Le Bureau central d'investigations judiciaires (BCIJ) relevant de la Direction générale de surveillance du territoire…
Le Maroc, un modèle stratégique de lutte antiterroriste
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Yassine El Yattioui, secrétaire général et chercheur associé au think tank NejMaroc, analyse comment le Maroc s’est imposé, au fil des ans, comme un pays modèle en matière de lutte antiterroriste avec une approche qui privilégie l’anticipation et la réactivité.
Le Maroc est souvent cité comme un modèle en matière de lutte contre le terrorisme, grâce à son approche stratégique et exemplaire, tant à l’intérieur de son territoire qu’au-delà de ses frontières. En se basant sur une vision proactive et une coordination rigoureuse entre ses différentes institutions, le Royaume a su développer un système de veille efficace qui lui permet de prévenir et d’endiguer les menaces terroristes. Ce dispositif a fait ses preuves, notamment grâce à la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et à son engagement constant à neutraliser les cellules terroristes avant leur passage à l’acte.
En 2023, le Maroc a démantelé pas moins de 72 cellules terroristes (Rapport annuel du Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ)), évitant ainsi des attaques qui auraient pu déstabiliser le pays et causer des pertes humaines importantes. Ces succès reposent sur un système de renseignement performant qui allie technologies modernes et expertise humaine. La vigilance est omniprésente dans les zones sensibles, avec une surveillance accrue dans les grands centres urbains comme Casablanca, Rabat et Marrakech, mais également dans les régions rurales où l’extrêmisme pourraient tenter de s’implanter.
Grâce à cet effort coordonné, le Maroc a évité des dizaines de projets d’attentats au cours des cinq dernières années, illustrant ainsi son efficacité opérationnelle. L’un des artisans majeurs de cette réussite est Abdelhak Khiame, ancien directeur du BCIJ. Jusqu’à sa disparition, Khiame a joué un rôle clé dans la structuration du renseignement marocain, mettant en place des mécanismes permettant non seulement d’identifier les menaces locales mais aussi de collaborer avec des partenaires internationaux. Sous sa direction, le BCIJ est devenu une référence mondiale, saluée par les États-Unis et l’Union européenne pour ses actions préventives.
En 2024, par exemple, le Maroc a partagé des informations vitales avec plusieurs pays européens, permettant de déjouer des attentats en France, en Espagne et en Belgique. Ces coopérations démontrent que le Royaume est bien plus qu’un acteur régional: il est une pièce maîtresse dans la lutte mondiale contre le terrorisme.
Au-delà de ses frontières, le Maroc joue un rôle déterminant dans la stabilisation de la région du Sahel, une zone en proie à une montée inquiétante de l’extrémisme violent. La prolifération de groupes terroristes comme Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et l’État islamique a rendu cette région hautement instable, menaçant directement la sécurité des pays voisins. Conscient de ces enjeux, le Maroc a proposé l’Initiative Atlantique, un cadre de coopération visant à renforcer la sécurité et le développement économique dans cette sous-région. Cette initiative inclut des projets phares comme le gazoduc Nigeria-Maroc, une infrastructure stratégique qui doit traverser plus de 13 pays africains et qui, à terme, contribuera à dynamiser leurs économies tout en créant des opportunités d’emploi. En offrant des alternatives économiques viables, le Maroc cherche à assécher les sources de radicalisation qui prospèrent sur la pauvreté et l’exclusion sociale.

Ce rôle stabilisateur s’accompagne d’une vision stratégique qui cherche à changer le prisme traditionnel appliqué au Sahel. Plutôt que de se limiter à des interventions militaires ponctuelles, le Maroc préconise une approche globale intégrant le développement économique, la coopération sécuritaire et la prévention des conflits. En témoigne la formation, depuis plusieurs années, de plusieurs centaines de cadres de sécurité et de police sahéliens au sein des institutions marocaines, un exemple concret de transfert de compétences qui renforce la résilience régionale.
En parallèle, le Maroc reste un partenaire de confiance pour les grandes puissances occidentales. Les services de renseignement marocains collaborent étroitement avec leurs homologues européens et américains, partageant des informations capitales pour déjouer des attentats à l’étranger. En 2024, les autorités espagnoles ont publiquement remercié le Maroc pour son rôle dans le démantèlement d’une cellule terroriste opérant entre Madrid et Rabat. Ces collaborations sont le fruit d’un travail de longue haleine, combinant expertise locale et partenariats stratégiques.
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L’efficacité marocaine repose également sur une stratégie de déradicalisation active. Des programmes éducatifs et religieux sont mis en œuvre pour lutter contre les idéologies extrémistes. L’Institut Mohammed VI pour la formation des imams, par exemple, accueille chaque année des centaines d’étudiants africains et européens, qui repartent dans leurs pays respectifs en tant qu’ambassadeurs d’un islam modéré et tolérant. Cette approche proactive vise à contrer les discours de haine à leur source, réduisant ainsi les risques d’endoctrinement.
L’avenir sécuritaire du Maroc se joue également dans sa capacité à accueillir des événements internationaux de grande envergure. Le Royaume a démontré à plusieurs reprises son expertise dans l’organisation de manifestations sécurisées, comme le Festival international du film de Marrakech, le Festival Mawazine ou encore les conférences internationales sur le climat (COP22). En décembre 2025, le Maroc accueillera la Coupe d’Afrique des nations (CAN), un événement qui rassemblera des milliers de supporters à travers le continent et à l’échelle internationale. Cette échéance est un défi mais aussi une opportunité pour le Maroc de prouver une fois de plus sa capacité à gérer des flux importants tout en garantissant la sécurité de tous.
À moyen terme, le Mondial 2030 représente une autre étape cruciale. En tant que co-organisateur avec l’Espagne et le Portugal, le Maroc devra assurer une coordination exemplaire pour accueillir des millions de visiteurs tout en maintenant un niveau de sécurité optimal. Ces événements, en plus de renforcer le rayonnement international du pays, constituent un test grandeur nature pour ses dispositifs sécuritaires.
Enfin, il convient de souligner que le Maroc ne s’attaque pas seulement aux symptômes du terrorisme, mais aussi à ses causes profondes. En s’engageant pour un développement inclusif, une coopération africaine renforcée et une vigilance constante, le Royaume s’impose comme un modèle à suivre. Les défis à venir seront nombreux, notamment avec l’évolution des menaces cybernétiques et la nécessité de maintenir un équilibre entre sécurité et liberté individuelle. Cependant, avec ses atouts humains, technologiques et diplomatiques, le Maroc est bien armé pour relever ces défis et continuer à jouer un rôle central dans la lutte mondiale contre le terrorisme.
Yassine El Yattioui est secrétaire général et chercheur associé à NejMaroc, chargé d’enseignement à l’Université Lumière Lyon II, spécialisé sur les questions de diplomatie, d’intelligence économique et de géopolitique.
