À l’inverse, l’endettement extérieur a reculé à 19 MMDH, contre 34,9 MMDH l’année précédente. Ce choix, s’il a le mérite  de réduire la dépendance vis-à-vis des marchés internationaux, accentue tout de même la pression sur l’épargne nationale.

Dans le même temps, la formation brute du capital fixe (FBCF) a progressé de 13,9%, pour atteindre 422,5 milliards de dirhams. Les sociétés ont porté l’essentiel de cet effort (+19,9%), confirmant leur rôle moteur dans l’investissement. Les administrations publiques, elles, ont vu leur part reculer à 14,7%, tandis que les ménages et ISBLSM ont contribué à 26,1%.

Globalement, l’épargne nationale s’est améliorée (+11,6%), mais le besoin de financement de la nation s’est creusé, atteignant 18,5 milliards de dirhams, soit 1,2% du PIB alors qu’il était de 0,9% l’année d’avant. Cette détérioration résulte principalement du passage du secteur des sociétés non financières d’une capacité de financement de 11,9 MMDH à un besoin de financement d’environ 8,2 MMDH.

En somme, 2024 apparaît comme une année de croissance solide mais marquée par des paradoxes, en ce sens que les ménages ont disposé d’un pouvoir d’achat renforcé mais ont consommé moins, les banques ont collecté des dépôts record mais réduit leurs crédits, et l’État investit davantage en interne mais reste confronté à un besoin de financement persistant.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

PIB, pouvoir d’achat, dette: les indicateurs au vert en 2024, mais des paradoxes à surveiller

S'ABONNER
Partager
S'abonner