Le statut d'auto-entrepreneur, conçu pour promouvoir l'entrepreneuriat, notamment féminin, et favoriser l'émergence des très petites…
“L’Invité Eco“. Zakaria Fahim: «L’accompagnement, clé essentielle du régime auto-entrepreneur»
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Le président de l’Union des auto-entrepreneurs du Maroc, Zakaria Fahim, est notre Invité Eco de la semaine. A la fois critique et force de proposition, il livre une lecture à la fois lucide et engagée du régime auto-entrepreneur, en revenant sur les promesses initiales du dispositif, les déviations qu’il a subies, et les pistes à suivre pour en faire un véritable levier d’émancipation économique.
«On a accouché de quelque chose de magnifique, mais on l’a laissé orphelin.» Dans cette phrase, Zakaria Fahim résume la fracture entre l’ambition initiale du régime auto-entrepreneur et la réalité actuelle. Conçu à l’origine comme une porte d’entrée vers le formel, le statut d’auto-entrepreneur visait à capter une large frange de l’économie informelle. L’idée à la base étant d’offrir un cadre fiscal léger, une souplesse réglementaire et une absence de risques personnels.
Pour le président de l’Union des auto-entrepreneurs, dont le nombre s’évalue à un peu plus de 400.000 au Maroc, «c’était une solution simple, protectrice, incitative». En effet, «l’idée était claire: tester une activité sans s’endetter, sans perdre sa maison, sans être poursuivi en cas d’échec».
En proposant un impôt forfaitaire uniquement sur le chiffre d’affaires encaissé (1 à 2 %), le dispositif entendait encourager l’initiative en levant les principales barrières à l’entrée.
Des promesses trahies par des failles systémiques
Mais très vite, l’enthousiasme s’est heurté à des angles morts. L’administration n’a pas accompagné la montée en puissance du régime, ni par la pédagogie, ni par l’écosystème. «On a lancé une idée porteuse, mais sans lui donner son écosystème de financement, de formation et d’accès au marché», déplore Fahim. Résultat: incompréhensions fiscales, perte de confiance et démobilisation.
L’introduction de la contribution sociale et la taxation à 30 % au-delà de 80.000 dirhams de chiffre d’affaires avec un client unique sont venues ajouter à la confusion. «On a voulu sanctionner les faux freelances, mais on a pénalisé ceux qui, dans les faits, n’ont qu’un client pour démarrer.»
Selon notre interlocuteur, l’absence de progressivité et de cadre de transition a figé le système dans une binarité injuste: soit on reste petit, soit on se fait sanctionner.
Un pilotage éclaté, sans vision de parcours
Autre faille: la multiplicité des intervenants. Fahim dénonce «la désarticulation entre les institutions»: l’ANAPEC suit les auto-entrepreneurs, Maroc PME accompagne les TPE, sans guichet unique, ni logique de continuité. Il illustre cette désarticulation comme passer du pré-scolaire à la faculté sans aller au primaire, regretant l’absence d’un “sas de transition” permettant à l’auto-entrepreneur de devenir une TPE, puis une PME, avec des paliers clairs et des règles stables.
Cette fragmentation rend le parcours illisible pour ceux qui démarrent. «On a mis en place des systèmes de financement avec des accès au marché pas toujours très limpides, et on a perdu de vue quelle était la cible des auto-entrepreneurs», explique-t-il.
Ce que d’autres pays ont compris, et que le Maroc tarde à saisir
Fahim s’appuie sur les modèles français et canadien pour montrer que la réussite du régime auto-entrepreneur dépend moins du statut que de l’accompagnement. En France, malgré les abus, plus de 2,5 millions de personnes sont aujourd’hui intégrées dans le régime de la micro-entreprise. Le Canada affiche un taux de survie à 5 ans de 70% chez les auto-entrepreneurs. «Ce n’est pas une question de fiscalité, mais d’environnement. Là-bas, on accompagne, on forme, on crée des réseaux. Ici, on isole.»
Le président de l’Union des auto-entrepreneur souligne aussi que ces pays ont su intégrer l’auto-entrepreneuriat dans une vision large de relance économique, notamment post-Covid, alors que le Maroc a eu tendance à le banaliser ou le marginaliser. «Les auto-entrepreneurs ne demandent pas de faveurs, mais de la considération. On les traite parfois comme des fraudeurs en puissance, alors qu’ils sont une force vive pour l’économie», défend-il.
Régime auto-entrepreneur: dédiaboliser pour reconstruire
Pour sortir de l’impasse, Fahim propose une triple refondation. A commencer par un changement du regard institutionnel. «Il faut arrêter de »sniper » les auto-entrepreneurs. Ce ne sont pas des ennemis, ce sont les futurs patrons de TPE.»
Ensuite, il appelle à la mise en place d’un Small Business Act marocain, qui formaliserait l’accompagnement dans la durée, en liant fiscalité, formation, accès au marché et couverture sociale.
Enfin, notre invité plaide pour un changement culturel: «L’auto-entrepreneuriat, c’est une école. Même s’il échoue, l’entrepreneur a appris. Il a tenté. Il faut réhabiliter cette valeur.»
En somme, faire de ce régime non pas un statut par défaut, mais un tremplin assumé, valorisé, soutenu. Plus qu’un plaidoyer, c’est un véritable cri de cœur que lance Zakaria Fahim, au nom de toute une corporation.
