Semi-conducteurs: le Maroc, joker de Washington face au monopole chinois

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Pour contrecarrer Pékin dans les semi-conducteurs, Washington mise sur le Maroc: la DFC finance l’étude d’une usine stratégique de polysilicium à Tan-Tan (870 M$). L’objectif est de briser le monopole chinois qui contrôle 90 % de l’offre mondiale.

Les Américains veulent sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement critiques face à la Chine en misant sur le Maroc. Selon Bloomberg, Washington soutient un projet industriel stratégique afin de réduire la dépendance américaine à l’égard de Pékin.

La U.S. International Development Finance Corporation (DFC) vient, en effet, d’injecter 4,75 millions de dollars dans une étude de faisabilité de Sondaile pour une usine de polysilicium de 870 millions de dollars à Tan-Tan. L’usine marocaine, développée par un contractant américain, vise à fournir du polysilicium aux États‑Unis et à leurs alliés.

Le polysilicium de haute pureté, cœur du projet, est indispensable à la fabrication des semi-conducteurs et des panneaux solaires. Sondiale, filiale de GPM Holding, prévoit une capacité annuelle de 30.000 tonnes, soit environ 1% de la production mondiale actuelle, avec une mise en service prévue fin 2029.

Le site sera alimenté à 90 % par des énergies renouvelables grâce à un accord d’achat d’électricité (PPA) conclu avec un opérateur privé, le reste provenant de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE).

La DFC pourrait, selon Bloomberg, investir jusqu’à 550 millions de dollars supplémentaires dans le financement futur de l’usine, sans que ce montant ne soit confirmé officiellement par l’agence américaine. Le gouvernement marocain s’est déjà engagé à apporter 100 millions de dollars au projet.

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« Les partenaires du Maroc souhaitent diversifier la chaîne d’approvisionnement mondiale », a déclaré au journal Tayeb Amegroud, directeur exécutif de Sondiale, soulignant que ce projet s’inscrit autant dans une logique économique que géopolitique.

Au-delà des montants et des enjeux technologiques, l’implantation de cette usine à Tan-Tan incarne parfaitement le virage stratégique que prend le Maroc dans son développement industriel. Ce projet coche toutes les cases de la nouvelle feuille de route marocaine : souveraineté, décarbonation et attractivité des investissements massifs.

Historiquement axé sur des industries d’assemblage (automobile, aéronautique), le Maroc s’engage désormais dans la montée en gamme de sa production. L’usine de polysilicium ne produira pas seulement de la matière première, elle s’attaquera à un maillon essentiel et stratégique de la chaîne de valeur mondiale.

Il s’agit d’une démarche de souveraineté industrielle visant à internaliser la production de composants critiques, en droite ligne avec les orientations du Nouveau modèle de développement (NMD).

L’argument écologique: décarbonation du « Made in Morocco »

La dépendance à 90% aux énergies renouvelables est l’argument de vente le plus puissant du projet. La Chine produit actuellement le polysilicium majoritairement à partir de charbon, un processus très gourmand en énergie et fortement émetteur de carbone.

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En garantissant un polysilicium « vert » et quasiment décarboné, le Maroc se positionne comme un choix éthique et environnemental incontournable pour les marchés occidentaux soumis à des réglementations de plus en plus strictes (comme le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE, ou CBAM).

L’engagement financier du gouvernement (100 millions de dollars) est rendu possible et structuré par la nouvelle Charte d’investissement et l’action du Fonds Mohammed VI pour l’investissement. Ces instruments sont spécifiquement conçus pour attirer et co-financer des projets d’envergure, complexes et structurants, jugés stratégiques pour l’économie nationale.

L’usine de Tan-Tan pourrait être perçue comme un « investissement d’ancrage » qui devrait générer des emplois qualifiés, développer l’expertise locale et attirer potentiellement d’autres industries satellites dans la chimie fine ou la technologie solaire.

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