Pharmacie : entre rentabilité et éthique, les dessous d’un bras de fer

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Pharmacie Maroc
Le 9 avril prochain, les pharmaciens seront en Sit-in au Conseil de la concurrence

La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM), dirigée par Mohamed Lhababi, appelle à un sit‑in le 9 avril devant le Conseil de la concurrence. En cause : un avis de cette instance préconisant l’ouverture du capital des officines au privé. Derrière cette confrontation, c’est tout un modèle qui se retrouve pris entre impératifs de rentabilité et logique éthique.

Éviter que les impératifs de rentabilité prennent le pas sur les logiques déontologiques et sanitaires qui encadrent la profession , résume Mohamed Lhababi. Pour lui, l’enjeu dépasse une simple réforme administrative : «ce dont il s’agit aujourd’hui, c’est l’avenir même de notre modèle professionnel, de l’indépendance du pharmacien, et de la place que nous occuperons demain dans nos systèmes de soins».

Au‑delà de la contestation syndicale, le mouvement met en lumière une crise plus profonde : celle de la gouvernance du secteur pharmaceutique. Lhababi déplore : «il est à constater que ce dossier n’a jamais connu l’aboutissement qu’il mérite. Il a été renvoyé, reporté, fragmenté sans véritable volonté politique pour sa mise en œuvre».

Trois années de discussions avec le ministère de la Santé n’ont débouché sur aucune décision concrète, laissant le dossier s’enliser. C’est ce vide institutionnel qui, d’après lui, a ouvert la voie à des réformes radicales, sans concertation, qui bouleversent l’équilibre d’un secteur stratégique. «Il faut le dire avec clarté, la crise économique que traverse aujourd’hui la pharmacie n’est pas le fruit du hasard. Elle est aussi la conséquence directe de cette absence de décision, de cette inertie, de ce manque d’engagement à traduire en acte les engagements qui ont été pris par le ministère de la Santé»., soutient-il.

Une comparaison rejetée : l’éducation n’est pas la pharmacie

Et alors que des voix s’élèvent en renfort à l’ouverture du capital des officines, prenant en exemple le secteur de l’éducation ( où l’arrivée du privé a permis une expansion rapide), la Confédération balaie nette cette analogie. «La comparaison est biaisée. Tout simplement parce qu’il s’agit d’un secteur de santé publique et de santé de proximité.»

Lire aussi.Implantation des nouvelles pharmacies: le Conseil de la concurrence recommande d’introduire de nouveaux critères

Ouverture du capital des pharmacies : les pharmaciens marocains montent au créneau
© DR

Contrairement à l’éducation, Mohamed Lhababi défend que la pharmacie relève d’une logique déontologique et sanitaire, où le professionnel, c’est-à-dire le pharmacien, est à la fois propriétaire et responsable de son officine. Ce qui garantit une indépendance essentielle pour le patient. Toutefois, «si demain, les investisseurs entrent dans le capital, la logique peut rapidement basculer vers des impératifs de rentabilité », prévient‑il.

Cependant, contrairement à ce que laisserait croisse ce holà du syndicat, la corporation n’est pas fermée à des réformes, d’autant plus que la filière est en souffrance depuis des années. Ainsi donc, loin d’être dans le refus systémique, la CSPM a ses propositions dont Lhababi en souligne l’idée maîtresse : «la grande majorité des pays adopte un modèle économique de telle sorte que le revenu du pharmacien ne repose pas seulement sur un pourcentage sur le prix du médicament, mais aussi sur des missions rémunérées, comme la vaccination ou la délivrance».

Pharmacie: repenser le modèle, mais à quel prix ?

Ce modèle économique mixte permettrait, à en croire les professionnels, de redonner de la vitalité financière aux officines, tout en renforçant leur rôle dans le système de soins. Pour lui, c’est cette voie qui garantirait une modernisation durable, respectueuse de la mission sanitaire et de l’indépendance professionnelle.

C’est donc toute une profession, Lhababi estimant porter la voix de quelques 14 300 officines de pharmacie, qui est entre en transe pour éviter de se voir dissoudre par les intérêts économiques. Quand bien même du côté du Conseil de la concurrence on agite le droit du citoyen à un mieux être et la nécessité de repenser un modèle économique dont les résultats laissent profondément à désirer.

Ainsi, le débat sur l’ouverture du capital dépasse le seul corporatisme. « Les équilibres qui ont structuré notre profession pendant des décennies sont aujourd’hui remis en question », alerte Lhababi. Entre logique de marché et exigence de santé publique, c’est l’avenir de la régulation sanitaire qui se joue au Maroc.

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