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Chronique. Maroc 2026: consolidation diplomatique, puissance régionale et projection globale
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Le contexte diplomatique du Maroc en 2026 se caractérise par une consolidation de ses acquis internationaux et par une stratégie multiforme combinant soft power, géoéconomie et partenariats structurés. En particulier, l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797 qui « consacre pour la première fois l’initiative marocaine d’autonomie comme base sérieuse et crédible pour une solution politique au conflit » , marque un tournant diplomatique décisif. Dès lors, le Royaume parle d’« avant et après 31 octobre 2025 » : le Maroc dispose d’une pleine légitimité internationale sur cette offre d’autonomie sous souveraineté, désormais adoubée comme seule solution réaliste et durable pour les Provinces du Sud. Analyse de Dr Yassine El Yattioui, secrétaire général et chercheur associé à NejMaroc, chargé d’enseignement à l’Université Lumière Lyon II, spécialisé en relations internationales, diplomatie, intelligence économique et en géopolitique.
Ce consensus international transforme aussi le cadrage juridique du dossier. Les autorités marocaines doivent s’attacher à traduire cette dynamique onusienne en chantier constitutionnel interne. Le statut d’autonomie projeté pour le Sahara s’inscrit dans la logique de la « régionalisation avancée » de 2011, consacrée notamment par l’article 1er et le Titre IX de la Constitution, qui font de la région un échelon politique doté de compétences propres.
Dans ce cadre, les juristes notent que la coexistence de deux dimensions : l’affirmation de la souveraineté territoriale et la perspective d’un statut d’autonomie pour la région du Sahara, oblige à intégrer formellement ce statut dans l’ordre juridique national. D’où la nécessité d’une révision constitutionnelle afin de donner au plan d’autonomie saharien un ancrage « clair et durable ».
L’idée n’est pas entièrement nouvelle : déjà dans l’offre marocaine de 2007, l’autonomie devait être consacrée au plus haut niveau constitutionnel et insérée dans l’architecture institutionnelle du Royaume. Le plan de 2007 avait esquissé pour les Provinces du Sud : de son Parlement local, de son budget propre et des ressources fiscales, tout en réservant à l’État central les domaines régalien (souveraineté, défense, diplomatie, monnaie, religion). Aujourd’hui, l’exercice consiste à passer de cette maquette initiale à un véritable « mode d’emploi » : préciser les institutions régionales, détailler la répartition des compétences et des ressources, en cohérence avec la régionalisation avancée et les normes constitutionnelles. Dans les mois à venir, ce chantier intérieur sera mené de pair avec le volet diplomatique, mettant le droit national au service du changement de paradigme opéré à l’ONU.
Dans le même temps, le Maroc poursuit une diplomatie très active sur le continent africain. Sur le plan énergétique, le projet de gazoduc Afrique‑Atlantique (Nigeria–Maroc) constitue une pièce maîtresse de l’ambition marocaine. En mai 2025, le ministère de l’Énergie a annoncé l’achèvement des études de faisabilité et la détermination de la « route optimale » du tracé de 6 000 km, qui pourra fournir de 15 à 30 milliards de m³ de gaz par an à quelque 400 millions d’Africains. Un « special-purpose company » paritaire Maroc–Nigéria est en cours de création pour prendre la décision finale d’investissement d’ici la fin 2025. Doté d’un budget estimé à 25 milliards de dollars, ce méga-projet vise à transformer le Maroc en hub énergétique reliant le continent africain et l’Europe, tout en créant des milliers d’emplois et en stimulant l’industrie et le numérique sur le continent. Des bailleurs comme la BAD, l’EIB, le fonds OPEP et même des acteurs américains et chinois participent déjà au financement. Ce gazoduc illustre la stratégie marocaine consistant à jouer la géoéconomie pour renforcer son influence en Afrique.
Par ailleurs, le Maroc doit renforcer ses liens avec l’Alliance des États du Sahel (AES – Burkina Faso, Mali, Niger). Le 28 avril 2025, SM le Roi Mohammed VI a reçu à Rabat les ministres des Affaires étrangères de ces trois pays, qui ont salué « tout particulièrement l’Initiative Royale visant à favoriser l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique ». Cette offre marocaine se traduit concrètement par la promesse d’un corridor atlanto-sahélien : ouvrir un accès maritime à ces États enclavés, gage de développement et de stabilité régionale. En somme, le « désenclavement » promis est présenté comme un vecteur de sécurité, le Maroc posant ainsi l’intégration économique sud‑saharienne au cœur de sa diplomatie. Cette démarche s’inscrit dans un contexte où l’influence occidentale recule au Sahel : Rabat propose de combler le vide par des infrastructures portuaires et logistiques (routes, chemins de fer, plateformes portuaires) ainsi que des partenariats en matière de sécurité et de gouvernance, au titre de la solidarité Sud‑Sud et de sa propre expérience de connectivité.
Au plan géoéconomique, l’action du groupe OCP (phosphates) représente un volet majeur de la « diplomatie des fertilisants » du Maroc. Le Royaume entend promouvoir la souveraineté alimentaire non seulement nationale, mais aussi africaine. Ainsi, au Salon international de l’agriculture du Maroc (SIAM) 2025, OCP a exposé sa stratégie d’« agriculture durable » articulée autour de la santé des sols, de la gestion de l’eau, de la séquestration du carbone et de l’inclusion sociale. Cette approche vise à rendre l’agriculture marocaine et africaine plus résiliente face au stress hydrique et aux bouleversements climatiques. Le Groupe OCP illustre comment la politique économique marocaine sert d’instrument de soft power : en investissant dans l’innovation agricole (4R de la fertilisation raisonnée, digitalisation, fertilisants personnalisés) et en soutenant ses partenaires africains, le Maroc pose sa marque d’acteur responsable face aux défis alimentaires et climatiques.
Enfin, la diplomatie bilatérale de 2026 s’ouvrira de nouvelles perspectives. Dans mon édito écrit en décembre 2024, j’avais annoncé que l’année 2025 soit l’année de la reconnaissance du Sahara marocain par le Royaume-Uni. Chose faite en juin 2025 où Londres s’est officiellement aligné sur le plan d’autonomie marocain (le qualifiant de « solution la plus crédible, viable et pragmatique ». Les deux pays ont notamment souligné au cours de cette annonce commune leurs «liens sur les questions de sécurité et de commerce». Dans les faits, l’émergence d’un corridor Tanger Med–Gibraltar reliant directement le port marocain aux marchés britanniques pourrait être intéressant à explorer. En effet, des liaisons maritimes directes ont été lancées en 2025 entre Tanger Med, Casablanca et les ports du Nord de l’Europe (dont le Royaume-Uni), ce qui offre une alternative rapide à la route routière classique.
La nécessité pour le Maroc de s’affirmer en 2026 comme médiateur du conflit israélo-palestinien s’inscrit dans une logique de légitimité historique, diplomatique et morale, incarnée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en sa qualité de président du Comité Al Qods.
Cette posture confère au Royaume une singularité rare dans un conflit marqué par la polarisation et l’érosion des mécanismes multilatéraux classiques. Le Maroc dispose d’un capital de crédibilité fondé à la fois sur son engagement constant en faveur des droits légitimes du peuple palestinien, la préservation du statut historique et spirituel de Jérusalem, et sa capacité reconnue à maintenir des canaux de dialogue ouverts avec l’ensemble des acteurs régionaux et internationaux.
Dans un contexte de recomposition des équilibres moyen-orientaux, une médiation marocaine éclairée et proactive permettrait de réinscrire la question palestinienne dans une approche pragmatique, fondée sur le droit international, la désescalade et la recherche de solutions durables. Le leadership royal, adossé à une diplomatie discrète et structurée, constitue à cet égard un levier stratégique pour favoriser une médiation crédible, équilibrée et impactante.
Sur l’autre rive de l’Atlantique, le Maroc déploie également une diplomatie sud-sud active en Amérique latine. Le Brésil y a été qualifié de « partenaire clé » du Maroc en Amérique latine par le Ministère des Affaires Étrangères. Ce rapprochement doit s’inscrire dans une vision de coopération multipartite reliant l’Afrique et l’Amérique latine, où le Maroc se présente comme un hub de franches-sud, tirant parti de son ouverture hispanophone au Nord et dans les Provinces du Sud. Par ce biais, Rabat devrait chercher non seulement à diversifier ses débouchés économiques mais aussi à étendre son cercle de soutiens internationaux, notamment dans la Communauté ibéro-américaine sous un prisme multidimensionnel en impliquant de l’expertise hispanophone ou lusophone pour le Brésil.
En combinant pragmatisme économique et revendications, le Maroc cherche à transformer ses succès diplomatiques en acquis durables. L’année 2026 devra confirmer si ce redéploiement a permis de modifier structurellement les équilibres : ce qui serait, le début de la véritable mise en œuvre de cette politique étrangère de nouvelle envergure pour le Maroc.
