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EXCLUSIF. Phantom Atlas: plongée dans l’univers des hackers patriotes marocains
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Dans l’ombre du conflit géopolitique latent entre Rabat et Alger, une guerre parallèle a lieu sur un autre champ de bataille: le cyberespace. H24Info a obtenu via Telegram un entretien rare et confidentiel avec le groupe de hackers marocains Phantom Atlas, qui a revendiqué plusieurs cyberattaques en riposte contre des institutions algériennes ces derniers mois. Rencontre avec ces acteurs discrets d’une cyberguerre qui ne dit pas son nom.
«Phantom Atlas, c’est d’abord l’idée d’une présence invisible au service d’un territoire bien réel», explique l’un des membres. Le nom lui-même est révélateur: «Phantom» pour l’invisibilité, «Atlas» pour l’attachement au Maroc.
Tout a commencé de manière dispersée, raconte notre premier interlocuteur: «Chacun agissait de son côté, en autodidacte passionné d’électronique et de programmation. Mais après les attaques contre la CNSS, nous avons compris qu’il était temps d’unir nos forces.»
Les membres du collectif affirment ne pas se connaître personnellement, opérant de façon cloisonnée et anonyme. Leur point commun? Un patriotisme numérique radical et un sens aigu de la “défense active”.
« Phantom Atlas », le “hacking de riposte”
À les entendre, leur démarche se veut éthique, même si elle transgresse les lois. «Ce que je fais est illégal sur le papier mais éthiquement justifié puisqu’il s’inscrit dans la protection de la patrie et la dénonciation des ennemis. Le hacking n’est plus seulement une intrusion, c’est un outil stratégique de réponse et de contrôle.»
Le groupe rejette les étiquettes faciles. Ni pirates, ni mercenaires. Ils se voient comme des “soldats de l’information” agissant par devoir. «Certains nous prennent pour des criminels. D’autres savent qui nous sommes: des personnes qui ont juré de protéger leur pays sans rien attendre en retour», affirme un membre du collectif.
Leurs cibles? Des institutions hostiles au Maroc: des sites gouvernementaux, des entités soutenant le front séparatiste du Polisario, voire certains groupes désignés comme terroristes. «L’attaque contre MGPTT, réalisée en moins de 24 heures, est l’une de nos opérations les plus abouties», annoncent-ils avec fierté.
Une guerre numérique asymétrique
Parmi les cibles du groupe, des entités algériennes comme Jabaroot, mais aussi des groupuscules opérant depuis la Tunisie, comme RootStorm. «Nous ne faisons aucune accusation officielle sans preuves solides, mais des traces techniques pointent vers ces groupes.»
«Aujourd’hui, les guerres ne commencent plus avec des chars. Ce sont des guerres d’intelligence et de réseaux», affirment ces hackers patriotes. Selon l’un d’entre eux, plusieurs grandes puissances et services de renseignement sont aussi très actifs dans cette guerre de l’ombre, mais «il est difficile d’en apporter la preuve formelle».
Cybersécurité au Maroc: entre avancées et fragilités
Interrogés sur l’état des défenses marocaines, les membres de Phantom Atlas reconnaissent les efforts de la DGSSI (Direction générale de la sécurité des systèmes d’information), qu’ils considèrent comme un «acteur crucial de la résilience numérique nationale».
«La DGSSI joue un rôle important et fondamental dans la protection des infrastructures numériques du Maroc. Elle est en première ligne face aux cyberattaques organisées et soutenues auxquelles notre pays est confronté», confient des membres du groupe.
Mais, ils mettent un bémol en appelant à un sursaut collectif: «Il manque encore de la sensibilisation, surtout dans les PME. Et le pays souffre d’un déficit en ressources humaines formées à la cybersécurité.»
Leur conseil aux citoyens? Simple: «Ne faites jamais confiance à un lien inconnu. Ne partagez jamais vos données personnelles. Et en cas de doute, consultez un expert.»
Une éthique revendiquée, des risques assumés
Conscients des risques qu’ils encourent, les membres du groupe affirment évoluer avec une extrême prudence. «Nous savons que nous sommes surveillés. Après certaines intrusions qui ont perturbé les généraux algériens, il serait naïf de penser le contraire.»
Ils disent néanmoins respecter certaines limites: «Nous ne visons jamais les civils. Nous ne menons pas d’attaques destructrices aveugles.» Sur le plan légal, Phantom Atlas reconnaît l’existence d’un cadre strict au Maroc: «La loi est sévère, mais c’est une bonne chose. Elle protège aussi contre les vrais criminels .»
Une guerre qui ne fait que commencer
Pour Phantom Atlas, les cyberattaques ne sont pas des actes isolés, mais les premiers chapitres d’une confrontation durable. Ils appellent ainsi les autorités marocaines à renforcer leur arsenal défensif, et les citoyens à développer une «culture numérique stratégique».
Pour ces soldats anonymes, «le rôle des hackers est devenu essentiel dans les conflits modernes. Ils font désormais partie intégrante des batailles, et parfois ils en sont des acteurs décisifs, notamment dans la guerre de l’information et contre les infrastructures stratégiques».
«Notre combat est silencieux, mais vital. Le Maroc doit pouvoir se défendre sur tous les fronts. Et le cyberespace en est un des plus décisifs», insistent-ils.
Dans ce monde où les frontières s’effacent derrière les pare-feu, les soldats de l’ombre entendent bien continuer leur combat, armés de lignes de code et d’une foi inébranlable en leur mission: défendre la souveraineté du Royaume, octet par octet.
Illustration par El Mahdi Oudghiri
