Débarquement d’Al Hoceima: 100 ans après, une plaie ouverte dans la mémoire du Rif

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Cent ans après Al Hoceima : entre triomphe militaire espagnol et mémoire douloureuse marocaine
Le 8 septembre 1925, environ 19.000 soldats, soutenus par 80 navires et 160 avions, participèrent au débarquement d’Al Hoceima. © DR

1925-2025 : cela fait un siècle qu’a eu lieu l’opération militaire qui mit fin à l’une des plus grandes résistances anticoloniales du XXᵉ siècle. Les Espagnols fêtent leur puissance, les Marocains tirent les leçons de l’histoire.

Le 8 septembre marque le centenaire du débarquement d’Al Hoceima, opération militaire conjointe Espagne–France qui mit fin à la résistance de Mohammed ben Abdelkrim El Khattabi. Pour l’histoire coloniale, c’est un succès militaire inédit ; pour la mémoire marocaine, c’est une tragédie qui reste un symbole du courage et du sacrifice des Rifains et de l’ensemble des Marocains.

La mémoire marocaine commémore ce lundi 8 septembre un siècle depuis le débarquement d’Al Hoceima, événement militaire qui bouleversa le cours de la guerre dans le Rif et mit fin à l’une des expériences les plus marquantes de libération au XXᵉ siècle. Planifiée par l’Espagne et la France en 1925, l’opération scella le sort de la République du Rif (mode de gouvernance mis en place par Sidi Mohammed Ben Abdelkrim pour faire face aux pressions coloniales) et ouvrit la voie à l’usage d’armes interdites, dont les gaz toxiques qui firent des milliers de victimes civiles.

D’Anoual à Al Hoceima : la peur des puissances coloniales

La révolte rifaine avait commencé en 1921, lorsque les combattants de Mohammed ben Abdelkrim infligèrent à l’armée espagnole une défaite écrasante à la bataille d’Anoual. Considérée comme l’une des plus grandes défaites coloniales du XXᵉ siècle, cette bataille coûta à l’Espagne plus de 13.000 soldats, y compris des officiers supérieurs, comme le fameux général Manuel Fernández Silvestre, forçant Madrid à se replier et renforçant la réputation de la résistance rifaine.

La progression de la révolte inquiéta les puissances coloniales, y compris la France, dont les protectorats voisins risquaient d’être touchés. Face à cette menace croissante, l’Espagne sollicita l’appui militaire français, aboutissant à une coordination sans précédent entre les deux armées.

Le débarquement : un tournant décisif

Le 8 septembre 1925, environ 19.000 soldats, soutenus par 80 navires et 160 avions, participèrent au débarquement d’Al Hoceima. Après près d’un an de batailles, l’opération militaire finit par mettre fin à la résistance rifaine et rétablit le contrôle colonial dans le nord du Maroc. Toutefois, l’usage massif d’armes chimiques fut un facteur déterminant dans l’épuisement des forces rifaines et poussa El Khattabi à se rendre en 1926 pour épargner davantage de vies à ses compatriotes.

Exil et mémoire

Mohammed ben Abdelkrim fut exilé à l’île de La Réunion puis au Caire, où il passa le reste de sa vie en portant le poids de la défaite et le rêve d’un Maroc et d’un Maghreb libres.

Lire aussi: Il y a 100 ans, Abdelkrim El Khattabi terrassait l’armée espagnole à la bataille d’Anoual

Cent ans après le débarquement, cet épisode reste controversé. Il est célébré par l’histoire coloniale comme un modèle de réussite militaire visant, surtout pour les Espagnols, « à éclipser leurs défaites devant les Rifains dans les batailles de Dhar Ubarran ( 1er juin 1921), d’Anoual et de Chaouen entre autres… », estime l’écrivain et grand spécialiste de l’histoire du Rif Mhamed Lachkar.

Pour le Maroc, et particulièrement pour le Rif, un traumatisme historique, symbole du courage face à un déséquilibre militaire extrême et de l’usage d’une force prohibée qui étouffa prématurément l’une des plus grandes expériences de libération nationale.

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