Après deux années de passage à vide imposé par le Covid-19, le Maroc relance les…
Le politologue Joseph Nye, théoricien du soft power, s’éteint à 88 ans
Publié le
Joseph S. Nye, théoricien du « soft power » et grand spécialiste des relations internationales et éminent politologue, est décédé à l’âge de 88 ans, a annoncé mercredi l’université Harvard où il avait longtemps enseigné.
Le monde académique et diplomatique perd l’un de ses penseurs les plus influents. Joseph S. Nye, éminent politologue américain et créateur du concept de « soft power », est décédé mardi à l’âge de 88 ans, a annoncé l’Université Harvard, où il a enseigné pendant plusieurs décennies.
Professeur émérite à la Kennedy School of Government de Harvard, qu’il a dirigée de 1995 à 2004, Joseph Nye laisse derrière lui une œuvre intellectuelle majeure, couronnée par 14 ouvrages et des centaines d’articles sur la puissance, l’éthique et les relations internationales.
Joseph Nye, le père du « soft power »
Dans les années 1980, Nye introduit le concept de soft power, qui désigne la capacité d’un État à influencer et à attirer sans recourir à la contrainte ou à la force militaire. À rebours des logiques de domination, il développe l’idée que les cultures, les valeurs politiques et la légitimité des actions à l’étranger peuvent être aussi puissants que les armes ou l’argent.
Joseph Nye, a Harvard professor whose ideas on the nature of power in international relations influenced generations of policymakers, academics, & students and made him one of the world’s most celebrated political thinkers, has died at the age of 88 https://t.co/ef7vS8eJ1f
— Harvard Kennedy School (@Kennedy_School) May 7, 2025
« Le soft power, c’est le pouvoir de coopter plutôt que de contraindre, d’amener les autres à vouloir les résultats que l’on souhaite », écrivait-il dans Soft Power: The Means to Success in World Politics (2004).
Cette approche a profondément marqué la diplomatie américaine post-Guerre froide, ainsi que les stratégies internationales de nombreux pays, de l’Union européenne à la Chine, en passant par le Japon et le Qatar.
Un parcours entre recherche et action politique
Joseph Nye a également occupé des fonctions importantes au sein de l’administration américaine. Sous la présidence de Bill Clinton, il fut secrétaire adjoint à la Défense pour les affaires de sécurité internationale, un poste stratégique au cœur de la formulation des politiques étrangères.
Engagé dans la réflexion sur l’éthique du pouvoir, Nye a défendu une vision morale de la politique étrangère, insistant sur la nécessité de concilier efficacité et légitimité, attraction et responsabilité.
Un regard critique sur l’Amérique de Trump
Dans l’un de ses derniers entretiens accordés à l’AFP, Joseph Nye avait critiqué la politique étrangère de Donald Trump, accusée de miner le capital symbolique et l’attractivité des États-Unis.
« Trump ne comprend pas vraiment le pouvoir. Il ne pense qu’en termes de coercition et de paiement », affirmait-il en février, ajoutant : « Notre succès au cours des huit dernières décennies a également été basé sur l’attractivité ».

S’il reconnaissait que le soft power américain a connu des cycles — citant notamment l’impopularité des États-Unis pendant la guerre du Vietnam —, il estimait que la présidence Trump avait profondément érodé la confiance mondiale dans les valeurs américaines.
Un héritage intellectuel vivant
À l’heure des grandes recompositions géopolitiques, l’œuvre de Joseph Nye reste plus pertinente que jamais. Son soft power continue d’outiller les analystes, diplomates et décideurs face aux nouveaux défis du XXIe siècle: guerre informationnelle, rivalités d’influence, diplomatie culturelle et attractivité des modèles politiques.
Son décès marque la fin d’une époque, mais ses idées, elles, continueront d’éclairer les relations internationales bien au-delà des campus américains.
R.I.P.
Joseph Nye, a Harvard professor whose ideas on the nature of power in international relations influenced generations of policymakers, academics, & students and made him one of the world’s most celebrated political thinkers, died at 88.https://t.co/gxVRB2v5RU pic.twitter.com/U9cJJZKaou— Ozgur Tufekci (@OzgurTufekci) May 7, 2025
