Retour de Donald Trump en 2025: un nouveau chapitre pour l’Alliance USA-Maroc

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Le président américain, Donald Trump recevant en 2017, à la Maison Blanche, Chrifa Lalla Joumala alors ambassadrice du Maroc aux États-Unis. DR

Le président Donald Trump sera de retour le 20 janvier à la Maison-Blanche. À quoi faut-il s’attendre? Que signifie son retour imminent au pouvoir pour le Maroc? L’analyse de Yassine El Yattioui, secrétaire général et chercheur associé à NejMaroc, chargé d’enseignement à l’Université Lumière Lyon II, spécialisé sur les questions de diplomatie, d’intelligence économique et de géopolitique.

Le retour au pouvoir de Donald Trump, le 20 janvier 2025 marque un tournant important pour la politique étrangère américaine. De retour après un premier mandat présidentiel entre 2016 et 2020, il avait également posé les bases d’une réorientation stratégique des relations internationales des États-Unis, notamment avec des partenaires clés comme le Maroc.

Cette dynamique pourrait se renforcer dans plusieurs domaines, consolidant ainsi des acquis de la période 2016 – 2020 et ouvrant de nouvelles perspectives de coopération bilatérale.

L’un des aspects les plus significatifs est la continuité de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur les Provinces du Sud, initiée sous l’administration Trump en 2020. En renforçant cette position, l’administration pourrait concrétiser l’installation officielle d’une présence diplomatique américaine dans les Provinces du Sud, un geste symbolique mais également stratégique, affirmant une relation étroite et une vision commune pour la stabilité et le développement dans ces Provinces du Sud, véritable liant entre l’Afrique sahélienne et le reste du continent ainsi que l’Europe.

La coopération militaire entre les deux pays est un autre pilier majeur des relations bilatérales. Depuis plusieurs années, le Maroc est un partenaire stratégique des États-Unis en Afrique, notamment grâce à sa position géographique et à son rôle dans la lutte contre le terrorisme. Via le programme sécuritaire « African Lion », le Maroc a participé à des exercices militaires conjoints, l’un des plus importants en Afrique, coordonné avec les forces armées américaines. Le retour de Trump au pouvoir pourrait solidifier davantage cette coopération en augmentant l’assistance militaire et en investissant dans des infrastructures stratégiques. Ces investissements renforceraient la position du Maroc en tant que pivot régional pour la sécurité et la défense, tout en permettant aux États-Unis de maintenir une influence significative face à la montée en puissance d’autres acteurs internationaux comme la Chine et la Russie.

Sur le plan économique, les relations américano-marocaines pourraient également atteindre un nouveau niveau de profondeur. Le Maroc, qui dispose d’un accord de libre-échange avec les États-Unis depuis 2006, a vu ses exportations vers ce pays augmenter de manière significative, atteignant près de 4 milliards de dollars en 2022 selon les données du Bureau des statistiques américaines. Sous une nouvelle administration Trump, les efforts pourraient se concentrer sur le développement de secteurs clés comme les énergies renouvelables, où le Maroc est un leader continental grâce à des projets comme le complexe solaire Noor. Les États-Unis, avec leur expertise technologique et leurs capacités financières, pourraient jouer un rôle majeur dans le renforcement de ces initiatives. Par ailleurs, des industries comme l’agroalimentaire, l’automobile ou encore les technologies de l’information pourraient bénéficier d’un partenariat renforcé, avec des investissements et des transferts de technologies américains permettant au Maroc de consolider sa position en tant que hub économique en Afrique.

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Yassine El Yattioui. ©DR

Le développement des Provinces du Sud demeure une priorité stratégique pour le Maroc, et l’expertise américaine pourrait y contribuer de manière significative. Ces régions, dotées d’un potentiel considérable en termes de ressources naturelles et d’opportunités économiques, nécessitent des investissements multidimensionnels pour favoriser leur intégration complète dans l’économie nationale. En 2020, le Maroc avait lancé un plan de développement ambitieux pour ces provinces, avec un budget estimé à plus de 77 milliards de dirhams (environ 7,5 milliards de dollars). Une coopération avec les États-Unis dans ce domaine pourrait diversifier les financements et accélérer la réalisation des projets. Par exemple, des partenariats public-privé avec des entreprises américaines pourraient dynamiser des secteurs tels que la pêche, l’extraction de phosphate, et les infrastructures, tout en créant des emplois pour les populations locales. En outre, des programmes de formation professionnelle soutenus par les États-Unis pourraient préparer une main-d’œuvre qualifiée pour répondre aux besoins de ces industries.

Le tourisme représente un autre domaine à fort potentiel. Les États-Unis figurent parmi les principales nationalités des touristes visitant le Maroc, avec plus de 400 000 visiteurs américains de moyenne, pourrait croître davantage grâce à une densification des offres de vols directs entre les deux pays. L’ouverture récente de nouvelles lignes par des compagnies comme Royal Air Maroc et American Airlines illustre l’intérêt croissant pour cette connectivité. L’administration Trump pourrait jouer un rôle facilitateur en encourageant des partenariats avec des acteurs américains pour promouvoir davantage la destination Maroc aux États-Unis. Une augmentation des échanges touristiques ne serait pas seulement bénéfique économiquement, mais contribuerait également à renforcer les liens culturels et humains entre les deux nations.

Le partenariat stratégique entre le Maroc et les États-Unis prend également une dimension symbolique avec l’organisation du Mondial 2030. Le Maroc, co-organisateur avec l’Espagne et le Portugal, bénéficiera d’une opportunité unique pour montrer son savoir-faire en matière d’organisation de grands événements internationaux. Les États-Unis, qui accueilleront la Coupe du monde 2026 en partenariat avec le Mexique et le Canada, pourraient partager leur expertise en matière d’infrastructures, de logistique et de gestion d’événements. Ce passage de témoin entre les deux pays renforcerait la coopération bilatérale dans le domaine sportif, tout en offrant au Maroc un soutien stratégique pour réussir cet événement planétaire. Les retombées économiques et diplomatiques d’une telle collaboration seraient considérables, tant pour le Maroc que pour l’ensemble de la région.

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