Interview – Kévin Gormand (Mubawab) : « La transparence foncière, principal challenge de l’immobilier »

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Kévin Gormand Mubawab Immobilier
Kévin Gormand CEO Mubawab Group

Dans un entretien à H24Info, Kévin Gormand, CEO de Mubawab, livre une analyse détaillée des tendances qui ont marqué le marché immobilier marocain en 2025. Entre une demande soutenue, des mutations dans les comportements des ménages et des défis structurels persistants, il insiste sur la nécessité d’une meilleure transparence foncière pour assurer l’accessibilité et la durabilité du secteur.

Selon le patron de Mubawab, trois dynamiques caractérisent le marché de l’immobilier au Maroc. D’abord la demande qui, selon lui, « reste très forte au Maroc». Les besoins en logement, estimés à plus d’1,2 million il y a une décennie, ne sont toujours pas absorbés par la production annuelle. Toutefois, cette demande se concentre désormais sur les biens à moins de 700.000 dirhams, et plus particulièrement sur ceux inférieurs à 300.000 dirhams. «Environ 90% des transactions se situent en dessous d’un million de dirhams», précise-t-il, soulignant la pertinence du plan Dam Sakane, qui cible précisément cette frange de la population.

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Second constat d’après Gormand, c’est qu’une évolution notable s’observe dans les grandes villes, notamment dans la montée de la location longue durée. «Le Maroc a toujours été un pays de propriétaires, mais on voit désormais un compromis», explique Gormand. Face à des budgets limités, de nombreux ménages préfèrent louer pour accéder à des localisations ou des biens qu’ils ne pourraient pas acheter.

Enfin, la demande des Marocains résidents à l’étranger et des étrangers s’est stabilisée après un pic observé lors de la Coupe du monde. «25% des demandes sur notre portail proviennent de la diaspora et des étrangers, avec Marrakech et les villes côtières comme principales cibles», note-t-il.

Pour Kévin Gormand, Dam Sakane est une réponse adaptée 

Evoquant le dispositif Dam Sakane lancé par le gouvernement, il évoque son effet porteur sur le marché immobilier, mais nuance son impact sur les tendances d’achat. «Il n’a pas influencé le besoin budgétaire, mais il a parfaitement ciblé les attentes», affirme Gormand. Les aides directes aux acquéreurs – 100.000 dirhams pour les biens à 300.000 et 70.000 dirhams pour ceux à 700.000 – permettent de réduire significativement le coût d’acquisition.

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«Le choix de donner directement aux acquéreurs plutôt qu’aux promoteurs est judicieux», insiste-t-il. Toutefois, le défi reste l’offre : il faut construire des logements correspondant à cette demande. Les groupes publics comme Al Omrane et certains promoteurs privés sont appelés à jouer un rôle clé dans ce segment.

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En termes de défis, pour Gormand, le principal reste la transparence autour de l’accès au foncier. «Il y a des terrains disponibles au centre de Casablanca, parfois de plusieurs hectares, mais bloqués par des héritages multiples ou des prix psychologiques fixés par les propriétaires», déplore-t-il. Cette rareté artificielle renchérit les prix et limite la production.

Il salue, par conséquent, l’instauration par le gouvernement de la taxe sur le non bâti (TNB) pour inciter à la construction, mais «il faut aller plus loin pour fluidifier le marché». La transparence foncière apparaît ainsi comme un enjeu central pour rendre l’immobilier plus accessible.

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Vers un immobilier durable et digitalisé

Au-delà du foncier, Gormand souligne l’importance des logements écoresponsables. «Les gens veulent payer moins d’électricité et préserver l’eau. Même sans conscience écologique, c’est une logique financière», explique-t-il. Si bien que les incitations gouvernementales, comme l’octroi de mètres carrés supplémentaires aux promoteurs respectant les normes environnementales, encouragent cette transition.

En ce qui concerne la digitalisation, il soutient qu’elle constitue un autre levier majeur. Pour en illustrer l’impact, il relate comment son intégration permet à des plateformes comme la sienne, Mubawab, «d’apporter un maximum d’informations en un minimum de temps, pour rendre l’acheteur plus averti et plus expert». Il revendique à ce titre quelques 15.000 nouvelles annonces mensuelles.  Dans cette veine, l’entreprise investit désormais dans l’intelligence artificielle pour affiner la recherche et proposer des biens parfaitement adaptés aux besoins des utilisateurs.

Comme conseils pour réaliser des opérations immobilières satisfaisantes, le CEO de Mubawab invite les ménages à bien définir leur budget avant toute démarche. «Il faut aller voir sa banque ou un courtier, puis explorer les différentes zones via des plateformes spécialisées», recommande-t-il. L’achat immobilier restant un choix émotionnel, mais il recommande qu’il soit guidé par des compromis réalistes entre localisation, confort et prix.

En clair, «le Maroc dispose de tous les atouts pour rendre son marché immobilier plus accessible et durable. Mais la clé reste la transparence sur le foncier», conclut-il.

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