“L’Invité Eco“. Youssef Guerraoui Filali (CMGM) : «On a toujours négligé la TPE»

Publié le
Youssef Guerraoui Filali
Youssef Guerraoui Filali, Président du Centre Marocain pour la Gouvernance et le Management

Personnage connu de la scène économique marocaine, Youssef Guerraoui Filali, président du Centre marocain pour la gouvernance et le management (CMGM), aborde dans ce numéro de “L’Invité Eco“ le dispositif dédié aux très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) inscrit dans la Charte de l’emploi.

Économiste, Youssef Guerraoui Filali suit de près le nouveau mécanisme de la Charte d’investissement dédié aux TPME, ainsi que le plan de relance de l’emploi. Enseignant, c’est avec une approche pédagogique qu’il s’applique à apporter les clarifications nécessaires.

«Il faut que l’on sache que le plan pour l’emploi vient concrétiser le dispositif financier de la Charte des investissements. Je parle bien évidemment de l’enveloppe des 12 milliards de dirhams», explique-t-il. «Par conséquent, poursuit-il, il y a un certain nombre de conditions pour pouvoir bénéficier de ce financement.»

Guerraoui Filali rappelle les contours du dispositif, accessible aux entreprises dont le chiffre d’affaires est situé entre 1 et 200 millions de dirhams, ayant un projet d’investissement compris entre 1 et 50 millions de dirhams. «Et bien évidemment, l’entreprise doit avoir au moins un chiffre d’affaires supérieur à 1 million de dirhams si elle a de l’ancienneté», précise-t-il.

Une fenêtre existe cependant pour les entreprises nouvellement créées, notamment les start-ups, qui peuvent bénéficier du financement sans être astreintes aux conditions énumérées, à la condition sine qua non d’apporter 10 % de fonds propres.

Un dispositif salutaire, mais discriminatoire

S’il salue la mise en place du dispositif, le président du CMGM regrette qu’il ne soit pas accessible à une plus large frange de très petites entreprises. «On a de très petites entreprises qui ont besoin de ce financement, mais qui n’enregistrent que quelques mois d’ancienneté.»

Pour Guerraoui Filali, ces structures composent l’essentiel du tissu entrepreneurial marocain et présentent un fort potentiel de croissance. Leur permettre d’investir dans leur cycle de développement serait donc logique.

Lire aussi. « L’Invité Eco ». Rachid Seddik Seghir, expert-comptable, « Le risque fiscal est inhérent mais pas fatal »

«On ne peut pas parler d’expérimentation entrepreneuriale sans avoir des entreprises capables de se faire financer, d’investir dans le cycle de production, et de financer leur cycle d’exploitation, afin de payer les fournisseurs, les salaires, de supporter l’ensemble des charges et de produire pour écouler leurs produits sur les marchés», insiste-t-il.

Pour l’heure, la mise en œuvre du mécanisme pose problème, souligne notre expert, qui n’écarte pas le risque d’un détournement implicite des fonds vers une catégorie de PME mieux structurée, au détriment des TPE. «Quand on regarde l’historique des financements, la majorité a bénéficié essentiellement aux petites et moyennes entreprises. C’est-à-dire qu’on a toujours négligé la petite et la très petite entreprises», déplore-t-il.

Youssef Guerraoui Filali souligne un enjeu majeur d’intégration économique

Pour corriger cette situation, Youssef Guerraoui Filali avance deux pistes. D’abord, il faut lever la réserve actuelle à travers un texte réglementaire qui permettrait aux TPE réalisant moins de 1 million de dirhams de chiffre d’affaires d’en bénéficier, quelle que soit leur ancienneté. Ensuite, il appelle à lancer un produit exclusivement dédié aux TPE, piloté par la banque centrale, avec le concours des banques commerciales.

Lire aussi. ‘‘L’Invité Éco’’. Ismael Belkhayat, CEO de Chari: «On ne crée pas de licornes sans un écosystème»

En clair, l’intégration des TPE reste un défi majeur pour le Royaume. Youssef Guerraoui Filali plaide pour qu’elles bénéficient d’une meilleure insertion dans le circuit économique local, afin de pouvoir ensuite intégrer les chaînes de valeur internationales.

Fort de ses précédentes observations, il insiste également sur la nécessité de créer une nouvelle génération de petites entreprises et de start-ups à fort potentiel de croissance, capables d’accéder à un financement fluide et structuré.

Enfin, Guerraoui Filali pense que l’avenir économique du Maroc passe par une inclusion active des TPE, catalyseurs d’innovation et de croissance. Leur intégration dans les mécanismes de financement n’est plus une option, c’est une nécessité stratégique pour stimuler un écosystème entrepreneurial équitable et durable.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

“L’Invité Eco“. Youssef Guerraoui Filali (CMGM) : «On a toujours négligé la TPE»

S'ABONNER
Partager
S'abonner