Cannabis légal: le Maroc s’attaque à l’Europe et vise 4,2 à 6,3 MMDH de revenus

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Un villageois se tient dans un champ de cannabis près de la ville de Ketama, dans la région du Rif.

Le Maroc s’engage résolument dans la course au marché européen du cannabis légal, visant une part de 10 à 15%. Avec des exportations récentes et des ambitions stratégiques, le Royaume aspire à transformer son « or vert » en une nouvelle manne économique.

En 2021 le Royaume a promulgué une loi autorisant l’usage licite du cannabis à des fins medicales et encouragé alors son industrialisation. Depuis, les investissements affluent. Près de 200 opérateurs sont déjà actifs, attirés par ce marché mondial du cannabis thérapeutique estimé à plus de 50 milliards de dollars d’ici 2028. La Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP) table ainsi sur des revenus annuels de 4,2 à 6,3 milliards de dirhams (environ 400 à 600 millions d’euros) d’ici quatre ans, à condition que le Royaume atteigne une part de marché européenne de 10 à 15%.

Et pour la première fois de son histoire, le Maroc a exporté du cannabis produit légalement sur son territoire. Vendue entre 1.400 et 1.800 euros le kilo, une première cargaison de résine à faible teneur en THC (moins de 1%) a été expédiée vers la Suisse au second trimestre de cette année. Bien que les montants restent symboliques, cette exportation a suscité un vif engouement, témoignant des attentes élevées des acteurs marocains du secteur, selon un article du média français Le Monde.

Lire aussi: Cannabis légal: les produits à base de THC commercialisés au Maroc dès le 1er juin

Les motivations du Maroc sont claires: tirer profit de la vague de légalisations dans l’Union européenne, où le cannabis médical est désormais autorisé dans 21 des 27 États membres. D’après la même source, le laboratoire pharmaceutique Sothema a développé une quinzaine de médicaments à base de cannabis à haute teneur en THC, “destinés à traiter des pathologies douloureuses comme le cancer, la sclérose en plaques ou l’épilepsie”, lit-on sur le site du média français. 

Dans son viseur, les marchés marocain et européen, principalement l’Allemagne, le Danemark, la Suisse, l’Italie et la France, qui a récemment autorisé le cannabis médical à titre expérimental. Reste à lever les barrières réglementaires, très contraignantes dès lors qu’il s’agit de psychotropes”. Mais Khalid El-Attaoui est confiant et met en avant “de bonnes pratiques agricoles, sans pesticides ni métaux lourds, et des procédés de fabrication reconnus, car nous exportons déjà des médicaments sans cannabis”, déclare-t-il au journal.

L’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) affiche également un optimisme de rigueur. Pour Mohammed El-Gerrouj, directeur de l’agence publique, le cannabis marocain pourrait suivre la même ascension que l’industrie automobile, devenue en quinze ans le premier secteur exportateur du Maroc. Il estime que d’innombrables secteurs pourraient en effet bénéficier du cannabis marocain, allant de la médecine à l’aéronautique, en passant par l’agroalimentaire, la construction, et bien d’autres encore.

Lire aussi: Cannabis thérapeutique: “Le Maroc peut récupérer 10 à 15 % du marché européen” (El Bouhmadi, FMIIP)

En transformant les cultures illicites en activités légales, le Maroc espère non seulement dynamiser son économie, mais aussi améliorer les conditions de vie des agriculteurs. Avec une superficie autorisée passant de moins de 300 hectares en 2023 à environ 3.000 hectares cette année, répartis principalement dans la région du Rif, le nombre d’agriculteurs agréés a également fortement augmenté, frôlant désormais les 3.300.

Cependant, des défis subsistent, notamment la dépendance aux semences importées et les conditions climatiques extrêmes qui ont affecté la première récolte légale. Pour surmonter ces obstacles, l’ANRAC travaille à la certification de la “beldia”, la variété locale de cannabis moins consommatrice d’eau, espérant la mettre à disposition des cultivateurs dès 2025.

Parallèlement, les conditions climatiques que vit le pays depuis quelques années ne font pas bon ménage avec les aspirations de développement de ce secteur. En 2023, l’on a récolté 296 tonnes. Une quantité à la baisse à cause des vagues de chaleurs “extrême” qui réduit considérablement “les taux de germination et de levée des plants”. L’ANRAC avait d’ailleurs annoncé une perte de 20% liée à de fortes températures allant jusqu’à 49 °C en période de floraison de “l’or vert”. 

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