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Le Maroc dans une coalition anti-taxes Trump? Un expert décrypte les enjeux
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Alors que la coalition FIT-P se dessine en réponse aux politiques tarifaires américaines, le Maroc pourrait y prendre part dans une logique de partenariat plus que d’opposition. Pour Mehdi El Fakir, consultant en stratégie, cette éventuelle adhésion relève d’un calcul diplomatique fin, à l’aune des équilibres mondiaux et des intérêts stratégiques.
Dans un récent article, le quotidien britannique The Financial Times évoque l’éventualité d’une adhésion du Maroc à une nouvelle coalition internationale, présentée comme une réponse aux politiques douanières du président américain Donald Trump. Cette initiative, portée selon le média par Singapour, les Émirats arabes unis et la Nouvelle-Zélande, devrait prendre le nom de « Future of Investment and Trade Partnership » (Avenir de l’investissement et du partenariat commercial), ou FIT-P en abrégé.
Toujours selon The Financial Times, cette coalition en gestation pourrait rassembler une dizaine de pays, parmi lesquels le Maroc, le Rwanda, la Malaisie, le Costa Rica, le Panama et la Norvège. Sa création serait actée dans un premier temps par visioconférence en novembre prochain, avant une rencontre en présentiel prévue pour juillet 2026. Le journal cite des sources diplomatiques ainsi que des responsables originaires d’Asie, d’Amérique latine et d’Australasie proches du dossier.
Pour le Maroc, coopération oui, opposition non
Sollicité par nos soins sur la véracité de ces informations, le ministère de l’Industrie et du Commerce n’a pas souhaité commenter au-delà des déclarations déjà relayées dans la presse nationale. Dans ces déclarations, un responsable du ministère confirme que le Maroc a été approché pour intégrer cette organisation en cours de structuration, tout en nuançant l’objectif affiché.
Selon cette source, qui a gardé l’anonymat, il ne s’agirait pas d’un front contre les mesures douanières américaines, mais d’une plateforme visant à renforcer les échanges, les investissements et les partenariats. Le ministère de l’Industrie et du Commerce perçoit cette initiative comme une opportunité pour attirer les capitaux et stimuler la création d’emplois.

Mehdi El Fakir, consultant en stratégie, prend quant à lui cette hypothèse d’adhésion avec précaution. Il estime qu’«une telle décision, si elle devait être prise, serait politiquement et minutieusement étudiée au regard des relations stratégiques avec le partenaire américain».
Interrogé sur les effets concrets des mesures tarifaires imposées par Washington, notre expert rappelle que «le Maroc n’est pas dans une dépendance vis-à-vis des États-Unis». Si les Etats-Unis restent importants, le volume des exportations marocaines vers ce marché demeure limité et ne constitue pas, selon lui, un facteur d’inquiétude immédiat. Ce qui préoccupe davantage, c’est «l’onde de choc» que pourrait provoquer une telle politique sur l’économie mondiale en général, et le partenaire européen en particulier. «Ce n’est pas la relation bilatérale qui nous dérange, mais la crise de confiance et la redistribution des cartes que cela pourrait engendrer.»
La coalition FIT-P, un outil plus diplomatique que stratégique
Sur le plan régional, certains analystes évoquent une amélioration possible de la compétitivité du Maroc, du fait de droits de douane moins élevés que ceux imposés à ses voisins. Une hypothèse que Mehdi El Fakir relativise : «Je ne pense pas que cela va toucher la compétitivité du Maroc. Par contre, nous avons une inquiétude réelle quant à la santé économique de nos partenaires, qui risquent d’être affectés par de telles décisions.»
Quant à l’évaluation des impacts des tarifs douaniers américains, le consultant reste prudent: «Ce sera dans l’immédiat, mais il y a une opacité politique. Il faut observer jusqu’où les politiques iront.» Il cite notamment la participation inattendue de l’Inde au sommet de Shanghai, perçue comme un signal fort par les chancelleries occidentales. «L’Inde est un allié principal du monde occidental. Sa présence à Shanghai et son adhésion aux conclusions du sommet ont surpris les États-Unis comme les Européens.»
Lire aussi. The Economist: « Le Maroc est désormais une puissance commerciale et industrielle »
Concernant la FIT-P, dont la création, pour rappel, est annoncée pour novembre 2026, Mehdi El Fakir estime qu’il est «prématuré» de dire si elle pourrait contraindre ou non Donald Trump à réviser les droits de douane imposés unilatéralement aux autres pays . «Ce type de rencontre est avant tout un espace de dialogue et d’échange, une manière d’atténuer la pression. Mais la balle est dans le camp de l’establishment américain», observe-t-il, soulignant que si Washington persiste dans sa logique tarifaire, cela pourrait déboucher sur une confrontation commerciale et une recomposition des alliances. «Des pays comme l’Inde ou la Chine ne laisseront pas leurs intérêts être bafoués. Et les États-Unis eux-mêmes pourraient s’exposer à une récession interne.»
En somme, l’adhésion du Maroc à la FIT-P, si elle se confirme, s’inscrira dans une dynamique diplomatique complexe, où les équilibres économiques et politiques mondiaux seront scrutés à chaque étape, et où la prudence stratégique reste de mise.
