Rivière Sebou en danger : 75 % de ses sites à Sidi Allal Tazi classés “très pollués”

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Bassin du Sebou : 75 % des sites étaient classés dans la catégorie « très forte pollution »
Pollution alarmante du Sebou : cadmium et arsenic dépassent les limites de l’OMS © DR

Une étude scientifique menée par des chercheurs marocains révèle des données inquiétantes sur la pollution de la rivière Sebou, l’un des principaux bassins hydriques du Maroc.

Publiée dans la revue Scientific Reports du groupe Nature (revue scientifique généraliste de référence), l’étude montre que trois quarts (75 %) des sites étudiés à Sidi Allal Tazi sont classés dans la catégorie « très forte pollution » avec des concentrations de métaux lourds largement supérieures aux normes internationales, mettant en péril l’environnement et la santé des populations locales.

Intitulée « Analyse géospatiale de la pollution par les métaux traces et des risques écologiques dans les sédiments fluviaux provenant de sources agrochimiques dans le bassin du Sebou au Maroc », cette recherche évalue les risques environnementaux et les implications de la contamination par les métaux lourds (ML) dans les sédiments fluviaux de la région de Sidi Allal Tazi, dans le bassin du Sebou.

Polluants et zones affectées

Les résultats ont révélé une variabilité spatiale considérable des concentrations de métaux lourds. Menée par les chercheurs marocains Hatim Sanad, Rachid Moussadek, Latifa Mouhir, Majda Oueld Lhaj, Houria Dakak et Abdelmjid Zouahri, l’étude a analysé 20 échantillons de sédiments superficiels (0 à 20 cm de profondeur) et révèle des niveaux alarmants de :

  • Cadmium : 90 % des échantillons très au-dessus des seuils autorisés
  • Arsenic : tous les échantillons dépassent les limites
  • Cuivre : concentrations de 102 à 450 mg/kg (moyenne 217,5 mg/kg), plus du double de la limite OMS (100 mg/kg)
  • Chrome : 98 à 322 mg/kg (seulement deux sites sous la limite de 100 mg/kg)
  • Zinc : 123 à 462 mg/kg, avec la moitié des sites au-dessus des normes internationales
  • Plomb et nickel : généralement sous les limites internationales, mais certains sites s’en approchent

L’étude souligne que les sédiments argileux et riches en matière organique favorisent l’accumulation de ces métaux lourds.

L’activité humaine, première source de contamination

L’analyse statistique a identifié les activités anthropiques comme les principaux contributeurs à la contamination. Selon les chercheurs, la contamination provient principalement de l’activité humaine :

  •     Agriculture intensive avec engrais phosphatés
  •     Usage de pesticides à base de cuivre
  •     Déchets industriels
  •     Ruissellement urbain

Des indicateurs de pollution tels que l’indice de géoaccumulation ainsi que l’indice de charge polluante (PLI) ont révélé que 75 % des sites étaient classés dans la catégorie « très forte pollution », soulignant la gravité de la contamination.

Risques pour la santé et l’environnement

Les indices de risque ont indiqué des menaces écologiques importantes avec des coefficients signifiant un « risque très élevé ».

Les métaux lourds persistent dans l’environnement et peuvent s’accumuler dans la chaîne alimentaire via l’eau, les cultures ou les poissons. L’exposition chronique est liée aux :

  •        Maladies rénales et hépatiques
  •        Troubles neurologiques
  •        Risques cancérigènes (particulièrement pour le cadmium et l’arsenic)

Recommandations des chercheurs

Ces résultats soulignent l’urgence de mettre en place des stratégies d’atténuation ciblées et des pratiques agricoles durables, selon les auteurs de l’étude. Ils appellent à rééduire l’usage de pesticides et engrais polluants, renforcer la surveillance environnementale via les systèmes d’information géographique et intégrer la question dans les politiques nationales d’eau et de sécurité alimentaire, alors que les ressources en eau douce ne représentent que 0,26 % des eaux mondiales.

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