Grand oral d’Akhannouch: «L’Etat doit revoir ses priorités envers les TPME», selon Abdellah El Fergui

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abdellah el fergui CM TPE-PME CGEM
Abdellah El Fergui, président de la Confédération marocaine des TPE et PME? longtemps opposé à la CGEM espère une rupture. DR

Abdellah El Fergui, président de la Confédération marocaine des très petites, petites et moyennes entreprises (TPME), réagit au dernier grand oral du chef du gouvernement Aziz Akhannouch au Parlement.

C’est une réponse directe, nourrie de chiffres et de constats, que livre Abdellah El Fergui en réaction à l’intervention parlementaire d’Aziz Akhannouch, lundi dernier. Dans une note rendue publique ce mercredi 9 juillet, le président de la Confédération marocaine des TPME dresse un tableau plutôt gris de la relation entre le gouvernement et les entreprises qu’il représente.

Si le chef du gouvernement s’est exprimé sur les dispositifs publics en faveur de l’investissement, l’analyse d’El Fergui va dans le sens d’une économie à deux vitesses où les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) sont les grandes oubliées.

Pour lui, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les TPME composent 98,4 % du secteur privé marocain et emploient plus de 83 % de la main-d’œuvre nationale. Pourtant, elles ne bénéficient pas d’un accès privilégié aux marchés publics, dénonce-t-il, déplorant un soutien financier accordé aux structures plus proches du pouvoir.

«Les aides, les subventions et les opportunités semblent réservées à un cercle étroit de bénéficiaires, proches du chef du gouvernement ou affiliés à sa majorité», estime El Fergui pour qui une telle logique fausse la concurrence et bloque l’émergence d’un secteur privé véritablement inclusif.

Entre dettes étouffantes et menaces de saisies bancaires

L’autre alerte porte sur l’endettement massif des TPME. El Fergui trouve que des programmes comme Forsa ou Intilaka n’ont rien fait de plus qu’aggraver la situation financière de ces entreprises. Il pointe du doigt des modalités de remboursement et d’accompagnement qui suscitent de plus en plus d’inquiétudes.

Selon El Fergui, «la situation devient critique lorsque l’on constate que les comptes bancaires de nombreuses entreprises sont menacés de saisie par la direction des impôts ou la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), en violation claire des cadres légaux».

Une réalité qui, pour le chef de file de la CM-TPME, expose les entrepreneurs à une double peine: le poids des remboursements et le blocage de leur outil de production.

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Mais c’est surtout le projet de décret sur le programme d’investissement de 12 milliards de dirhams qui concentre les critiques. A en croire El Fergui, dans sa version actuelle, le texte introduit des conditions «irréalistes et discriminatoires», excluant de facto la majorité des TPME des critères d’éligibilité.

Il y voit ainsi une manœuvre politique pour consolider l’accès des grandes entreprises aux ressources publiques. «Ce programme est calibré pour servir les intérêts des grands groupes, déjà largement représentés au sein du patronat national, au détriment des structures de proximité.»

Des promesses de quotas jamais appliquées

Un autre point d’inquiétude soulevé par El Fergui concerne la non-mise en œuvre des décrets d’application relatifs au quota de 20 % des marchés publics réservés aux TPME. Une disposition pourtant annoncée à plusieurs reprises mais jamais traduite concrètement.

Face à cela, il affirme que les milliards d’investissement public prévus cette année risquent de se retrouver captés, une fois encore, par les grandes structures, dans un système «verrouillé».

Au-delà de la dénonciation, l’auteur de la note appelle à une réforme profonde des mécanismes de soutien. «Ce n’est pas 98,4 % des entreprises qui doivent s’adapter, c’est l’État qui doit revoir ses priorités», défend-il.

Il invite, pour ce faire, les institutions à inscrire l’équité économique au cœur de leur stratégie. La révision des critères d’accès aux marchés publics, la simplification administrative et la mise en place d’un cadre fiscal adapté figurent parmi les pistes évoquées.

«Ensemble, nous pouvons faire entendre la voix des très petites, petites et moyennes entreprises et défendre un modèle plus juste, plus représentatif et plus durable», conclut Abdellah El Fergui, en guise d’appel aux entrepreneurs et à la société civile.

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