Le Maroc et l’Ukraine ont signé un accord sur le transport routier international, samedi à…
Accord Maroc-Ukraine sur le transport routier: véritable opportunité ou simple effet d’annonce?
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Le Maroc et l’Ukraine ont signé, ce week-end en Turquie, un accord sur le transport routier international. Si le texte marque une volonté d’ouverture, sa portée réelle suscite des interrogations parmi les professionnels du secteur.
Le Maroc et l’Ukraine ont signé samedi dernier, en marge du Forum mondial sur la connectivité des transports à Istanbul, un accord bilatéral sur le transport routier international. Paraphé par Abdessamad Kayouh, ministre marocain du Transport et de la Logistique, et Serhiy Derkach, vice-ministre ukrainien du Développement des communautés, des territoires et des infrastructures, ce texte vise à renforcer les relations économiques entre les deux pays et à faciliter la circulation de passagers et de marchandises par voie terrestre.
Concrètement, il autorise les transporteurs ukrainiens à acheminer des marchandises vers le Maroc, et réciproquement, les opérateurs marocains pourront désormais transiter vers l’Ukraine à travers le réseau routier européen.
Pour Rabat, il s’agit d’un levier potentiel de diversification logistique à l’heure où les chaînes d’approvisionnement se réorganisent sous pression géopolitique. À terme, le Maroc pourrait ainsi renforcer son ancrage vers des marchés comme la Pologne, la Roumanie ou la Hongrie.
Un accord à la mise en œuvre incertaine
Mais sur le terrain, plusieurs défis de taille se posent. La fluidité de ce corridor dépendra de la maîtrise des itinéraires complexes, des régimes douaniers traversés, ainsi que d’une coordination efficace avec des hubs comme Tanger Med ou les plateformes européennes intermédiaires. L’interopérabilité des normes, des assurances ou des systèmes fiscaux devra également être assurée.
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Pour Mustapha El Khayat, président de l’Association marocaine pour la logistique (AMLOG), l’accord est d’abord «politique et institutionnel», bien plus qu’une avancée opérationnelle immédiate. «C’est aux professionnels, notamment les transporteurs routiers et les commissionnaires de transport, d’effectuer une étude pour savoir comment tirer tous les avantages de cet accord», souligne-t-il.
Et d’ajouter: «Il faut que les opérateurs logistiques marocains aient toutes les informations institutionnelles, géopolitiques et stratégiques pour s’aventurer dans ce type de trafic aux conséquences imprévisibles».
Transport routier Maroc-Ukraine: le scepticisme des exportateurs
Même son de cloche chez les professionnels du commerce extérieur. Pour Adil Zaidi, vice-président de la Confédération marocaine des exportateurs (ex ASMEX), l’accord est «technique, sans plus». Et certainement pas à même de «résoudre le déficit commercial du Maroc».
«Je vais presque demander au ministère ce qu’ils entendent par là. Pour moi, ce n’est pas une information d’une grande importance», lance-t-il.
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Selon Zaidi, l’accord formalise un cadre, certes, mais dans un contexte d’échanges quasi inexistants entre les deux pays. «Avant la guerre en Ukraine, il y avait un peu d’acier, peut-être des semi-composants. Mais depuis, il faudrait vérifier les chiffres de l’Office des changes, je ne crois pas qu’il y ait une dynamique remarquable. C’est juste une information, rien de plus.»
Quant à un éventuel allègement logistique ou douanier, la réponse est catégorique: «Je ne pense pas. Le Maroc est déjà lié par les conventions internationales: CMR, LPA, droit maritime… Il n’y a pas de barrière spécifique avec l’Ukraine».
Symbolique ou stratégique?
Zaidi pointe un autre verrou: l’Union européenne, qu’il considère comme le véritable acteur logistique. «Pour que l’Ukraine arrive au Maroc ou vice versa, il faut traverser toute l’Europe. C’est donc l’accord avec l’Union européenne qui compte vraiment, pas celui avec l’Ukraine», rappelle-t-il, citant notamment les quotas de transport ou les visas pour chauffeurs marocains comme leviers plus structurants pour fluidifier les flux.
En clair, pour nombre d’acteurs du secteur, le nouvel accord entre le Maroc et l’Ukraine relève plus du registre symbolique que d’un outil économique structurant. Il s’inscrit néanmoins dans une stratégie plus large de “diplomatie des corridors” initiée par Rabat, visant à consolider le rôle du Royaume comme hub euro-africain du transport et de la logistique.
Ses retombées? Elles restent à mesurer sur le terrain, une fois traduites en lignes de fret, en flux marchands et en valeur ajoutée opérationnelle.
