Formation continue: les 9 recommandations du CESE pour relancer le système

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Ahmed Réda Chami, CESE Formation continue
Ahmed Reda Chami, président du CESE qui fait des recommandations pour la formation continue . © DR.

Dans un avis sur le système de la formation continue dans le secteur privé au Maroc, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a formulé neuf recommandations pour corriger les failles du dispositif jugé inéquitable et sous‑utilisé, et en faire un levier inclusif au service des travailleurs et des entreprises.

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a récemment publié son avis sur la relance du système de la formation continue au Maroc, adopté fin mars dernier. Sous le titre « La formation continue dans le secteur privé: pour une réforme urgente facilitant l’accès des travailleur-se-s et des entreprises », le document de 50 pages présente la formation professionnelle au Maroc, pointe ses limites avant de terminer avec des propositions censées relancer, si appliquée, ce talon d’Achille du secteur privé marocain.

Dans leur rapport, les expert du CESE relèvent la portée de la formation professionnelle continue, « un outil de valorisation du capital humain et de compétitivité pour les entreprises marocaines ». Ils évoquent comment au Maroc, l’adoption de la loi 60‑17 avait élargi le champ des bénéficiaires aux travailleurs non salariés et aux personnes en reconversion. Les instruments novateurs tels que le crédit temps formation ou la validation des acquis de l’expérience, qui ont fait leur preuve sous d’autres cieux, faisaient partie intégrante de cette loi. Dans la foulée de ce cadre réglementaire, des programmes sectoriels ont été déployés dans l’industrie, l’agriculture, l’artisanat ou le tourisme.

Cependant, le recours aux dispositifs reste marginal. Selon les chiffres du CESE, seulement 1 647 entreprises en 2022 avaient bénéficié des contrats spéciaux de formation sur près de 315 000 cotisantes, soit moins de 0,5 %. Les indépendants et non‑salariés en sont largement exclus, et la reconnaissance des compétences acquises par l’expérience demeure limitée, avec seulement 1 488 certifications depuis 2008. À cela s’ajoutent des procédures complexes, des délais de remboursement longs et une offre de formation concentrée géographiquement, principalement à Casablanca.

Formation continue: élargir le champ des bénéficiaires

Pour sauver le système, le CESE propose neuf mesures structurantes. La toute première de ces recommandations s’articule sur la révision de la loi 60‑17 afin de créer une instance nationale indépendante, dotée d’une gouvernance tripartite et de relais régionaux. Dans un second temps, Il insiste aussi sur l’affectation effective de 30 % de la taxe de formation professionnelle à un fonds dédié, géré par cette instance.

Troisièmement, le Conseil préconise la mise en place d’une plateforme numérique nationale intégrée, couvrant tout le cycle de vie des actions de formation, afin de simplifier les procédures et réduire les délais de remboursement. Il propose également la prise en charge intégrale des coûts pour les très petites entreprises, avec un accès direct à des modules disponibles sur cette plateforme.

En cinquième lieu, la qualité de l’offre doit être garantie par un système de certification et d’accréditation des centres de formation. Le CESE appelle dans sa sixième recommandation à la mise en œuvre d’un référentiel national de validation des acquis de l’expérience professionnelle, confié à l’instance nationale, avec l’Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail (OFPPT) comme bras opérationnel.

Lire aussi. L’Invité Éco. Mahmoud Cherkaoui (Epik Consulting): «La formation continue, un levier sous-exploité au Maroc»

Les régions doivent être associées à l’ingénierie de la formation continue, en partenariat avec les acteurs socio‑économiques, afin d’adapter les programmes aux besoins locaux. L’avant dernière alerte sur le rôle des Groupements interprofessionnels d’aide au conseil (GIAC) demandant à les positionner comme acteurs de proximité auprès des entreprises. Enfin, le CESE encourage le développement de formats pédagogiques flexibles, intégrant la formation à distance, les modalités hybrides et les sessions courtes, pour mieux répondre aux contraintes des actifs.

Au‑delà des mesures techniques, le CESE insiste sur la nécessité d’inscrire la formation continue dans une véritable politique publique. Celle‑ci doit consacrer la formation comme un droit pour l’ensemble des travailleurs, une responsabilité partagée entre l’État et les employeurs, et une exigence dans les secteurs stratégiques.

En somme, les neuf recommandations du CESE visent à transformer un dispositif sous‑performant en un système inclusif, équitable et efficace. L’enjeu est double : sécuriser les parcours professionnels et renforcer la compétitivité de l’économie nationale.

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