Youssef Guerraoui Filali (CMGM) : « Vers une stagflation au Maroc si la crise s’installe »

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Youssef Guerraoui Filali (CMGM) : « Avec la crise au Proche-Orient, le risque de stagflation au Maroc devient réel »
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Face aux répercussions multiples de la guerre au Moyen‑Orient et aux risques d’aggravation en l’absence de désescalade, Youssef Guerraoui Filali, président du Centre marocain de gouvernance et de management (CMGM), analyse les effets immédiats sur l’économie et le quotidien des citoyens, revient sur les décisions prises et alerte sur les risques à anticiper. Entretien.

-H24Info : Après les bombardements de sites énergétiques au Moyen‑Orient, quel impact immédiat sur l’économie mondiale ?

-Youssef Guerraoui Filali : Effectivement, les récents bombardements de sites énergétiques et nucléaires ont accru l’incertitude. D’ores et déjà, les prix du carburant au Maroc ont augmenté de 2 dirhams, conséquence directe de la hausse du prix du baril. Il est fort probable que le prix du carburant subira d’autres augmentations si ces bombardements et ces attaques se poursuivent dans les jours et les semaines à venir.

Les premiers clients du Moyen‑Orient, notamment les pays d’Asie comme la Chine et, éventuellement, l’Europe, seront très impactés par le passage d’Ormuz, où transitent plus de 20 % des produits pétroliers. À cela s’ajoutent 30 % des engrais, dont une partie est exportée vers les États‑Unis. Ainsi, l’Europe, l’Amérique et même l’Afrique sont indirectement touchées par tout ce qui se passe au Moyen‑Orient.

-Comment cette crise se répercute déjà sur l’économie marocaine : inflation, énergie, pouvoir d’achat ?

-En effet, cette crise internationale a une répercussion sur le Maroc. Le premier impact concerne la hausse des prix à la pompe, d’environ 2 dirhams pour le gasoil et de plus de 1,50 dirham pour l’essence. Ces produits énergétiques constituent le nerf de la guerre économique, car le transport et les flux logistiques des marchandises sont directement liés au prix du carburant. La production agricole est également concernée.

Plusieurs industries utilisent le gasoil. Même dans la production d’électricité, il est nécessaire. Le gaz propane est aussi très utilisé, ce qui accentue la pression. En conséquence, tous les produits alimentaires de consommation vont subir des hausses. On parle d’une inflation supplémentaire de plus de 1 %. Si la crise perdure, on pourrait entrer dans une période de stagflation, comme lors des débuts de la guerre russo‑ukrainienne, avec une inflation continue et un recul de la croissance.

-Quels secteurs marocains sont les plus vulnérables : transport, agriculture, industrie ?

-Les secteurs les plus touchés sont l’industrie et l’agriculture, qui utilisent beaucoup de produits énergétiques dans la production et le cycle d’exploitation. Ensuite, le transport des personnes et des marchandises est également affecté. Le commerce, secteur tertiaire, subit lui aussi les conséquences. Dans l’ensemble, tous ces secteurs sont aujourd’hui fragilisés par l’instabilité géopolitique et énergétique. L’économie mondiale est impactée par les conflits militaires entre l’Iran et Israël.

-Les mécanismes de soutien, comme la subvention des transporteurs, sont‑ils suffisants ou fragiles si la crise dure ?

-Il faut noter que ce sont les propriétaires des véhicules, ceux qui détiennent les agréments, qui en bénéficient directement. Reste à savoir s’ils feront profiter les chauffeurs et les agents du transport. Ce n’est pas systématique, cela dépend du propriétaire.

L’impact direct sur le coût de la vie du citoyen est limité, car ces subventions ne garantissent pas une baisse des prix finaux. En termes de distribution, l’effet boule de neige persiste : les prix augmentent jusqu’au consommateur final, sans que la subvention ne réduise réellement les coûts alimentaires.

-Les acquis du dialogue social peuvent‑ils résister à une pression budgétaire accrue ?

-Nous sommes dans une situation où les produits pétroliers à la pompe augmentent, mais les caisses de l’État en bénéficient, car les taxes (TIC, TVA) rapportent davantage. Comme les produits pétroliers sont décompensés, l’État ne paie pas plus de subventions et gagne davantage d’impôts. Le train de vie budgétaire est donc maintenu.

Toutefois, si l’État décide d’augmenter les salaires, de réduire certains impôts ou d’accorder des subventions directes, la pression budgétaire pourrait s’accentuer. L’aide octroyée aux professionnels du transport reste limitée et déjà absorbée par les hausses liées à l’augmentation des prix.

Si la crise s’installe, quels scénarios pour l’économie marocaine : stagflation, ralentissement, recomposition budgétaire ?

Si cette crise énergétique et géopolitique perdure, le Maroc se dirigera vers une stagflation : inflation continue et ralentissement de la croissance. La demande intérieure serait impactée par le renchérissement du coût de la vie. La demande extérieure subirait aussi des effets, car le Moyen‑Orient, l’Europe et l’Asie seraient touchés. De nombreux investissements et projets pourraient être ralentis, avec des répercussions directes et indirectes sur l’économie nationale.

Comment le Maroc peut renforcer sa résilience économique, préserver ses équilibres tout en poursuivant ses réformes ?

Le Maroc doit poursuivre son chantier d’industrialisation, en développant des investissements productifs créateurs d’emplois et générateurs de croissance. Il faut réduire la dépendance aux énergies fossiles et aux aléas climatiques. La question de la raffinerie est centrale : son absence accentue la dépendance aux importations et aux traders internationaux.

Si une raffinerie nationale fonctionnait, le pays pourrait acheter en quantité suffisante, stocker pour sa sécurité énergétique et produire localement, réduisant ainsi les coûts d’environ 3 dirhams par litre. Ainsi, investir dans une raffinerie nationale est donc essentiel pour limiter la dépendance extérieure et renforcer la résilience économique.

Crise énergétique : Youssef Guerraoui Filali (CMGM) alerte sur un risque de stagflation au Maroc
Youssef Guerraoui Filali, président du Centre marocain de gouvernance et de management (CMGM) © H24Info

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