L’écosystème startup marocain a sous-performé en matière de levées de fonds sur l'ensemble de l'année…
Redouane El Haloui (APEBI) : « Arrêtons les stratégies, passons à l’exécution »
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En marge du World Advanced Manufacturing and Mobility Forum (WAM), le président de la Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring (APEBI) a partagé avec notre rédaction une lecture critique des initiatives en cours dans le secteur du numérique. Tout en saluant les efforts institutionnels, il estime que le temps de l’action est plus que jamais arrivé.
Maroc Digital 2030, stratégie intelligence artificielle, etc. Pour Redouane El Haloui, il ne fait aucun doute que toutes ces stratégies ont leur portée et leur pertinence. Mais là où le doute s’installe, selon lui, c’est que l’on s’éternise à élaborer des stratégies sans passer à la phase pratique. « Arrêtons les stratégies. Il faut exécuter. Tant qu’on passe notre temps à réfléchir, on n’est pas en train d’exécuter. On n’est pas en train de réaliser », laisse entendre le président de l’APEBI. Un constat qu’il tire de la multiplication des stratégies qui ont été élaborées, mais qui jusque-là ne sont pas encore déclinées.
Interrogé sur la pertinence d’avoir une stratégie avant d’aller à une éventuelle exécution, Redouane El Haloui se veut lucide. Adoptant une posture pédagogique, il explique : « Vous savez, quand vous lancez un projet, vous le faites avec une équipe d’une manière agile, et donc vous faites de l’itération de manière à ce qu’à chaque exécution, vous avez un retour du terrain et vous ajustez ». Conclusion : « Il faut exécuter. Il faut travailler. Il faut qu’on y aille », insiste-t-il.
Compréhension et alignement de l’écosystème
Comme pour soutenir ses propos, El Haloui énumère un certain nombre d’objectifs et d’actions corrélées, qui n’ont pas encore connu un début de mise en œuvre, malgré le fait qu’ils aient été adoptés solennellement. Parmi eux, un comité national validé il y a deux années environ dans le cadre de la stratégie digitale, de même qu’un groupement d’intérêts publics.
Sur ce groupement, le responsable de la faîtière souligne que lui et ses pairs invités n’ont été que des spectateurs à sa présentation et non des coacteurs à sa structuration. Chose d’autant plus incompréhensible, selon lui, que l’État n’a pas à se substituer à son rôle de facilitateur des conditions de création d’emplois. « Excusez-moi, le gouvernement, il crée les conditions pour créer l’emploi, c’est un facilitateur. C’est le privé qui crée l’emploi », dit-il incisif.
Poursuivant, Redouane El Haloui attribue ce retard dans l’exécution à un problème de compréhension et d’alignement. Compréhension de l’écosystème digital, de sa structuration, de ses besoins et leviers. « Il faut comprendre l’écosystème. Savoir où est-ce qu’on peut créer l’emploi et où créer de la valeur. Tant qu’on n’a pas compris ça, ce sera compliqué d’avancer », assène-t-il avant d’embrayer sur l’alignement. Pour lui, il y a une corrélation entre ces deux points. À l’en croire, à la compréhension de l’écosystème s’ensuit naturellement un alignement. « Quand il y a un alignement de haut jusqu’en bas, et qu’il n’y a pas de rupture, ça crée des accélérations. À mon sens, il n’y a pas encore d’alignement », lâche-t-il comme une sentence.
Offshore, startups et PME tech: Des couloirs d’accélération
Pour le responsable de l’APEBI, c’est cet alignement que certaines nations, notamment celles composant les Big Four, ont adopté et qui a catapulté leur écosystème startup sur des niveaux d’accélération leur permettant de rafler jusqu’à 82 % des sommes totales levées en 2025 par les startups du continent africain. « Si on a compris l’écosystème, reprend-il, on va pouvoir créer des couloirs d’accélération pour l’offshore, les startups et les PME tech ».
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Si le premier couloir se distingue par sa forte capacité à créer de l’emploi, celui concernant les startups donne un angle parfait aux venture capital qui, eux, ont suffisamment de ressources à injecter. Quant aux PME tech, elles constituent un pont entre les entreprises industrielles et les entreprises technologiques, dont elles accompagnent la digitalisation. « Quand on a compris qu’il y a des couloirs d’accélération avec des accompagnements qui sont différents, on va pouvoir créer les outils nécessaires pour développer et accélérer notre écosystème. Et on parlera non plus de combien génère l’export, mais combien ce secteur génère dans sa globalité ».
Pour Redouane El Haloui: les indicateurs et enjeux de l’IA
Dans la foulée, Redouane El Haloui évoque quelques indicateurs attestant du potentiel de l’écosystème dans sa globalité : « On emploie 130 000 personnes, générons 26 milliards de dirhams en export (…) 55 millions de dollars au niveau des startups ». Des chiffres de 2025, encore provisoires.
Il aborde dans le même temps la question de l’IA. Quoique l’estimant très importante, il soutient qu’elle reste subordonnée à la disponibilité de « data structurée ». Toutefois, pour cela, fait-il remarquer, « il est important de digitaliser ». Rappelant que la stratégie digitale Maroc 2030 intègre ces aspects, il revient à la nécessité, voire l’urgence d’exécuter et d’accélérer cette dernière.
Il renchérit en ces termes : « Parce qu’il y aura de la data, il y aura tout ce qu’il faut pour pouvoir effectivement développer les différentes IA, les datacenters ». Et de souligner au passage que le moteur de l’IA, ce sont les datacenters et les GPU, qui in fine constituent des moyens pour les autres PME tech et startups.
On l’aura compris, par cette sortie, l’APEBI par la voix de son président Redouane El Haloui crie son haro face au manque de concrétisation de la stratégie digitale élaborée depuis bien longtemps et qui semble être engluée dans une autre stratégie en conception (celle de l’IA); et qui affectent tout particulièrement la compétitivité des startups. A-t-il raison ou tort, les semaines à venir le diront.
