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Ecoles pionnières: une menace pour les élèves brillants? La psychologue Iness Khamlichi répond
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Face aux appréhensions et témoignages de parents affirmant constater une «dégradation» du niveau de leurs enfants habituellement brillants, la psychologue clinicienne et psychothérapeute Iness Khamlichi apporte son éclairage sur le projet des écoles pionnières au Maroc. Pour H24Info, elle analyse la situation et la possibilité réelle que ce projet puisse entraîner un ralentissement psychologique ou scolaire chez les élèves les plus performants.
Depuis la rentrée scolaire, le projet des écoles pionnières est au coeur d’un débat animé, particulièrement chez les parents d’élèves. Si certains saluent l’initiative, d’autres estiment que ces classes bénéficieraient surtout aux élèves en difficulté, au détriment de ceux ayant déjà un bon niveau, désormais confrontés à des manuels et à un programme «simplifiés».
Pour la psychologue clinicienne et psychothérapeute Iness Khamlichi, interrogée par H24Info, ce projet représente une avancée majeure pour de nombreux enfants, en particulier ceux qui traversent des difficultés scolaires ou émotionnelles. Dans un cadre plus accueillant, bénéficiant d’une attention plus personnalisée, ces élèves retrouvent souvent quelque chose d’essentiel: le goût d’apprendre.
«Le simple fait de se sentir regardés, compris et soutenus répare en partie leur estime d’eux-mêmes. Ils osent davantage participer, s’impliquer et redécouvrent le plaisir de progresser», souligne-t-elle. Ce sentiment d’appartenance, ajouté au fait de ne plus se sentir «en marge», joue un rôle déterminant dans leur motivation.
«Un espace où chaque enfant avance à son propre rythme»
Sur le plan psychopédagogique, les écoles pionnières peuvent devenir un espace où chaque enfant avance à son propre rythme, où l’erreur n’est plus perçue comme une faute honteuse mais comme une étape naturelle du processus d’apprentissage. L’enfant ne se sent plus «en retard», mais simplement porteur de besoins différents, résume Iness Khamlichi.
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Cette dynamique permet aux élèves de mieux gérer leurs émotions, d’oser prendre la parole et de développer de nouvelles compétences cognitives dans un climat plus serein. Notre experte évoque les résultats observés et qui sont souvent très encourageants: plus de confiance, plus d’initiatives et, surtout, une réelle envie de comprendre et de progresser.
Activités plus complexes, projets avancés, défis intellectuels…
Pour les élèves ayant déjà un bon niveau, la démarche offre également des réponses pertinentes, estime Iness Khamlichi. «Ces enfants, souvent très curieux ou rapides dans leurs apprentissages, ont besoin d’être stimulés pour continuer à évoluer», explique-t-elle. Il serait donc important de renforcer cette logique en leur proposant des activités plus complexes, des projets avancés, des espaces d’autonomie ou encore des défis intellectuels susceptibles de maintenir leur motivation sans créer de déséquilibre.
La psychothérapeute évoque aussi une piste particulièrement enrichissante: offrir ponctuellement aux élèves performants un rôle de «mentor» auprès de leurs camarades en difficulté. «Non pas comme une obligation, mais comme une expérience valorisante qui renforce leur confiance tout en développant des qualités humaines précieuses: patience, empathie, coopération.»
Cette mission, précise-t-elle, ne devrait en aucun cas les pénaliser, puisqu’ils continueraient simultanément à bénéficier de leurs propres activités stimulantes.
Au fond, la force du modèle des écoles pionnières réside dans sa capacité à s’adapter à chaque enfant. Lorsque les élèves, qu’ils soient fragiles, moyens ou très avancés, trouvent des activités ajustées à leurs besoins, toute la classe progresse. La motivation s’élève, le sentiment d’appartenance se renforce et l’espace scolaire devient véritablement un lieu d’épanouissement.
«Une pédagogie réellement différenciée ne tire pas un groupe vers le haut au détriment d’un autre: elle permet à chaque enfant d’avancer, à sa manière, avec confiance et dignité», conclut la psychologue.
