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Trêve à Gaza: un espoir fragile face à des enjeux globaux
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L’annonce de l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas redonne l’espoir d’un apaisement d’un conflit qui menace toute une région du Monde. Yassine El Yattioui, secrétaire général et chercheur associé au think tank NejMaroc, spécialisé sur les questions de diplomatie, d’intelligence économique et de géopolitique, nous livre son analyse.
Le cessez-le-feu à Gaza, consenti par toutes les parties, marque un tournant majeur dans un conflit qui a durablement meurtri la région. Cette avancée intervient dans un contexte international chargé et sous l’impulsion d’acteurs clés tels que l’administration Biden, en fin de mandat, et Donald Trump, dont l’influence commence déjà à se faire sentir à une semaine de sa prise de fonctions.
L’accord conclu présente des modalités ambitieuses, promettant un apaisement temporaire dans une région où la paix est souvent restée illusoire. Cependant, les enjeux pour 2025 demeurent incertains, notamment en raison des manœuvres politiques de Benjamin Netanyahu, qui semble s’appuyer sur un climat de guerre pour consolider son pouvoir, malgré de graves accusations de corruption et de crimes de guerre.
La trêve, saluée par de nombreuses chancelleries, repose sur des engagements précis et concrets. Parmi les mesures phares, on note un retrait israélien complet des zones occupées de la bande de Gaza, l’ouverture des passages, notamment celui de Rafah, et l’entrée quotidienne de 600 camions d’aide humanitaire, sous l’égide du Qatar. Des solutions d’hébergement d’urgence, telles que l’introduction de 200 000 tentes et 60 000 caravanes, permettront de soulager les populations déplacées, estimées à plus de 2,2 millions en novembre 2024, selon les données de l’ONU. En outre, des mesures humanitaires cruciales incluent la réhabilitation des hôpitaux détruits, un protocole de liberté de mouvement dans toute la bande de Gaza, et l’échange de prisonniers, avec la libération de 1 000 détenus palestiniens et de femmes et enfants détenus dans les prisons israéliennes. Ces éléments offrent un cadre ambitieux mais nécessitent une mise en œuvre rigoureuse pour éviter tout effondrement de l’accord.

Sur le plan international, cet accord symbolise le dernier baroud d’honneur de l’administration Biden, désireuse de laisser un héritage positif avant son départ. Depuis novembre 2024, des efforts diplomatiques intenses ont été déployés pour faire pression sur Israël et les factions palestiniennes afin d’instaurer un cessez-le-feu. Antony Blinken, secrétaire d’État américain, a multiplié les visites dans la région, notamment à Doha et au Caire, où il a souligné l’urgence humanitaire. Selon des sources diplomatiques, les États-Unis ont promis une aide supplémentaire de 2 milliards de dollars pour la reconstruction de Gaza, tout en exigeant des garanties de transparence dans l’allocation de ces fonds. Parallèlement, Joe Biden a cherché à désamorcer les tensions avec ses alliés européens, critiques de la gestion américaine du conflit. Ainsi, cet accord reflète une volonté de cimenter une coalition internationale en faveur de la paix, même si sa durabilité reste incertaine.
De son côté, Donald Trump, qui prendra ses fonctions le 20 janvier 2025, a d’ores et déjà joué un rôle indirect mais crucial. En décembre 2024, son équipe de transition a signalé un changement de stratégie vis-à-vis du Moyen-Orient, visant à rétablir les accords d’Abraham et à intégrer davantage d’États arabes dans ce cadre. Ce positionnement a mis une pression supplémentaire sur Netanyahu, dont la politique expansionniste risque d’isoler Israël sur la scène internationale. Trump, dans une déclaration mi-décembre, a promis de « réinstaurer l’ordre et la prospérité dans une région cruciale pour la stabilité mondiale ». Cette posture, bien qu’encore floue, suggère une continuité dans son approche transactionnelle, combinant pressions économiques et promesses de normalisation.
Cependant, la situation reste compliquée en raison de la position ambiguë de Benjamin Netanyahu. Le Premier ministre israélien, confronté à de graves accusations de corruption, semble s’appuyer sur la perpétuation du conflit pour détourner l’attention de ses problèmes internes. Selon des données recueillies en novembre 2024, plus de 68 % des Israéliens s’opposaient à sa gestion du conflit, tandis que 42 % réclamaient des élections anticipées. Malgré ces pressions, Netanyahu continue de jouer sur la peur et l’insécurité pour renforcer sa base politique. Par ailleurs, les accusations portées contre lui par les juridictions internationales, notamment la Cour pénale internationale, pour des crimes de guerre présumés commis à Gaza, entachent sa légitimité sur la scène internationale.
Les perspectives pour 2025 sont ainsi teintées d’incertitude. D’un côté, la trêve offre une fenêtre d’opportunité pour des négociations de paix plus durables, avec des étapes claires, telles que le retour des déplacés et la réhabilitation des infrastructures. Cependant, l’absence de garanties sur la cessation des hostilités, après les trois phases prévues par l’accord, pourrait compromettre ces avancées. En outre, le rôle de l’Iran, principal soutien du Hamas, reste une variable critique. Téhéran, en décembre 2024, a annoncé une augmentation de 30 % de son budget de soutien aux groupes armés palestiniens, ce qui complique les efforts de stabilisation.
Le contexte économique et humanitaire exacerbe également les tensions. À Gaza, plus de 80 % de la population dépend de l’aide internationale, et le taux de chômage dépasse les 45 %. Les défis liés à la reconstruction sont immenses, avec des estimations prévoyant un coût total de 7 milliards de dollars pour remettre à niveau les infrastructures essentielles. Si les engagements internationaux ne sont pas honorés, la frustration des populations locales pourrait alimenter de nouvelles flambées de violence.
En Israël, la pression économique et sociale pourrait également peser sur l’avenir du cessez-le-feu. Le coût du conflit pour l’économie israélienne en novembre et décembre 2024 a été évalué à plus de 5 milliards de dollars, notamment en raison des perturbations dans les secteurs du tourisme et des hautes technologies. Ces contraintes pourraient renforcer les appels à une solution politique durable, mais également alimenter les tensions internes si Netanyahu persiste dans sa stratégie belliciste.
L’effet Donald Trump ?
Enfin, l’évolution de la situation dépendra en grande partie de la capacité des nouveaux acteurs internationaux à s’engager de manière constructive. Donald Trump, bien que controversé, pourrait utiliser sa relation personnelle avec Netanyahu pour exercer des pressions, tout en renforçant les accords d’Abraham. Cependant, sa politique imprévisible risque de compliquer la coordination internationale, notamment avec l’Union européenne et les Nations unies. Ces dernières, en décembre 2024, ont critiqué l’insuffisance des efforts américains pour faire respecter le droit international dans la région.
Le cessez-le-feu à Gaza constitue une avancée significative mais fragile. Il reflète les derniers efforts de l’administration Biden pour laisser un héritage diplomatique positif et les premières influences de Donald Trump, déterminé à s’imposer rapidement sur la scène internationale. Cependant, les ambitions de Benjamin Netanyahu de maintenir un climat de conflit pour préserver son pouvoir, combinées aux défis économiques et humanitaires de la région, compliquent les perspectives pour 2025. Le succès de cet accord dépendra de la volonté des parties prenantes de respecter leurs engagements et de la capacité de la communauté internationale à maintenir la pression. Si ces conditions ne sont pas réunies, la paix, comme souvent dans cette région, risque de rester éphémère.
