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Capacités militaires: l’Espagne face à la montée en puissance accélérée du Maroc
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Un analyste espagnol estime que la montée en puissance militaire du Maroc expose les « enclaves » de Sebta et Melilia et fragilise la posture défensive espagnole.
Esteban García Marcos s’est livré à une analyse comparative des capacités militaires espagnoles et marocaines : effectifs, drones, défense aérienne et vulnérabilité de Sebta et Melilia.
Dans une analyse publiée dans le quotidien espagnol La Razón, l’expert en questions technologiques et militaires Esteban García Marcos a exprimé son inquiétude face au développement accéléré des capacités militaires du Maroc et à ce qu’il considère comme un déséquilibre croissant par rapport à l’Espagne.
Selon lui, « les garnisons espagnoles de Sebta et Melilia souffrent d’un manque de couverture aérienne face à d’éventuelles menaces, notamment en matière de défense anti-aérienne et antimissile à moyenne portée« .
Un écart capacitaire mis en avant
L’analyste souligne que l’augmentation du budget militaire marocain aurait permis à Rabat de renforcer considérablement son arsenal, notamment dans le domaine des drones armés. Il évoque la présence de plus de 230 appareils, dont certains produits localement sous licence étrangère.
Il met également en avant l’acquisition par le Maroc de systèmes de défense aérienne avancés, citant notamment les missiles du système de défense aérienne et antimissile israélien Barak MX, susceptibles de couvrir de larges zones stratégiques, y compris le détroit de Gibraltar et des portions des îles Canaries.
Une coopération stratégique structurante
L’article estime que la coopération militaire croissante entre le Maroc et Israël constitue un tournant stratégique, permettant au royaume de développer une base industrielle de défense et d’accroître ses capacités de surveillance et de projection.
L’auteur conclut que l’Espagne devrait réévaluer sa doctrine de défense sur son flanc sud et adapter ses investissements militaires à ce qu’il qualifie de nouvelle réalité stratégique.
La multiplication de ce genre d’analyses intervient dans un contexte régional marqué par des recompositions géopolitiques et une modernisation rapide des capacités militaires de plusieurs États riverains de la Méditerranée occidentale.
Analyse comparative et débat intense
Un débat stratégique intense traverse actuellement l’Espagne concernant l’état de ses forces armées face à la modernisation rapide du Maroc. Plusieurs rapports et analyses pointent un écart croissant dans certains domaines clés, notamment les effectifs, les drones armés et la défense des enclaves de Sebta et Melilia.
1. Effectifs militaires: un déficit structurel espagnol
Les forces armées espagnoles comptent environ 116.000 militaires d’active, alors que le cadre légal prévoit entre 130.000 et 140.000 soldats. En 2025, l’armée espagnole aurait perdu davantage de militaires qu’elle n’en a recruté.
Comparaison démographique et militaire:
• Espagne : environ 2,4 militaires pour 1.000 habitants
• Moyenne OTAN : 6 pour 1.000
• Maroc : environ 200.000 militaires d’active et 150.000 réservistes, avec service militaire rétabli depuis 2019
Le principal problème espagnol n’est pas technologique mais humain: baisse du vivier démographique, salaires jugés insuffisants, mobilité forcée et départs précoces.
2. Budget de défense : effort relatif plus élevé côté marocain
• Espagne : environ 2 % du PIB (objectif OTAN atteint récemment)
• Maroc : environ 4,2 % du PIB consacré à la défense
En valeur absolue, l’Espagne reste plus riche (10 fois plus de PIB, NDLR) et dispose d’une industrie intégrée à l’écosystème européen, mais en proportion, l’effort marocain est nettement supérieur.
3. Drones armés: asymétrie notable
Le Maroc exploite plus de 230 drones, notamment des Bayraktar TB2 et Akinci turcs, des Wing Loong II chinois et des systèmes israéliens produits localement. Une usine israélienne de drones a été inaugurée à Benslimane en 2025.
L’Espagne, en revanche, ne dispose d’aucun drone armé opérationnel. Ses MQ-9 Reaper sont configurés uniquement pour la surveillance.
Le programme européen Eurodrone n’entrera pas en service avant 2028.
Dans les conflits récents, notamment en Ukraine, la guerre par drones a profondément modifié les équilibres tactiques, ce qui renforce les inquiétudes exprimées dans les milieux militaires espagnols.
4. Aviation, blindés et artillerie
Maroc
• 384 chars Abrams M1A2
• 18 lanceurs HIMARS avec missiles ATACMS (portée jusqu’à 300 km)
• Défense aérienne Barak MX multicouche
Espagne
• Eurofighter Typhoon et F/A-18
• Chars Leopard 2A4
• Véhicules blindés Pizarro
• Systèmes Patriot et NASAMS intégrés à l’OTAN
Globalement, l’Espagne conserve une supériorité technologique aérienne et une intégration dans l’OTAN structurante. Toutefois, les analystes estiment que le Maroc concentre davantage ses investissements sur des capacités régionales ciblées.
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5. Vulnérabilité de Sebta et Melilia
Chaque enclave abrite environ 3.000 soldats espagnols, principalement des unités d’élite.
La défense antiaérienne locale repose essentiellement sur:
• Canons Oerlikon
• Missiles Mistral (portée 6 à 8 km)
Aucun système de moyenne portée n’est déployé en permanence, officiellement pour éviter une escalade. Cette limitation est considérée par certaines associations militaires comme le principal talon d’Achille du flanc sud.
6. Dimension OTAN: ambiguïté juridique
L’application automatique de l’article 5 de l’OTAN à Sebta et Melilia reste juridiquement ambiguë, ces territoires étant situés en Afrique du Nord.
Même si le concept stratégique adopté à Madrid en 2022 affirme défendre «chaque pouce du territoire allié», le traité fondateur n’a pas été modifié.
7. Réalité stratégique
Malgré ces comparaisons, plusieurs experts rappellent que:
• L’Espagne reste intégrée à l’OTAN et à l’Union européenne
• Elle dispose d’une supériorité aérienne qualitative
• Aucun scénario de conflit ouvert avec le Maroc n’est aujourd’hui plausible
Le débat actuel porte donc moins sur une guerre imminente que sur la crédibilité de la dissuasion, la modernisation capacitaire et l’adaptation doctrinale face à un voisin engagé dans une stratégie de réarmement accéléré.
En résumé, le déséquilibre ne serait pas global, mais sectoriel: drones armés, réaction rapide et défense aérienne locale constituent les principaux points de tension dans l’analyse stratégique espagnole actuelle.
