Guerre au Moyen-Orient/Amine Maamri (APSB): «La volatilité actuelle ne remet pas en cause la solidité des entreprises cotées ni les fondamentaux économiques du Maroc»

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Amine Maamri Conférence APSB
Amine Maamri, président de l'Association Professionnelle des Sociétés de Bourse (APSB), lors de son intervention, 9 février 2026 ©NGY

Dans le contexte de la guerre opposant les Etats-Unis et Israël à l’Iran, un vent de panique souffle sur les marchés boursiers, avec une frilosité marquée pour la Bourse de Casablanca qui a décoté de plus de 10% en deux journées. Dans ce contexte particulier où volatilité et incertitudes règnent, Amine Maamri, président de l’Association professionnelle des sociétés de bourse (APSB) décrypte la situation, ses enjeux, et donne des recommandations stratégiques aux acteurs du marché boursier.

H24Info: La situation au Moyen-Orient a fait plonger les bourses travers le monde. Quid de la place casablancaise?

Amine Maamri: La réaction observée sur les marchés financiers doit être replacée dans un contexte international plus large. L’escalade militaire impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran a provoqué une montée de l’incertitude géopolitique qui s’est immédiatement reflétée sur les marchés.

Sur les séances des 2 et 3 mars, plusieurs grandes places financières ont enregistré des corrections. En Europe, les principaux indices ont reculé d’environ 3 % à 4 % en cumulé, avec notamment des replis proches de -3,9 % pour le CAC 40 et -4 % pour le DAX allemand.

Aux États-Unis, les marchés ont également évolué en baisse mais dans des proportions plus contenues. Sur ces deux séances, le S&P 500 a reculé d’environ 1,5 %, le Dow Jones d’environ 1,7 %, et le Nasdaq d’environ 1,2 %. Dans les marchés du Moyen-Orient, pourtant directement exposés au contexte régional, les variations sont restées globalement contenues, avec des corrections généralement comprises entre 2 % et 4 % selon les places du Golfe.

Dans ce contexte global, la Bourse de Casablanca a enregistré une correction plus marquée, proche de 10 % sur deux séances. Cela illustre le fait que, dans certaines phases d’incertitude internationale, les marchés peuvent parfois réagir plus rapidement que n’évoluent les fondamentaux économiques. Il est donc important de rappeler que les marchés financiers réagissent souvent à l’actualité à court terme, alors que la valeur des entreprises et la dynamique économique s’inscrivent dans des horizons plus longs.

Comment expliquer que la réaction de la Bourse de Casablanca semble plus marquée que celle des autres places financières face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient?

Il est important de replacer la réaction récente du marché dans le contexte qui prévalait avant l’escalade géopolitique. Depuis le début de l’année, le marché évoluait déjà dans un environnement marqué par une certaine prudence des investisseurs et une contraction relative de la liquidité. Avant les récents événements géopolitiques, la performance de l’indice MASI depuis le début de l’année se situait autour de -2,86 %.

Dans ce contexte, certaines publications de résultats d’entreprises, pourtant globalement solides, n’étaient pas toujours pleinement reflétées dans les cours de la Bourse. La montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient a ainsi agi comme un facteur d’accélération de l’incertitude, conduisant certains investisseurs à ajuster rapidement leurs positions.

La correction enregistrée sur les séances des 2 et 3 mars s’inscrit donc dans un mouvement de réaction rapide des marchés face à l’incertitude internationale. Il est toutefois essentiel de rappeler que les fondamentaux de l’économie marocaine et la dynamique des entreprises cotées demeurent solides, comme en témoigne notamment la progression des résultats des sociétés cotées.

Dans ce contexte, les mouvements observés sur le marché doivent être interprétés avant tout comme un ajustement de marché dans un environnement international incertain, plutôt que comme le reflet d’une dégradation des perspectives économiques.

APSB

La correction a été particulièrement visible du côté des investisseurs particuliers. Est-ce le signe d’une frilosité excessive de la place casablancaise ou d’un manque de profondeur du marché ?

Il faut d’abord rappeler que les investisseurs particuliers occupent aujourd’hui une place importante dans la dynamique de la Bourse de Casablanca, puisqu’ils représentent plus de 30 % des volumes échangés. Ils sont donc devenus un acteur prépondérant du marché. Dans les phases de forte incertitude internationale, comme celle que nous traversons actuellement, il est fréquent d’observer des ajustements de position plus rapides de la part des investisseurs individuels. Ce phénomène n’est pas propre au Maroc et se retrouve dans de nombreuses places financières.

Il faut également souligner que ces dernières années ont été marquées par l’arrivée de nombreux nouveaux investisseurs particuliers, dont une partie a principalement connu un cycle de marché haussier. Dans ce contexte, des phases de volatilité plus marquées peuvent parfois susciter davantage d’inquiétude ou d’ajustements de position.

Lire aussi. Bourse de Casablanca : vent de panique, le MASI s’effondre

Dans certains cas, des décisions d’investissement prises dans la précipitation peuvent conduire les investisseurs à couper leurs positions dans des phases de correction, ce qui peut les amener à enregistrer des pertes importantes en capital et des contre-performances significatives. L’expérience montre que ce type de situation peut parfois éloigner durablement certains épargnants du marché actions, alors même que l’investissement en Bourse doit être envisagé dans une logique de moyen et long terme.

Il faut également rappeler que le marché marocain reste en phase de développement en termes de profondeur et de liquidité, ce qui peut parfois amplifier les mouvements de marché lorsque les volumes de transactions évoluent rapidement dans un sens ou dans l’autre. Pour autant, la participation croissante des investisseurs particuliers constitue une évolution positive pour le développement et la démocratisation du marché financier marocain, en contribuant à élargir progressivement la base d’investisseurs.

Dans ce contexte de forte volatilité, quelles valeurs ou secteurs pourraient paradoxalement offrir des opportunités d’investissement, à court ou moyen terme ?

Dans les phases de correction des marchés, il est naturel que certains investisseurs s’interrogent sur l’existence d’opportunités d’investissement. Historiquement, les périodes de volatilité peuvent conduire à des ajustements de valorisation, notamment lorsque les marchés réagissent rapidement à un environnement d’incertitude.

Il est toutefois important de rappeler qu’il ne revient pas, dans ce type de contexte, de désigner des secteurs ou des valeurs spécifiques. Les décisions d’investissement doivent avant tout reposer sur une analyse rigoureuse des fondamentaux des entreprises, de leurs perspectives de croissance et de leur capacité à créer de la valeur dans la durée. Les phases de volatilité peuvent amener les investisseurs à réévaluer leurs portefeuilles et leurs horizons d’investissement, mais elles doivent avant tout être abordées avec une approche disciplinée et fondée sur l’analyse.

La performance boursière s’inscrit généralement dans un horizon plus long, étroitement lié à la capacité des entreprises à générer des résultats et à accompagner la dynamique économique.

Quelles bonnes pratiques recommanderiez-vous aux investisseurs individuels dans une telle situation de panique boursière?

Dans les périodes de forte volatilité, la première recommandation est de garder une approche rationnelle et de replacer les mouvements de marché dans leur contexte économique. Les événements géopolitiques peuvent provoquer des réactions rapides sur les marchés financiers partout dans le monde. Mais il est important de rappeler que la valeur fondamentale des entreprises ne change pas en quelques jours sous l’effet d’un choc international.

Pour les investisseurs particuliers, la Bourse doit avant tout être envisagée comme un investissement de moyen et long terme, dans une logique d’épargne et de participation au financement de l’économie. Dans ce contexte, il est également important d’attirer l’attention des investisseurs sur la multiplication de conseils d’investissement non vérifiés qui circulent sur les réseaux sociaux, notamment dans les périodes de forte volatilité. Il est essentiel de faire preuve de vigilance et de privilégier les analyses provenant d’intermédiaires financiers agréés et de professionnels du marché.

Par ailleurs, l’expérience montre que lorsqu’un investisseur entre sur le marché avec une logique très court-termiste et se retrouve contraint de sortir avec une perte, il peut être tenté de s’éloigner durablement du marché actions. C’est précisément pour cette raison qu’il est important de rappeler que l’investissement en Bourse doit être abordé avant tout comme une démarche d’épargne de moyen et long terme, fondée sur les fondamentaux des entreprises plutôt que sur les fluctuations de court terme.

Cela ne signifie pas pour autant que les stratégies de court terme n’existent pas sur les marchés. Elles font partie du fonctionnement normal des marchés financiers. Mais ce type d’approche suppose généralement une bonne maîtrise des mécanismes de marché, des outils d’analyse adaptés ainsi qu’une gestion rigoureuse du risque, que l’on retrouve davantage chez des investisseurs expérimentés ou des professionnels.

Dans un contexte géopolitique aussi incertain, il reste particulièrement difficile de prédire avec précision les impacts économiques d’un conflit et, par conséquent, les tendances de marché à venir. C’est précisément pour cette raison qu’il est essentiel pour les investisseurs de se référer avant tout aux fondamentaux économiques et aux perspectives des entreprises, et d’aborder l’investissement en Bourse dans une logique de moyen et long terme, fondée sur des analyses rigoureuses et une approche disciplinée de l’investissement.

Dans le même temps, il est essentiel pour l’ensemble des acteurs de la place de préserver la confiance des investisseurs particuliers et de continuer à élargir la base des épargnants investissant en Bourse, qui reste encore relativement limitée malgré les progrès observés ces dernières années. Notre priorité est de préserver la confiance des investisseurs particuliers et de continuer à élargir la base des épargnants investissant en Bourse. Le développement d’un actionnariat plus large constitue un enjeu important pour la profondeur du marché et pour le financement de l’économie.

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