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L’introduction du hip-hop à l’école publique marocaine déclenche une vive polémique
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L’annonce de l’intégration du hip-hop et du breakdance dans les programmes d’éducation physique des écoles publiques marocaines ne cesse de faire des vagues. Ce qui aurait pu sembler être une initiative culturelle novatrice s’est transformé en un véritable sujet de discorde nationale, atteignant les bancs du Parlement.
La polémique a été lancée par une question écrite adressée au ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Berrada, par le conseiller parlementaire Khalid Es-Satte, membre du groupe syndical de l’Union nationale du travail au Maroc (UNTM). Ce dernier s’interroge sur les fondements pédagogiques et la pertinence de l’introduction de ces disciplines issues des cultures urbaines dans le cursus scolaire.
Une initiative critiquée pour son « flou »
Selon Es-Satte, le ministère aurait déjà initié des formations à destination des enseignants, en vue d’une intégration progressive du hip-hop et du breakdance dans les cours d’éducation physique. Toutefois, l’absence de clarté sur les objectifs, les critères de sélection, ainsi que l’encadrement de cette démarche, a nourri l’inquiétude de plusieurs acteurs éducatifs.
Le conseiller a exprimé ses réserves sur la capacité de ces activités à répondre aux défis majeurs de l’école publique, à savoir le renforcement des valeurs, la lutte contre la violence scolaire, la prévention du décrochage, et l’amélioration du niveau académique. Il a également appelé le ministère à faire preuve de transparence sur les motivations pédagogiques derrière cette orientation, dans un contexte où l’enseignement physique souffre déjà d’un manque criant de ressources humaines, matérielles et d’un recul des sports classiques.
Hip-hop et breakdance, disciplines olympiques!
Le débat a été ravivé par la publication d’une circulaire officielle émanant du ministère de l’Éducation, invitant les directeurs des académies régionales à désigner des inspecteurs et enseignants volontaires pour une formation en hip-hop et breakdance. Cette formation est organisée en partenariat avec la Fédération royale marocaine des sports aérobics, fitness, hip-hop et disciplines assimilées (FRMSAFH), ainsi qu’en collaboration avec la Fédération royale marocaine du sport scolaire.
Officiellement, cette initiative s’inscrit dans une volonté d’ouverture sur les expressions culturelles modernes, en écho notamment à l’intégration du breakdance comme discipline olympique aux Jeux de Paris 2024.
Réactions partagées au sein du corps éducatif
Les réactions à cette annonce sont contrastées. D’un côté, certains pédagogues saluent une démarche innovante, susceptible de valoriser la créativité des jeunes et de rapprocher l’école de leur environnement culturel. De l’autre, plusieurs enseignants, inspecteurs et experts y voient un «gadget pédagogique» déconnecté des urgences structurelles du système éducatif.
Nombre d’entre eux soulignent l’absence d’un cadre pédagogique rigoureux, d’une infrastructure scolaire adaptée, et d’un programme de formation cohérent pour intégrer ces disciplines dans de bonnes conditions, en particulier dans les zones rurales.
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Au-delà de la polémique immédiate, cette affaire soulève une question de fond: quelle est la finalité de l’école publique? Doit-elle s’en tenir à la transmission des savoirs fondamentaux ou s’ouvrir à de nouvelles formes culturelles pour mieux s’adapter à la jeunesse contemporaine? Pour plusieurs observateurs, le danger serait de céder à une modernisation symbolique, au détriment de réformes pédagogiques profondes et structurantes.
Opposition conservatrice et crispations idéologiques
Le débat a pris une tournure plus idéologique après l’intervention de figures politiques conservatrices. L’ancien ministre du Transport et ex-dirigeant du Parti de la justice et du développement (PJD), Aziz Rabbah, a réagi sur Facebook: «Aucune personne saine d’esprit (…) dans notre honorable Royaume n’oserait cette absurdité. L’école marocaine a besoin de sérieux, de science, d’intelligence et de moralité. Que Dieu protège notre pays.»

Des propos qui reflètent une vision très conservatrice de l’éducation et qui participent à radicaliser le débat autour de l’introduction de pratiques culturelles urbaines à l’école.
En attendant une réponse officielle du ministère, le hip-hop scolaire reste au cœur d’un débat national mêlant éducation, culture, valeurs et politiques publiques.
