Au Maroc, le changement climatique a fait bondir le prix de l’huile d’olive : plus…
Flambée des prix, récolte, import… 5 choses à savoir sur l’huile d’olive du Maroc
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Avec une baisse annoncée de la production oléicole, de 11 % pour la campagne 2024/2025, les prix de l’huile d’olive atteignent des sommets, suscitant l’inquiétude de la population. Entre la mesure d’importer tout en exonérant et les perspectives climatiques peu optimistes, quel avenir pour l’un des aliments les plus demandés dans le Royaume? Éléments de réponses.
La production oléicole de la campagne 2024/2025 sera, selon les dernières prévisions du ministère de l’Agriculture, en baisse de 11 % comparée à l’année dernière, et de 40 % pour une récolte normale. Résultat: le prix de l’huile d’olive atteint des pics et les consommateurs s’inquiètent de telles fluctuations. Cela d’autant plus que l’olive reste l’un des principaux aliments de base. Quelles sont les causes de cette envolée, les mesures prises pour atténuer la pénurie, et les perspectives pour cette filière, menacée par la sécheresse qui s’accentue au fil des années.
Faible récolte et coût de production élevé
Et cette sécheresse qui touche le Maroc ces dernières années, est la principale cause de l’augmentation vertigineuse des prix de l’huile d’olive. Les conditions climatiques extrêmes ont eu pour conséquence une baisse drastique de la production. Une situation qui n’est pas singulière au Maroc.
En effet, durant la campagne 2023/2024, la production mondiale a chuté de 8 %. Le président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’olive (Interprolive), Rachid Benali, parle d’une «production qui a été très médiocre » pour des raisons climatiques. Il indique à ce titre « que ce soit en irriguée ou en pluvial, l’olive a besoin d’eau, et s’il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de production».
Il poursuit en relatant les frustrations liées à cette situation. «Il y a eu des pics de chaleur anormaux pendant des périodes de l’année qui ont bloqué la floraison.» Un autre facteur qui, selon lui, contribue à la tension sur les prix, «ce sont les intrants. C’est-à-dire que, quand on a un hectare d’olive, on a les mêmes charges que la production soit d’une tonne ou de 10 tonnes, donc automatiquement le coût de revient est nettement plus élevé».
De plus, argue-t-il, «plus la récolte est faible, plus elle coûte beaucoup plus cher». «Le coût de production qui se situe généralement autour de 1 DH le kilo est passé à plus de 2 DH le kilo», fait savoir le président de Interprolive.
Le mot d’ordre : importer
Face à la pénurie et à la flambée des prix, l’importation, vieille pratique pour réguler les écarts entre l’offre et la demande, devient inévitable, l’objectif de cette mesure étant de contenir l’inflation sur ce produit de première nécessité. Ainsi, la filière a obtenu des autorités le feu vert pour importer avec certaines facilités. «Actuellement, nous avons des droits de douane avec l’Europe, avec une exonération pour un contingent de 2.000 tonnes. Au-delà de ce seuil, un droit de douane de 40 % s’applique. Quelque 10.000 autres tonnes bénéficieront de cette même exonération d’ici la fin de l’année», commente-t-il. Et de renchérir, «avec la Tunisie, il n’y a pas de problème. Il n’y a pas de droits de douane et aucune limitation sur les importations».
Cette mesure sera-t-elle efficace ? Rachid Benali l’espère. «Pour l’instant, ce sont les mesures que nous avons prises» jusqu’à la fin de l’année. «À ce moment-là, nous évaluerons les importations et l’évolution des prix pour envisager une éventuelle réduction supplémentaire. En fonction des résultats, nous déciderons de continuer ou d’arrêter cette opération de suppression des droits de douane.»
Les conditions vont assurément se focaliser sur les deux variétés que sont l’extra-vierge ou la vierge. Ce sont les deux qualités qu’on peut importer, les deux espèces. On ne va pas importer autre chose, donc ce sont les deux variétés qui seront autorisées à l’importation, avec un contingent de 10 000 tonnes», précise-t-il.
Mais à quel prix ?
Toujours au niveau des conditions, le président de la fédération assure qu’il n’y en a pas de spécifiques, «juste qu’elle soit bien contrôlée, en termes de qualité et non mélangée». Il explique en effet que des pays comme l’Espagne autorisent le mélange de l’huile, ce qui n’est pas le cas au Maroc, donc les importations tiendront compte de ces exigences de qualité.
Quant aux opérateurs qui auront le quitus pour procéder aux importations, Rachid Benali n’espère pas voir d’intrus et s’attend à ce que ce soient les mêmes qui en ont l’habitude. En ce qui concerne les impacts de ces importations, «c’est la loi de l’offre et de la demande. Automatiquement, s’il y a plus d’offres, les prix vont baisser pour les consommateurs», assure confiant le président de la fédération.
2024/2025, à quoi s’attendre ?
«Pour les prévisions cette année, on sait que ça va être plus faible que l’année dernière», prévoit le président de la fédération qui ne veut cependant pas s’avancer sur des estimations, préférant observer la campagne en cours. Selon lui, la récolte est à mi-saison, il est encore trop tôt pour se lancer dans du prévisionnel.
Néanmoins, il fait savoir que cette récolte se déroule très bien. «On attend jusqu’à la fin, mais nous avons quand même à l’esprit les prévisions du ministère de l’Agriculture sur lesquelles on adhère, mais pour la production finale on ne peut pas savoir jusqu’à la fin de la campagne», explique le président de la filière oléicole.
Une précaution qu’il explique par le fait que le Maroc soit très vaste et que l’olivier soit cultivé de manière disparate sur l’ensemble du territoire que l’on sait très vaste, avec des centaines de milliers d’opérateurs, surtout des agriculteurs. Ce qui rend difficile la collecte de données fiables et consolidées durant les opérations de récoltes.
Quel avenir pour la filière
Et si face à ces deux années de sécheresse cumulée, la production en forte régression et les perspectives climatiques sombres, l’on est en droit de craindre pour l’avenir de la filière, Rachid Benali est loin d’être alarmiste. «Pour le devenir de la filière, nous sommes confiants», affirme-t-il sans sourciller. Une confiance qu’il justifie par un verger important et par la résistance naturelle du plant d’olivier face à la sécheresse. S’il reconnaît qu’il y a eu quelques pertes dans le sud, précisément dans la région de Marrakech-Safi, rien de bien alarmant.
«Dans cette région-là, il y a un peu de pertes, il y a un peu d’arbres qui ont été desséchés mais ça se rattrape facilement», rassure Rachid Benali. Il cite pour en attester l’exemple de l’Espagne dont la production cette année est au meilleur de sa forme, alors qu’elle était pire juste l’année d’avant. Selon ses explications, il suffit de juste un peu de pluie pendant l’hiver pour avoir un bon rendement dans les zones pluviales, et d’opter pour les techniques de pompage pour remédier au problème d’assèchement observé dans les zones irriguées. «L’olive est un produit qui marche et qui marchera toujours pour le Maroc, il n’y a donc aucune crainte à se faire pour l’avenir», soutient Rachid Benali.
Face au risque de pénurie de l’huile d’olive, le Maroc a donc décidé de répondre avec l’importation stratégique, sous fond d’exonération de droits de douane. Une mesure dont l’efficacité devrait se mesurer dans les jours à venir.
