France: soupçons d’ingérence américaine autour du dossier judiciaire de Marine Le Pen

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Marine Le Pen à son procès à Paris, le 13 novembre 2024 © Geoffroy Van Der Hasselt/AFP

Des diplomates américains et une étrange conversation sur le sort judiciaire de Marine Le Pen: la secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme a raconté mardi à l’AFP avoir été approchée par deux émissaires de Washington, en vue d’une possible « manipulation du débat public français ».

Magali Lafourcade, magistrate à la tête de la CNCDH, institution indépendante chargée des droits humains en France, a raconté avoir reçu le 28 mai 2025 Samuel Samson et Christopher Anderson, deux conseillers du bureau de la démocratie, des droits humains et du travail au sein du département d’Etat américain.

Ces diplomates étaient à la recherche « d’éléments pour accréditer une théorie qui aurait pu, peut-être, servir de support à une désinformation ou à une manipulation du débat public français« , a estimé Magali Lafourcade, confirmant ses propos diffusés dimanche sur France 5.

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Rapidement, la conversation a dévié sur Marine Le Pen. Rendue inéligible par une condamnation en première instance en mars 2025, la dirigeante d’extrême droite joue sa candidature lors du procès en appel des assistants parlementaires d’eurodéputés du Front national (devenu Rassemblement national), qui a débuté le 13 janvier.

Les représentants des Etats-Unis « étaient convaincus que c’était un procès politique qui visait à l’écarter de la présidentielle ou de la mettre au ban pour des raisons purement politiques », a relaté la secrétaire générale de la CNCDH.

 « Visée d’ingérence »

Pour les deux émissaires, Mme Le Pen est « injustement traitée » et victime « d’une condamnation politique »: « ils cherchaient des éléments pour accréditer cela », a ajouté Magali Lafourcade.

« J’étais à ce moment-là très gênée parce que je trouvais que cette conversation n’avait pas lieu d’être avec des alliés », dit-elle, confiant avoir perçu quelque chose d' »assez malveillant »: « ça ressemblait à une sorte d’immixtion pour accréditer un discours dont j’ai eu le sentiment qu’il était à visée d’ingérence ».

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« Mal à l’aise« , Magali Lafourcade affirme avoir signalé la discussion le jour-même au ministère des Affaires étrangères, « ce que je ne fais jamais car en tant qu’institution indépendante, on ne rend pas compte des échanges qu’on a avec des diplomates« .

Le Quai d’Orsay lui avait répondu prendre cette affaire « très au sérieux« , a-t-elle assuré.

Sollicité par l’AFP au sujet de cet échange, le ministère n’a fait aucun commentaires.

Début janvier, le président du tribunal judiciaire de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban, avait mis en garde contre une éventuelle « ingérence inacceptable et intolérable » après des menaces de sanctions américaines contre des magistrats qui ont traité le dossier pénal du RN, telles que rapportées par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel et démenties ensuite par l’administration américaine.

Mais le président américain Donald Trump avait lui-même critiqué la condamnation de Marine Le Pen en première instance, appelant à la « libération » de la cheffe de file de l’extrême droite française, victime selon lui d’une « chasse aux sorcières« .

L’ancien conseiller de Trump Steve Bannon, influent porte-parole de la droite dure américaine, avait souhaité début janvier la victoire de Mme Le Pen à la prochaine présidentielle française, pour « vraiment tuer l’Union européenne ».

Il s’était dit, dans une interview diffusée par Complément d’Enquête sur France 2, « 100% favorable » à interdire de séjour aux Etats-Unis les juges l’ayant condamnée en première instance.

Des responsables américains dénoncent régulièrement « la censure » et des atteintes à la liberté d’expression en Europe, notamment en France, en Allemagne, et en Grande-Bretagne, tout en apportant leur soutien à des partis d’extrême-droite européens.

Samuel Samson, jeune conseiller qui a effectué plusieurs déplacements en Europe, avait, dans la lignée du vice-président JD Vance, décrit le continent comme « un foyer de censure numérique, de migrations de masse, de restrictions à la liberté religieuse et de nombreuses autres atteintes à l’autodétermination démocratique ».

Dans le même texte publié sur le compte Substack du département d’Etat et intitulé « La nécessité d’alliés civilisationnels en Europe« , il avait évoqué la condamnation de Marine Le Pen et son inéligibilité.

JD Vance avait consterné les Allemands et, plus généralement, les Européens, lors d’un discours à Munich en février dernier dans lequel il avait affirmé que la liberté d’expression « reculait » en Europe, et épousé les vues des partis comme l’AfD, récemment classé « extrémiste de droite » par les renseignements intérieurs allemands.

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