25e FICAK: « Chikha », un court métrage à la croisée de l’identité et de l’émancipation

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Chikha, FICAK, Khouribga

Projeté pour la première fois au Maroc dans le cadre de la compétition officielle de la 25e édition du Festival international du cinéma africain de Khouribga (FICAK), le court-métrage « Chikha » interroge la perception sociale de la figure de la chanteuse populaire de l’art de l’Aïta, à travers un traitement esthétique et réflexif. 

Co-réalisé par Zahoua Raji et Ayoub Layoussifi, le film raconte, dans une trame dramatique empreinte d’humanité, l’histoire d’une jeune fille, dans le Maroc des années 1990, issue d’une famille de Chikhat, tiraillée entre sa passion pour cet héritage populaire et ses aspirations académiques et amoureuses.

Une histoire d’amour avec un jeune homme issu d’un milieu conservateur l’amène à se confronter au rejet de cet art par la société, la plaçant face à un choix existentiel, l’amour, la famille ou cet art qui incarne son identité profonde.

L’œuvre se distingue par une narration soignée, soulignant la spécificité locale de l’art de l’Aïta, et met savamment à profit les éléments visuels et musicaux, dans une belle alchimie entre les visions des deux réalisateurs.

Dans une déclaration à la MAP, les deux cinéastes ont affirmé que ce projet est né d’un lien affectif profond avec l’Aïta, en tant qu’expression culturelle et identité artistique.

Ils ont précisé que le film est le fruit d’une recherche approfondie autour de cet art, notamment dans les régions de Doukkala-Abda, avec un travail spécifique mené sur des figures emblématiques telles que l’artiste Fatna Bent Lhoucine, qui a marqué leur mémoire personnelle.

M. Layoussifi a expliqué que le film est une tentative artistique pour réhabiliter l’image de la Chikha, en la présentant comme une artiste à part entière, avec sa voix, son message et son identité artistique et sociale.

Sur le plan de l’interprétation, le film a misé sur de nouveaux visages venus d’univers artistiques variés, comme Rita L’Oujdia, qui incarne le rôle de l’héroïne, « Fatine« , et Sanae Geddar, issue du théâtre, qui signe également sa première apparition au grand écran avec une présence affirmée et expressive.

Concernant cette première projection marocaine, le réalisateur a fait savoir que le film a été projeté en Europe et en Amérique, « mais Khouribga demeure une étape symbolique et spéciale », ajoutant que cela représente un moment exceptionnel, car le film revient à ses racines, « à la terre qui l’a vu naître ».

Grand rendez-vous du cinéma africain, le Festival de Khouribga n’est pas un simple événement cinématographique, mais bien une institution culturelle dotée d’une histoire et d’un rayonnement important, grâce aux pionniers qui ont cru en la puissance culturelle du cinéma, a-t-il fait valoir.

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Pour sa part, le critique de cinéma Ahmed Sijilmassi a estimé que Chikha est l’un des films contemporains les plus marquants dans sa déconstruction des stéréotypes autour de la Chikha. Pour lui, cela tient au vécu culturel et personnel des réalisateurs, qui confèrent à leur traitement une authenticité et une intimité rares.

Le film présente la Chikha comme une artiste porteuse d’une mémoire collective, vivant ses contradictions avec dignité, a-t-il fait observer, mettant en relief le choix du titre (Chikha, au singulier), qui témoigne de la volonté d’émanciper le personnage de toute image figée.

Le critique considère que le film a su en faire une figure humaine et active, saluant la qualité de la narration visuelle et la performance remarquable des deux actrices principales, malgré leur première expérience cinématographique.

Selon M. Sijilmassi, le court-métrage a réussi son pari d’offrir une image renouvelée de cette chanteuse traditionnelle en tant qu’artiste populaire, porteuse d’un héritage esthétique et humain riche.

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