L’Invité Éco. Mahmoud Cherkaoui (Epik Consulting): «La formation continue, un levier sous-exploité au Maroc»

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Invité Eco Mahmoud Cherkaoui
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Dans cet épisode de L’Invité Éco, Mahmoud Cherkaoui, fondateur et CEO  d’Epik Consulting, revient sur les blocages de la loi sur la formation professionnelle continue, les conséquences pour la compétitivité des entreprises marocaines et les opportunités offertes par l’intelligence artificielle. Son analyse met en lumière un paradoxe: un cadre légal moderne, mais paralysé, privant les entreprises, surtout les petites, d’un levier essentiel.

Mahmoud Cherkaoui, CEO et founder d’Epik Consulting, débute son analyse en indiquant qu’à l’origine, la loi sur la formation professionnelle continue devait élargir l’accès à de nouveaux bénéficiaires, notamment les indépendants et les salariés en recherche d’emploi. «Moderne» sur le papier, le projet n’aboutira cependant pas. En cause, un obstacle majeur: l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) est « juge et partie ». Placée au cœur du dispositif, l’instance étatique cumule les rôles de collecteur de fonds et d’organisme de formation. Cette concentration de pouvoirs rend la réforme difficile et bloque l’exécution des décrets d’application, souligne notre invité.

Résultat: une loi qui promet beaucoup mais dont la mise en œuvre reste «extrêmement difficile». Les entreprises, censées bénéficier de fonds dédiés pour accroître les compétences de leurs collaborateurs, se retrouvent face à un système trop lourd et trop lent. «Aujourd’hui, 90% du tissu économique n’a pas accès à ces dispositifs, faute de fluidité administrative», déplore Cherkaoui. Seules les grandes entreprises, dotées de services capables de gérer la complexité, parviennent à en tirer profit. Si bien que pour la majorité des TPE et PME, la formation continue reste perçue comme une charge, non comme un investissement stratégique.

Entre alternatives privées et nécessité de reconnaissance des acquis

Face à ce blocage, le marché ne reste pas immobile. «Le privé n’attend pas les décrets d’application parce que le marché n’attend pas», explique Cherkaoui. Ainsi, les acteurs du secteurs proposent des cycles courts, du learning by doing ou des formations certifiantes hors cadre officiel. Les plateformes internationales d’e-learning offrent également des solutions accessibles. Mais là encore, une fracture apparaît: les grandes entreprises investissent dans le capital humain, tandis que les petites structures peinent à suivre.

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Au-delà du financement, un autre frein majeur concerne la reconnaissance des acquis. «Un salarié ayant cinq ans d’expérience dans la restauration rapide pourrait prétendre à un master en management, mais au Maroc, cette reconnaissance reste difficile», regrette Cherkaoui. La validation des acquis, qui permettrait de transformer l’expérience professionnelle en diplôme reconnu, est quasi inexistante.

Les collaborateurs des grandes entreprises bénéficient parfois de dispositifs internes, mais ceux des TPE et PME restent exclus, ce qui limite leur employabilité et leur mobilité internationale. Pour le dirigeant, instaurer un système de validation des acquis serait une amélioration «presque immédiate» et un levier puissant pour renforcer la compétitivité nationale.

L’intelligence artificielle, catalyseur de transformation

Si la loi peine à se déployer, l’avènement de l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives. Cherkaoui compare cette révolution à l’arrivée de l’électricité: «Cela oblige tout le monde à s’upskiller». Les cabinets de conseil et de formation doivent se réinventer, car l’information est désormais disponible en quelques secondes. La valeur ajoutée ne réside plus dans la collecte, mais dans l’analyse et l’accompagnement.

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Dans cette dynamique, notre interlocuteur assure que dans le milieu, les experts de la formation utilisent déjà des outils psychométriques enrichis par l’IA pour identifier les forces et faiblesses des collaborateurs et bâtir des parcours ciblés. L’IA devient ainsi un accélérateur, permettant de personnaliser la formation et de rendre l’apprentissage plus pertinent. Mais elle impose aussi une exigence: proposer des résultats mesurables, des retours sur investissement clairs. «Les cabinets qui vont perdurer sont ceux qui comprendront que les outils sont au service de la performance.»

Pour Mahmoud Cherkaoui, la formation continue doit être considérée comme un investissement. Certes, ce n’est «pas totalement» le cas aujourd’hui au Maroc, mais il voit dans cette situation une opportunité: convaincre les entreprises que l’upskilling est indispensable et rentable. Accélérer les remboursements et simplifier les dispositifs permettrait de transformer cette ambition en réalité. «Je suis optimiste de nature», conclut-il, convaincu que le Maroc dispose d’un potentiel considérable pour faire de la formation continue un véritable moteur de compétitivité et d’employabilité.

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