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Chronique. Discours royal du 10 octobre 2025: une feuille de route pour un Maroc émergent, juste et solidaire
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Dans un discours d’État de profondeur et de hauteur de vue, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a ouvert, le vendredi 10 octobre 2025, la dernière année législative du mandat en cours de la Chambre des Représentants. Ce discours, fidèle à l’esprit des grandes allocutions royales, s’inscrit dans la droite ligne de la vision stratégique du Souverain pour un Maroc émergent, socialement juste, économiquement fort et institutionnellement exemplaire. Analyse de Yassine El Yattioui, secrétaire général et chercheur associé à NejMaroc, chargé d’enseignement à l’Université Lumière Lyon II, spécialisé sur les questions de diplomatie, d’intelligence économique et de géopolitique.
Loin d’un simple exercice protocolaire, cette adresse marque une étape essentielle de la trajectoire nationale : elle rappelle aux parlementaires et, à travers eux, à l’ensemble de la classe politique, les fondements d’une gouvernance responsable, pérenne et profondément ancrée dans le long terme. En cela, le Souverain confirme une fois de plus que la monarchie marocaine n’est pas seulement le garant de la stabilité, mais également le moteur de la transformation nationale.
Dès les premières lignes du discours, le ton est donné : « Avec l’aide du Seigneur, Nous ouvrons aujourd’hui la dernière année législative du mandat en cours de la Chambre des Représentants. » Par cette formule solennelle, le Souverain réaffirme la centralité du cadre institutionnel, en rappelant que le Parlement est un espace de responsabilité nationale et non un terrain d’affrontement partisan. Le Roi souligne avec insistance le rôle législatif, de contrôle et d’évaluation que doit pleinement assumer cette institution. En saluant « les efforts déployés pour relever le niveau de performance de la diplomatie partisane et parlementaire », il reconnaît les avancées enregistrées, tout en invitant à une meilleure articulation entre la diplomatie parlementaire et la diplomatie d’État. Derrière cette reconnaissance se lit aussi un appel à la rigueur, à la compétence et à la cohérence d’action, car trop souvent encore, les initiatives partisanes manquent de coordination avec les orientations stratégiques du Royaume.
Le discours royal du 10 octobre 2025 est une démonstration de constance et de lucidité dans la lecture de la réalité nationale. Le Roi y met en avant une approche globale du développement, refusant l’idée d’une opposition entre grands projets structurants et programmes sociaux. « Il ne devrait y avoir ni antinomie ni rivalité entre les grands projets nationaux et les programmes sociaux », affirme le Souverain, dans une phrase qui résume toute sa philosophie de gouvernance. L’unité du développement est ici posée comme principe cardinal : le Maroc de demain ne peut progresser que si les infrastructures, les politiques publiques et les dispositifs sociaux convergent vers un même objectif, l’amélioration tangible des conditions de vie des citoyens, dans toutes les régions du pays.
Or, cette vision royale se heurte encore à une série de défaillances institutionnelles et politiques que le discours, en filigrane, met en lumière. Le Souverain ne le dit pas frontalement, mais ses mots traduisent une certaine impatience face à la lenteur de l’action publique et au poids d’un certain esprit partisan. L’appel à la « culture du résultat » et à un « changement significatif des mentalités et des méthodes de travail » est à cet égard éloquent. Il exprime la volonté du Roi de rompre avec les logiques de rente, de lenteur bureaucratique et d’inefficacité qui minent encore l’administration publique et les politiques territoriales. Cette critique implicite vise aussi la classe politique, souvent enfermée dans des logiques électoralistes de court terme, alors même que le développement exige une vision structurée et durable. Le Roi place le débat au-dessus des contingences partisanes, rappelant que « cette mission n’est pas du seul ressort du gouvernement. Elle est l’affaire de tous. » Par cette phrase, il élargit le champ de la responsabilité politique : la Nation entière, à travers ses élus, ses partis, ses médias et sa société civile, est sommée de participer activement à la construction collective du Maroc émergent.
Le Souverain poursuit son analyse en inscrivant le Maroc dans une dynamique de transformation à la fois territoriale et sociale. Il insiste sur la nécessité d’« accélérer la marche du Maroc émergent » et de « lancer une nouvelle génération de programmes de développement territorial ». Ce choix lexical n’est pas anodin : il traduit une volonté de refonder les politiques publiques locales, de dépasser la simple gestion administrative pour aller vers une planification intégrée et durable. L’un des axes forts du discours réside dans la promotion d’une gouvernance territoriale équitable et performante. Le Roi rappelle que « le niveau du développement local est le vrai miroir du progrès du Maroc émergent et solidaire ». Cette phrase, d’une clarté remarquable, renverse la hiérarchie habituelle : ce ne sont pas les indicateurs macroéconomiques qui traduisent le succès d’une nation, mais la qualité de vie et la justice sociale à l’échelle locale. « Le Maroc à deux vitesses », extrait du discours de la Fête du Trône en aout dernier, est celui des métropoles connectées et des zones rurales en souffrance. Reste, selon le Souverain, un défi prioritaire à surmonter.
Cette fracture territoriale, longtemps dénoncée, demeure une réalité tangible. Les régions rurales continuent d’afficher des indicateurs alarmants en matière d’éducation, de santé, d’emploi et d’accès aux services publics. En appelant à « accorder un intérêt particulier aux régions en situation de très grande précarité, notamment les zones montagneuses et les oasis », le Souverain met en avant une exigence morale et politique : celle de la solidarité nationale. Il s’agit d’un appel à corriger les déséquilibres historiques hérités d’un modèle de développement trop centré sur les grands pôles urbains. La phrase suivante résume à elle seule toute la profondeur de la pensée royale : « Le développement territorial harmonieux ne saurait être réalisé sans une complémentarité et une solidarité effective entre les différentes zones et les diverses régions. » En d’autres termes, le Maroc moderne ne saurait s’édifier sur l’exclusion ou l’oubli de ses périphéries.
Ce diagnostic lucide s’accompagne d’une vision volontariste. Le Roi réitère son engagement pour la justice sociale et territoriale, qu’il qualifie de « diptyque » fondateur du Maroc émergent. Le Souverain lie explicitement la réussite économique du pays à sa capacité à inclure toutes ses composantes. La croissance, rappelle-t-il, n’a de sens que si elle est partagée. « Nous nous attachons à ce que les fruits de la croissance profitent à tous », affirme-t-il, posant les bases d’un contrat social renouvelé entre l’État et les citoyens.
Cependant, ce projet royal de cohésion nationale et de modernité sociale ne peut se concrétiser sans une transformation profonde des structures politiques et administratives. Le Roi insiste sur la nécessité de « la collecte de données de terrain précises et l’utilisation des technologies numériques » : derrière cette exigence technique se cache une véritable révolution culturelle dans la manière de gouverner. Il s’agit d’introduire dans la gestion publique une culture de l’évaluation, de la transparence et de la rationalité, où les décisions reposent sur des données tangibles plutôt que sur des équilibres politiques ou clientélistes. La data est une carence institutionnelle forte au sein des différents appareils de gouvernance du Royaume. Cela doit changer au plus vite avec des partenariats public-privé incorporant des centres de recherches marocains mais aussi des structures pilotés par la diaspora pour un apport multidimensionnel au service du Royaume.

La jeunesse marocaine, par ailleurs, occupe une place implicite mais cruciale dans le discours royal. Si le texte ne la mentionne pas directement, les préoccupations qu’il énonce : emploi, éducation, développement local, sont au cœur des aspirations de cette génération. Le Souverain, fidèle à sa vision inclusive, souligne que le Maroc émergent doit permettre à tous les enfants du Royaume de « jouir à égalité des droits politiques, économiques et sociaux ». Ce message s’adresse à une jeunesse encore trop souvent marginalisée des structures de décision et sous-représentée au Parlement et dans les partis politiques. Le Souverain semble ainsi adresser un appel à la relève politique, invitant les institutions à ouvrir leurs portes à une nouvelle génération capable de porter la transformation nationale.
Cette sous-représentation est l’une des grandes faiblesses du système politique actuel. Les partis, trop souvent absorbés par des calculs internes ou des alliances conjoncturelles, peinent à incarner la diversité réelle de la société marocaine. La parole royale, en revanche, transcende ces clivages : elle exprime la continuité de l’État et le souci du long terme. Le Roi, dans une phrase marquante, déclare : « Le cap tracé par le Maroc émergent pour réaliser la justice sociale et spatiale exige la mobilisation de toutes les potentialités dont il dispose. » Par ce rappel, il recentre la responsabilité collective : l’émergence du Maroc ne dépend pas uniquement de la volonté royale, mais de la capacité des acteurs institutionnels et politiques à se hisser à la hauteur de cette ambition.
Les critiques implicites envers la gestion gouvernementale sont nombreuses. L’appel à lutter contre « toute pratique chronophage, énergivore et avide de ressources » constitue une dénonciation claire des lourdeurs administratives et de la mauvaise gestion des investissements publics. Trop de projets, souvent annoncés avec éclat, peinent à voir le jour ou n’atteignent pas leurs objectifs en raison de procédures inadaptées, de duplications bureaucratiques ou d’un manque de coordination interinstitutionnelle. En exigeant que « ce travail soit mené dans le respect d’une relation gagnant-gagnant entre les zones urbaines et rurales », Sa Majesté le Roi replace la gouvernance au centre de la question du développement. L’efficacité n’est pas seulement un impératif économique, mais une exigence éthique et nationale.
Le discours royal s’inscrit également dans la continuité des orientations énoncées dans le Discours du Trône de juillet 2025, où le Souverain avait déjà appelé à « une nouvelle génération de programmes de développement territorial » et à une « accélération de la marche du Maroc émergent ». Cette continuité témoigne d’une méthode de gouvernance claire : la transformation du pays repose sur la persévérance, la planification et la cohérence. Le Roi rappelle que les enjeux du développement « débordent la limite temporelle de l’action gouvernementale et parlementaire », soulignant ainsi la temporalité longue de la construction nationale. Cette vision dépasse les cycles électoraux et s’ancre dans un projet civilisationnel, fidèle à la devise royale : « Dieu, la Patrie, le Roi. »
Enfin, le ton spirituel de la conclusion donne au discours sa profondeur morale. En citant le verset coranique : « Quiconque fait un bien fût-ce du poids d’un atome, le verra, et quiconque fait un mal fût-ce du poids d’un atome, le verra », le Souverain rappelle que l’action politique est avant tout un acte moral, soumis à la responsabilité individuelle et collective devant Dieu et devant la Nation. Ce rappel théologique réinscrit la gouvernance dans une éthique de responsabilité et d’intégrité, loin des intérêts éphémères ou partisans.
Fidèle à sa méthode, le Souverain réaffirme que le Maroc émergent ne se décrète pas : il se construit, pas à pas, sur la base d’une gouvernance responsable, d’une solidarité renouvelée et d’une foi inébranlable en la grandeur de la Nation.
