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Cybersécurité: la Russie propose au Maroc de protéger ses infrastructures énergétiques
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La Russie a proposé au Maroc son expertise en matière de cybersécurité pour protéger ses infrastructures énergétiques contre les cyberattaques.
Lors d’une réunion récente, la Russie a proposé son aide au Maroc pour sécuriser ses infrastructures énergétiques face aux cyberattaques, dans un contexte marqué par la montée des menaces cybernétiques.
Cette offre a été formulée lors de la 3ᵉ réunion du Groupe de travail sur la coopération avec le Royaume du Maroc dans le domaine de l’énergie, qui s’est tenu le 20 août en visioconférence.
Une offre stratégique de Moscou pour Rabat
Romain Marchavin, vice-ministre russe de l’Énergie, a exprimé la volonté de son pays de partager son savoir-faire avec Rabat, notamment dans la sécurisation des systèmes critiques contre les virus, les ransomwares et d’autres menaces numériques.
« Il existe un potentiel important de coopération dans ce domaine », a-t-il souligné en s’adressant à Mohamed Ouahmid, secrétaire général du ministère marocain de la Transition énergétique et du Développement durable.
Le vice-ministre a indiqué que les entreprises russes disposent d’une expertise approfondie dans la modernisation des systèmes énergétiques en intégrant différentes sources d’énergie.
« L’expérience russe est unique, car nous savons comment intégrer diverses sources d’énergie dans un réseau unifié et garantir sa stabilité. Nous développons toutes les sources d’énergie, tant traditionnelles que renouvelables. Nous sommes prêts à partager cette expertise, car nous savons que de nombreux pays rencontrent des difficultés dans la modernisation de leurs systèmes énergétiques et l’intégration de nouvelles sources », a-t-il expliqué, cité dans un communiqué de son département.
Au cours de la réunion, il a également été question d’échanger les expériences en matière de protection des infrastructures critiques du secteur énergétique. Marchavin a souligné que la Russie a acquis une vaste expérience dans la lutte contre les cyberattaques visant les installations énergétiques.
« Nous sommes prêts à montrer comment nos infrastructures énergétiques sont protégées contre les virus informatiques et autres menaces. Nous pouvons partager toutes ces méthodes et solutions de protection. Nous estimons qu’il existe un fort potentiel de coopération entre nos deux pays », a-t-il ajouté.
Recrudescence des cyberattaques au Maroc
Cette proposition intervient alors que le Maroc a récemment été la cible de plusieurs cyberattaques d’envergure. Des institutions clés, telles que la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie ainsi que le Conseil national de l’Ordre des notaires du Maroc (plateforme numérique officielle «Tawtik») ont été visées par des hackers, parfois liés à des groupes opérant depuis l’étranger.
Ces incidents ont mis en lumière la vulnérabilité des systèmes d’information stratégiques, particulièrement dans le secteur énergétique, qui constitue une cible prioritaire pour les cybercriminels et les groupes étatiques.
La situation est d’autant plus préoccupante que la transition énergétique du Royaume repose sur des infrastructures numériques avancées, notamment pour la gestion des réseaux électriques intelligents et des projets liés aux énergies renouvelables. Une attaque réussie contre ces systèmes pourrait paralyser la production ou la distribution d’électricité, avec des conséquences économiques majeures.
Quel intérêt russe pour le cyberespace marocain ?
Au-delà de la coopération technique, cette offre s’inscrit dans une stratégie plus large de la Russie visant à renforcer son influence en Afrique du Nord. Moscou, déjà très active en Algérie dans le domaine militaire et énergétique, cherche à consolider ses liens avec Rabat sur un terrain non militaire mais stratégique: la cybersécurité.
Cette démarche peut également être perçue comme une réponse à l’offensive américaine et européenne dans le secteur numérique marocain. Les États-Unis ont déjà proposé des partenariats en cybersécurité via l’initiative DFC (Development Finance Corporation), tandis que l’Union européenne accompagne le Royaume dans le cadre de programmes de renforcement des capacités digitales. La Russie, en se positionnant sur ce créneau, veut se poser en alternative technologique et en partenaire fiable face aux puissances occidentales.
Un enjeu de souveraineté numérique pour le Maroc
Pour le Maroc, la question est cruciale. Le pays se trouve dans une zone de turbulences cybernétiques, avec des attaques répétées imputées à des groupes de hackers prétendument algériens, comme Jabaroot, dans le cadre de la guerre numérique opposant Rabat et Alger. Face à cette menace persistante, le Maroc renforce ses capacités via l’Administration de la défense nationale (ADN) et la Direction Générale de la Sécurité des Systèmes d’Information (DGSSI), qui fait office d’agence nationale de la cybersécurité, mais les besoins restent considérables.
Accepter l’offre russe pourrait permettre au Royaume d’accéder à des technologies avancées en matière de détection et de neutralisation des menaces. Mais cette coopération n’est pas sans risques : elle pourrait être interprétée par les alliés occidentaux comme un rapprochement stratégique avec Moscou dans un contexte de tensions internationales.
Une diplomatie de la cybersécurité en pleine expansion
Cette offre illustre également un phénomène plus large : la cyber-diplomatie est devenue un instrument de puissance. À l’instar des partenariats énergétiques et militaires, la cybersécurité s’impose désormais comme un levier d’influence. Pour Moscou, proposer son expertise, c’est aussi gagner un accès à des données stratégiques et à des infrastructures critiques. Pour Rabat, il s’agit de trouver un équilibre entre protection, souveraineté et alliances stratégiques.
