La décision du gouvernement de maintenir les seuils de chiffre d’affaires pour les autoentrepreneurs suscite…
Zakaria Fahim décrypte les limites du statut d’auto-entrepreneur au Maroc
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Le statut d’auto-entrepreneur, conçu pour promouvoir l’entrepreneuriat, notamment féminin, et favoriser l’émergence des très petites entreprises afin d’en faire un levier de création d’emplois et de valeur, peine encore à produire ses premières success-stories. Selon Zakaria Fahim, président de l’Union nationale des auto-entrepreneurs Bidaya, ce manque de réussite est dû à un manque de pertinence du dispositif actuel.
Comparaison n’est pas raison, dit l’adage, mais force est de constater que le statut de l’auto-entrepreneur souffre encore de lacunes. C’est du moins l’avis de certains acteurs locaux. A leur tête, Zakaria Fahim. Le président de l’Union nationale des auto-entrepreneurs Bidaya fustige en effet ce dispositif.
Pour lui, le statut d’auto-entrepreneur, conçu comme un levier d’inclusion économique, notamment pour les jeunes, les femmes et les travailleurs indépendants souhaitant formaliser leur activité, «est loin d’avoir atteint ses objectifs». Pis, il trouve qu’en l’état, le dispositif contribue plutôt, «à pousser les entrepreneurs vers l’informel».
Pourtant, ce ne sont pas les bonnes intentions qui manquaient. Des intentions que les pouvoirs publics ont formalisées à travers un certain nombre d’avantages attrayants, comme la simplicité administrative ou encore un régime fiscal proposant un taux de 1% pour le commerce et de 2% pour les services sur le chiffre d’affaires.
Dans certains cas, l’auto-entrepreneur a la possibilité d’accéder progressivement à des produits de financement. Fahim souligne également l’encouragement à l’innovation et l’entrepreneuriat via diverses structures.
Le président de l’Union nationale des auto-entrepreneurs Bidaya estime, cependant, que ces éléments, à première vue intéressants, s’avèrent dérisoires comparés à la structuration de l’auto-entrepreneuriat dans les pays développés. Il cite à cet effet, les exemples de la France et du Canada.
Le dynamisme des modèles occidentaux
Concernant le dispositif français, Fahim explique qu’il offre un système flexible et évolutif. «Il offre des plafonds de chiffre d’affaires plus élevés, s’élevant à 77.700 € pour les services et à 188.700 € pour le commerce (soit environ 850.000 DH et 2 millions de DH). De plus, il permet des exonérations de charges sociales en début d’activité, ce qui allège la pression financière sur les nouveaux entrepreneurs.»
Ce système offre également la possibilité d’évolution vers d’autres statuts, permettant une progression de micro-entrepreneur vers le statut de PME. Et en France, «l’auto-entrepreneur est reconnu comme un sous-traitant légitime par les entreprises, ce qui renforce sa crédibilité et ses opportunités de collaboration».
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Même son de cloche au Canada où l’écosystème des auto-entrepreneurs est des plus stimulants. Selon notre interlocuteur, dans le pays nord-américain, les auto-entrepreneurs bénéficient d’une flexibilité fiscale avec un seuil de 30.000 $ (environ 240.000 DH) avant d’être soumis à la taxation sur les produits, services et vente.
A l’en croire, ce second modèle encourage la formalisation en offrant un accès aux aides, aux incubateurs et aux facilités de financement. «Il impose moins de contraintes sur la relation client, permettant ainsi aux indépendants d’évoluer plus naturellement vers des entreprises plus grandes.»
La léthargie du dispositif marocain
Pourtant au Maroc, le dispositif a eu un bel entrain. Des initiatives comme le Small Business Act, le certificat sur l’Intelligence Économique et à la promotion des auto-entrepreneurs sont autant d’avancées notables qui ont été enregistrées. Malheureusement, cette dynamique a été entravée par plusieurs freins. A commencer par le seuil de chiffre d’affaires jugé trop contraignant, à savoir 200.000 DH pour les services et 500.000 DH pour le commerce.
En plus de cela, «l’interdiction d’être essaimé par un client unique bloque la possibilité d’évoluer vers des modèles plus solides», déplore Zakaria Fahim, soulignant également que «le taux de taxation post-amnistie de 5% constitue une pression excessive, surtout après une période difficile comme celle de la Covid».
Il poursuit en dénonçant l’effet pervers du seuil de 80.000 DH par client, occasionnant au-delà de ce montant, un taux de 30% appliqué. Ce qu’il trouve «totalement décourageant». Et pour enfoncer le clou, «les auto-entrepreneurs souffrent de problèmes de reconnaissance et de stigmatisation. Certains abus isolés ont conduit à une perception négative de leur statut, impactant ainsi la confiance des grandes entreprises.»
Corriger le tir
Pour arriver au niveau des modèles occidentaux, le statut d’auto-entrepreneur marocain a du chemin à parcourir, mais cela n’est pas impossible. A cet effet, Zakaria Fahim égraine un chapelet de propositions, à commencer par le relèvement des seuils de chiffres d’affaires
Il défend que ces seuils doivent être alignés avec les réalités économiques, citant les exemples de la France et du Canada évoqués plus haut. Une autre suggestion est de «réduire, d’une part, la taxation excessive post-amnistie et introduire un taux dégressif pour favoriser la transition vers des structures plus solides; et d’autre part, de supprimer la limitation sur le nombre de clients pour permettre aux auto-entrepreneurs de grandir au sein d’un écosystème économique plus large».
L’expert demande également que l’évolution du statut d’auto-entrepreneur à d’autres formes d’entreprises soit facilitée. Par ailleurs, il appelle à mettre un terme à la stigmatisation de la corporation et à «encourager l’accompagnement et le financement avec des programmes plus accessibles et des incitations à la formation».
En clair, si le Royaume veut redonner à son statut d’auto-entrepreneur l’esprit qui a suscité sa mise en place, il revient aux décideurs de faire un choix entre ne rien changer et continuer à pousser les entrepreneurs vers l’informel, ou opter pour un auto-entrepreneuriat dynamique et formel. Bien entendu, cette dernière option exige «de corriger le tir et d’offrir aux auto-entrepreneurs marocains un cadre juste, évolutif et stimulant, à l’image des modèles français et canadien», conclut Zakaria Fahim.
