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Energies vertes: les ambitions du Maroc sont-elles encore réalisables?
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Si le Maroc ambitionne de devenir un leader régional en énergies renouvelables, l’absence de régulation, les restrictions sur la production électrique et sa forte dépendance aux énergies fossiles pourraient freiner ses ambitions d’une transition énergétique efficace, révèle un rapport récent.
Un groupe de réflexion sur le climat, IMAL, basé à Rabat, vient de publier un rapport portant sur le Nouveau Modèle de Développement (NMD), lancé en 2021, qui vise à encourager l’émergence de projets d’énergies renouvelables.
Ce projet ambitieux prévoit plusieurs réformes, dont la création d’un organisme de réglementation solide, l’ajustement des tarifs, la restructuration de l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable (ONEE), la promotion de la production d’énergie locale et la suppression des limites d’accès au gaz naturel pour les industries.
Pourtant, le rapport 2025 du groupe de réflexion sur le climat IMAL, intitulé « Transition énergétique du Maroc : État des lieux de la mise en œuvre du Nouveau Modèle de Développement », met en évidence plusieurs retards dans la réalisation des objectifs fixés par le roi Mohammed VI lors de sa création.
Le groupe de réflexion affirme qu’une mise en œuvre accélérée de la transition énergétique « ne peut réussir sans un changement de paradigme qui aborde la question d’un point de vue plus stratégique et politique, plutôt que d’uniquement un point de vue technique, tout en adoptant une plus grande transparence ».
Le rapport met en garde contre les retards qui pourraient nuire à l’économie et à la compétitivité nationales. « La lenteur des progrès dans la réduction des émissions de carbone dans le réseau électrique pourrait entraîner des coûts plus élevés, d’autant plus que d’autres pays imposent des pénalités pour les émissions élevées et que la dépendance du Maroc aux importations de combustibles fossiles met à rude épreuve les ressources financières », estime IMAL.
Le rapport a ainsi identifié trois priorités clé et propose plusieurs étapes pour une meilleure efficacité. Le think tank préconise l’expansion de la production d’énergie décentralisée, comme le solaire sur les toits, pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles tout en stimulant l’emploi. De plus, il propose de réévaluer les contrats d’électricité à long terme liés au charbon qui pourraient nuire à l’économie marocaine et entraver les efforts de financement climatique.
Pour faire du Maroc une plaque tournante du commerce de l’électricité verte, IMAL estime qu’il faudra améliorer les connexions énergétiques régionales, en alignant le marché de l’électricité marocain sur celui de l’Europe, ainsi que des réformes et une décarbonisation du secteur de l’électricité, et des réglementations strictes qui stimulent la production d’énergies renouvelables.
La promotion des énergies renouvelables au Maroc remonte à 2009, date à laquelle la première stratégie énergétique globale a été établie. Cette initiative décrivait des objectifs à court, moyen et long terme, ainsi que des changements législatifs, réglementaires et institutionnels.
La première phase, le Plan National d’Actions Prioritaires (PNAP), lancé en 2009 et s’étendant jusqu’en 2013, visait à équilibrer l’offre et la demande d’électricité grâce à une production accrue et à la rationalisation de la consommation d’énergie.
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En 2015, le Maroc a relevé son objectif en matière d’énergies renouvelables de 42 % à 52 % d’ici 2030 en réponse à l’urgence croissante de l’action climatique. Ces phases initiales ont produit des résultats encourageants, ouvrant la voie au Nouveau Modèle de Développement de 2021.
Le roi Mohammed VI a créé la Commission Spéciale pour le NMD en novembre 2019, la chargeant d’évaluer les progrès du Maroc et d’identifier les lacunes de son développement dans divers secteurs. Parmi les objectifs clés de la Commission figurait l’engagement de positionner le Maroc comme un leader en matière d’énergie verte compétitive.
Le Maroc a ensuite dévoilé sa stratégie en matière d’hydrogène vert en 2021, visant à l’utiliser au niveau national dans les processus industriels et comme carburant alternatif, contribuant ainsi aux ambitions du pays en matière d’énergies renouvelables. Grâce à sa situation géographique stratégique et à ses infrastructures robustes, le Maroc est prêt à jouer un rôle crucial sur le marché mondial de l’hydrogène vert.
Avant la transition – et encore aujourd’hui –, le Maroc dépendait fortement des ressources naturelles, dont une grande partie est importée. Le principal consommateur est l’ONEE, dont la consommation totale s’élève à 884,3 millions de mètres cube, selon le Policy Center for the New South.
Le passage croissant du gouvernement aux énergies vertes vise une plus grande autosuffisance et une réduction des coûts énergétiques. Les plans pour cette transition comprennent le développement d’infrastructures gazières clés pour soutenir les industries, accroître la compétitivité des exportateurs marocains et permettre la sous-traitance dans le secteur du gaz naturel.
Le NMD a défini un plan visant à créer un modèle intégrant les services de distribution d’électricité, d’eau potable et d’assainissement sous des Sociétés Régionales Multiservices, dans le but d’améliorer l’intégration et l’investissement dans les énergies renouvelables en plaçant la responsabilité entre les mains des entités régionales.
Le rapport du groupe de réflexion sur le climat IMAL révèle que l’ONEE, un important consommateur d’énergie, n’a pas suivi cette recommandation, persistant au contraire dans des pratiques qui vont à l’encontre de la nouvelle démarche.
Le groupe de réflexion propose une approche qui donne la priorité à la décentralisation de la production d’énergie et à l’amélioration de la connectivité énergétique régionale. Ceci passe par la mise en place de cadres réglementaires plus solides afin de soutenir les énergies renouvelables. Sinon, prévient le rapport, le chemin à parcourir pour atteindre ses objectifs de 2030 sera difficile.
