TPE marocaines : comment relancer un tissu entrepreneurial en panne (rapport)

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TPE Assises
99% des 150 000 défaillances seraient des TPE selon le rapport

À l’approche de ses assises des 27 et 28 juin, la Confédération marocaine des TPE-PME a publié un rapport qui dresse un constat sévère sur la fragilité des très petites entreprises (TPE), tout en proposant quatre piliers structurants pour leur redonner un souffle et inscrire durablement leur rôle dans l’économie nationale.

Selon ce rapport de 16 pages intitulé « Le moteur enrayé : les 12 vérités des TPE marocaines », le Maroc compte plus de 4,1 millions d’entreprises, dont 97 % sont des TPE. Pourtant, moins de 5 % accèdent au financement bancaire, 70 % ne survivent pas au‑delà de cinq ans et 80 % n’ont aucune présence digitale structurée.

D’après la source, 41 % des TPE évoluent dans l’informel, soit près de 1,7 million d’unités. Entre 2022 et 2025, près de 150 000 entreprises ont disparu, dont 99 % étaient des TPE. Le chômage dépasse désormais 13 %, un niveau historique, tandis que 77,3 % de la population active travaille dans l’informel. À en croire les auteurs du rapport, « le Maroc n’est pas face à un problème de création d’entreprises, mais à une crise de survie ».

TPE: les maux identifiés

Le document met en évidence une série de blocages structurels. Le premier est l’exclusion bancaire : les TPE, faute de garanties et de bilans formels, restent en marge du système financier. Une fracture qui pousse nombre d’entre elles vers l’informel, où la fiscalité jugée inadaptée et la complexité administrative renforcent leur marginalisation.

Autre frein majeur identifié, le retard digital. Toujours selon la source, bien que 97 % des TPE aient accès à Internet, 80 % n’ont ni site web ni stratégie numérique, ce qui les prive de visibilité et de financements alternatifs.

Lire aussi. Maroc : premières assises nationales des TPE les 27 et 28 juin

À ces points ci-dessus évoqués, s’ajoute l’exclusion des marchés privés et publics accentuant cette fragilité. Moins de 15 % collaborent avec de grandes entreprises et plus de 50 % subissent des retards de paiement supérieurs à 90 jours, responsables de la moitié des défaillances. Quant aux marchés publics, sur les 350 milliards de dirhams de commandes annuelles, la part des TPE ne dépasse pas 10 %, soit un manque à gagner estimé à 30 milliards de dirhams.

Enfin, le rapport souligne des blocages transversaux : absence de foncier adapté, déficit de formation des dirigeants, faible recours à l’intelligence artificielle et quasi‑impossibilité d’accéder à l’export. Cette accumulation de contraintes alimente un cercle vicieux que le rapport décrit ainsi : « L’exclusion bancaire force la TPE vers l’informel, l’informalité garantit le retard digital, le retard digital mène à l’exclusion des marchés, et l’exclusion des marchés provoque inévitablement la mortalité ».

Les solutions proposées

Se voulant une force de proposition, la Confédération dresse, face à ce constat, quatre axes d’intervention. Le premier est la création d’un agent d’intelligence artificielle baptisé « TPE Voice », conçu comme un assistant opérationnel accessible via smartphone pour accompagner les dirigeants dans la gestion, le financement et la stratégie commerciale. Le deuxième axe est la mise en place d’un Groupement d’Intérêt Économique national, leur permettant  de se regrouper afin d’accéder collectivement aux financements, aux marchés publics et privés, et de mutualiser leurs ressources.

Troisième et avant dernier axe, l’élaboration d’un Livre Blanc des TPE, destiné à transformer les constats en propositions législatives et opérationnelles concrètes, notamment en matière de fiscalité, de produits bancaires adaptés, de simplification administrative et de formation. Last but not least, le quatrième axe vise à mettre fin à l’invisibilité politique de ces entreprises en leur garantissant une représentation institutionnelle au Parlement et dans les conseils d’administration des établissements publics.

 Le rapport propose également un programme «Maillage grande entreprise/TPE» pour réduire les délais de paiement et renforcer la relation économique entre grands groupes et très petites entreprises.

La Confédération clôture son rapport en ces termes : «les TPE ne demandent pas de l’aide… elles demandent un système adapte». Avec ce travail pré-événement, les assises de juin devraient constituer un moment clé pour transformer ce diagnostic en feuille de route nationale, afin de redonner souffle à un moteur économique aujourd’hui enrayé.

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