Le gouvernement marocain s’apprête à adopter une loi instaurant des frais d’inscription dans l’enseignement supérieur…
Gratuité de l’enseignement supérieur: le PPS interpelle le gouvernement sur le “temps aménagé” et l’accès au master
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Le débat sur la gratuité de l’enseignement supérieur s’intensifie, refaisant surface au Parlement. Le groupe parlementaire du Parti du progrès et du socialisme (PPS) a adressé une question écrite au ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Azzedine El Midaoui, concernant la généralisation du système dit de «temps aménagé» et la suppression des concours pour accéder au cycle du master.
Dans son intervention, le PPS rappelle que la Constitution marocaine garantit les principes d’égalité, d’équité et d’égal accès aux services publics, y compris l’éducation, considérée comme un droit fondamental. Le cadre légal, notamment la loi-cadre 51.17, stipule que l’État doit non seulement faciliter l’accès à l’éducation, mais également maintenir sa gratuité dans tous les cycles et disciplines.
Un projet de loi qui inquiète
Selon le parti, le ministère prévoit d’étendre le dispositif de «temps aménagé» (cours du soir et du week-end) à tous les fonctionnaires souhaitant poursuivre leurs études universitaires. Ce système permettrait aux salariés d’accéder à des formations universitaires en horaires adaptés… moyennant des frais d’inscription variables en fonction du diplôme visé.
Si cette pratique existe déjà dans certaines universités marocaines, elle deviendrait obligatoire avec l’adoption du projet de loi 59.24 sur l’enseignement supérieur et la recherche scientifique. L’article 81 du texte prévoit explicitement la mise en place du “temps aménagé” pour les travailleurs du secteur public et privé ainsi que pour toute personne intéressée.
Pour le PPS, imposer des frais dans un établissement public constitue une atteinte directe à la mission de l’université marocaine, censée garantir un enseignement de qualité et gratuit pour tous, loin de toute logique marchande ou discriminatoire.
Accès au master: une sélection jugée injuste
Le parti de Nabil Benabdallah critique également les nouvelles règles d’accès au cycle du master, entérinées par la décision n°1891.25 du 25 juillet 2025, qui valide le cahier des normes pédagogiques nationales. Cette décision prévoit désormais un recrutement exclusivement basé sur l’examen des dossiers, sans concours d’entrée, comme c’était la pratique auparavant.
Le PPS alerte sur le fait que l’absence d’épreuves écrites ou orales prive de nombreux étudiants méritants de la possibilité de compenser une moyenne légèrement inférieure, souvent influencée par des facteurs sociaux ou psychologiques. Selon le groupe parlementaire, cette mesure risque d’accentuer les inégalités et de réduire la compétitivité dans l’accès aux formations supérieures.
Une question de principe: la gratuité et l’équité
Dans son interpellation, le PPS demande au ministre quelles mesures concrètes il compte prendre pour préserver la vocation publique et inclusive de l’université marocaine, en garantissant la gratuité et l’égalité des chances pour tous les étudiants, tout en assurant un système fondé sur la compétence et non sur la capacité de paiement.
Ce débat survient dans un contexte où plusieurs pays, confrontés à la pression budgétaire, introduisent des frais dans l’enseignement supérieur. Mais pour le parti, le Maroc doit résister à la marchandisation de l’éducation et maintenir son caractère public, conformément aux engagements constitutionnels et aux objectifs de justice sociale.
Les étudiants vent debout contre le projet de loi
Trois organisations étudiantes majeures ont dénoncé le projet de loi 59.24 sur l’enseignement supérieur, qu’elles jugent imposé sans concertation et dangereux pour la gratuité de l’université publique.
Dans un communiqué conjoint, la Coordination nationale des élèves ingénieurs, la Commission nationale des étudiants en médecine du Maroc, médecine dentaire et pharmacie et l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM) — ont affirmé suivre « avec une grande inquiétude » le parcours législatif de ce projet de loi, récemment transmis au Conseil de gouvernement. Elles y voient l’absence d’une volonté politique réelle pour réformer l’université marocaine.
Sur un autre registre, les étudiants se sont indignés également de la suppression des articles 71, 72 et 73 de la loi 01.00, qui garantissaient le droit des étudiants à s’organiser au sein de leurs établissements. Une décision jugée contraire à la Constitution, laquelle consacre la liberté d’expression et d’association.
Vers une privatisation déguisée ?
Le calendrier de la réforme est également pointé du doigt : son adoption en pleine période des vacances universitaires « prive les instances élues et les conseils pédagogiques de leur droit légitime d’émettre un avis », ont souligné les trois organisations, pointant un processus unilatéral pour un chantier stratégique.
Plus grave encore, selon elles, le texte ouvrirait la voie à une privatisation rampante de l’enseignement supérieur, par des dispositions juridiques ambiguës. Une dérive qui mettrait en péril la gratuité de l’université publique et le principe d’égalité des chances, menaçant des milliers d’étudiants issus de milieux modestes.
Mobilisation annoncée à la rentrée
Les signataires ont rappelé que les représentations étudiantes sont « un moyen de défendre les droits et d’améliorer la vie universitaire », et non une fin en soi. Elles ont annoncé être prêtes à lancer des grèves et des actions de protestation dès la rentrée universitaire pour protéger l’université publique.
Enfin, elles ont exhorté le ministère de l’Enseignement supérieur à ouvrir un dialogue sérieux et responsable afin d’éviter toute tension susceptible de perturber la stabilité des années académiques à venir.
