Avec le PAASIFEJ, le Maroc précurseur d’un modèle de développement rural innovant

Publié le
PAASIFEJ_Agriculture_femmes_rurales
©DR

Plus qu’un programme agricole, le Programme d’appui à l’agriculture solidaire inclusif des femmes et des jeune (PAASIFEJ) marque l’émergence d’un nouveau modèle de développement rural qui pourrait être érigé en use case pour l’ensemble du continent africain.

Ce que le Maroc a lancé lundi dernier à Rabat est de l’ordre de l’inédit. Lancer un programme fondé sur un concept encore peu usité, celui de l’agriculture solidaire, avec l’ambition clairement affichée de favoriser l’émergence d’une véritable classe moyenne rurale, le tout adossé à un mécanisme de financement basé sur les résultats, témoigne une fois de plus de la capacité du Royaume à innover dans ses politiques publiques.

En tout état de cause, les équipes de l’Agence pour le développement agricole (ADA) ont réalisé un véritable coup de maître. Au-delà de son impact attendu sur les territoires ruraux marocains, le Programme d’appui à l’agriculture solidaire inclusive en faveur des femmes et des jeunes (PAASIFEJ) a déjà vocation à devenir un modèle de référence pour le continent.

Une perspective qu’a d’ailleurs soulignée Vincent Castel, chef de la division Agriculture et agro-industrie pour l’Afrique du Nord, l’Afrique centrale et le Nigéria au sein de la Banque africaine de développement (BAD). Évoquant les objectifs du programme – résilience agricole, création d’emplois, inclusion des femmes et des jeunes ou encore émergence d’une classe moyenne rurale –, il a estimé que les actions engagées permettront «d’inspirer les autres économies du continent afin de répliquer les modèles développés».

Lire aussi. La BAD accorde 100 M€ pour une gigafactory de batteries au Maroc

Les chiffres traduisent d’ailleurs l’ambition de cette initiative. Doté d’un budget global de 216,3 millions d’euros, le programme couvrira sept régions du Royaume sur la période 2025-2030. Il prévoit notamment le développement d’activités génératrices de revenus pour les femmes, l’accompagnement de jeunes entrepreneurs ruraux, la création de centaines de points d’eau, ainsi que des actions de formation, de valorisation des filières agricoles et de renforcement de la résilience des territoires face aux changements climatiques.

Particularité notable: près de 46 % du financement est assuré par la BAD, tandis que le reste est mobilisé par l’État marocain, selon un mécanisme inédit de financement axé sur les résultats, dans lequel les décaissements sont conditionnés à l’atteinte d’indicateurs de performance et d’impact.

Une gouvernance fondée sur la coordination des acteurs

ADA PAASIFEJ Harrifi
El Mahdi Arrifi, DG de l’ADA, à Rabat le 20 juillet 2026, ©H24Info

Au-delà de son montage financier, le PAASIFEJ se distingue également par son architecture institutionnelle. Si l’ADA en assure le pilotage opérationnel, sa mise en œuvre repose sur une mobilisation inédite des principaux acteurs publics concernés par le développement rural.

Autour de l’Agence gravitent notamment le ministère de l’Agriculture, le ministère de l’Économie et des Finances, la BAD, les Directions régionales et provinciales de l’agriculture, les Offices régionaux de mise en valeur agricole, l’Office national du conseil agricole (ONCA) ainsi que l’ensemble des structures territoriales appelées à assurer l’exécution et le suivi du programme. Cette approche décentralisée entend rapprocher davantage les décisions des territoires tout en responsabilisant les différents intervenants autour d’objectifs communs.

Pour le directeur général de l’ADA, El Mahdi El Arrifi, cette organisation s’appuie sur l’expérience acquise depuis le Plan Maroc Vert, puis la stratégie Génération Green, avec près d’un millier de projets d’agriculture solidaire déjà réalisés et plusieurs centaines d’autres en cours. L’objectif est désormais d’aller plus loin en renforçant l’inclusion économique des femmes et des jeunes, tout en consolidant la résilience des exploitations agricoles face aux effets du changement climatique.

Un investissement dans la résilience du Maroc

Au fond, le PAASIFEJ dépasse largement le cadre d’un simple programme agricole. À travers lui, le Maroc expérimente une nouvelle manière de concevoir les politiques de développement rural, où l’agriculture devient un levier d’inclusion sociale, de création d’emplois, d’entrepreneuriat et de cohésion territoriale.

Lire aussi. Agriculture solidaire: l’ADA scelle une nouvelle ère avec 100 M€ de la BAD

Cette vision trouve un écho particulier auprès de la BAD, qui voit dans cette initiative un projet pleinement aligné sur les nouveaux défis du continent africain, qu’il s’agisse de sécurité alimentaire, d’adaptation climatique ou d’emploi des jeunes. Pour Vincent Castel, le Royaume confirme ainsi son rôle de laboratoire d’innovations publiques au service du développement.

Comme il l’a résumé lors du lancement officie du proramme, «le PAASIFEJ n’est pas seulement un programme agricole; c’est véritablement un investissement dans la résilience du Maroc, dans son capital humain, dans l’avenir de sa jeunesse et dans la durabilité de ses territoires ruraux». Une définition qui résume à elle seule l’ambition de ce programme appelé, au-delà des frontières marocaines, à faire école sur le continent africain.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Avec le PAASIFEJ, le Maroc précurseur d’un modèle de développement rural innovant

S'ABONNER
Partager
S'abonner