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Artisanat: l’État rebat les cartes pour une réforme stratégique du secteur
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Structuration, compétitivité, formation, export… Le Maroc enclenche un vaste chantier de réforme de son secteur artisanal. Portée par une vision institutionnelle et une série de mesures concrètes, cette dynamique entend repositionner l’artisanat au cœur de l’économie nationale, en alliant authenticité des savoir-faire et exigence de modernisation. Tour d’horizon d’une offensive multisectorielle.
C’est le dernier jalon en date, et il marque un tournant décisif: la création de 288 corporations professionnelles dans les 12 régions du Royaume. Illustrant une structuration majeure, l’annonce faite ce week-end par le secrétariat d’État chargé de l’Artisanat indique que ces corporations seront réparties en deux vagues de 114 structures, suivies d’une troisième de 60 entités.
Ces instances — provinciales, régionales et nationales —, qui tireront leur légitimité de la loi 50.17 et de ses textes d’application, auront pour mission d’encadrer les métiers, organiser l’écosystème, assurer la représentation des artisans et porter la voix du secteur auprès des autorités.
Cette nouvelle réforme repose sur une logique ascendante: il s’agira pour les corporations locales de constituer le socle des structures supérieures, avec à terme une organisation nationale par filière. «Il s’agit d’une refonte profonde visant à professionnaliser un tissu encore atomisé, en lui donnant des organes représentatifs solides et connectés à la réalité des territoires», explique-t-on au secrétariat d’État.
Le chantier s’appuie sur le Registre national de l’artisanat (RNA), plateforme centrale de suivi, et mobilisera un expert national chargé de piloter la démarche aux côtés des Chambres d’artisanat.
Accélérer sur la compétitivité
C’est une réforme qui vient compléter un autre dispositif mis en place plus tôt et qui vise, lui, à soutenir la compétitivité des artisans. Lancé le 13 juin, ce programme d’appui se décline en trois volets. Le premier se présente comme un programme d’excellence, focalisé sur les filières Tapis et Céramique. Les acteurs bénéficieront à ce titre d’un soutien tout au long de la chaîne de valeur, de la production à l’innovation.
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Quant au second volet, il table sur l’accompagnement à l’export. Son objectif: renforcer les capacités commerciales des artisans et faciliter leur insertion sur les marchés internationaux.
Le troisième volet est le Programme des agrégateurs, visant à structurer la production artisanale autour d’unités collectives solides, dont vingt porteurs de projets seront sélectionnés parmi 84 dossiers.
Ces dispositifs viennent consolider une montée en puissance cohérente du tissu artisanal marocain, tournée vers la performance, la visibilité et la structuration. «Il s’agit d’outiller l’artisan marocain pour qu’il devienne un acteur économique compétitif, structuré, et ancré dans un écosystème exportateur», expliquant Tarik Sadik, directeur général de la Maison de l’Artisan, maître d’œuvre du programme.
800 MDH pour booster les exportations
Dans cette grande mue initiée pour le secteur, l’Etat mise particulièrement sur l’international. Et il y a de quoi: en 2024, les exportations du secteur de l’artisanat ont rapporté 1,11 milliard de dirhams dans les caisses du Trésor. Pour renflouer ces avoirs jugés en deça du potentiel, une stratégie dédiée au volet export a été mise en place.
Danc cette stratégie dévoilée le 28 mai dernier, un axe spécifique cible l’accompagnement des coopératives et entreprises artisanales, avec des incitations claires (labellisation, formation, présence dans les salons, accès aux marchés non traditionnels). Montant du budget alloué: 800 millions de dirhams.

Mais aux yeux de Lahcen Saadi, secrétaire d’État chargé de l’Artisanat, de l’Economie sociale et solidaire, cette enveloppe, quoique frôlant le milliard de dirhams «reste modeste au regard des opportunités offertes par les savoir-faire marocains». Selon lui, «Il faut aller plus loin, structurer les réseaux d’export, et investir dans la visibilité internationale».
Les États-Unis, la France et l’Espagne dominent actuellement les destinations de l’artisanat marocain, avec en tête les articles en argile (36% des exportations), suivis de l’art floral (20%) et des vêtements traditionnels (13%).
Artisanat: moderniser la formation
Dans le cadre de cette réforme globale, la formation professionnelle fait elle aussi peau neuve avec la réhabilitation des Instituts spécialisés des arts traditionnels (ISAT) de Rabat et Fès. Cofinancés par la KfW allemande via son programme de Facilité d’investissement pour l’emploi (IFE), ces projets visent à adapter les parcours aux besoins réels du marché.
À Rabat, un investissement de 1,79 million d’euros permettra d’accueillir plus de 330 jeunes dans trois nouvelles filières (froid et climatisation, photovoltaïque, électricité automobile). À Fès, cinq ateliers spécialisés verront le jour (plomberie, tapisserie, menuiserie aluminium, froid, électricité basse tension), pour former 125 jeunes par an.
Derrière ces réformes transversales, une réalité demeure : l’artisanat représente un tissu économique vital, fortement enraciné dans les territoires, générateur d’emplois et vecteur d’identité culturelle. Mais il manquait jusqu’à présent d’une véritable gouvernance de filière, d’outils de compétitivité et d’une projection stratégique sur la scène mondiale.
Avec l’articulation progressive de ces leviers (structuration juridique, accompagnement productif, stratégie exportatrice, formation spécialisée…), le Maroc entend repositionner l’artisanat comme pilier de son économie plurielle. Reste à veiller à la cohérence d’ensemble, à l’évaluation rigoureuse des résultats, et à la montée en compétence des acteurs à tous les niveaux de l’échelle.
